Biographie
Audrée Wilhelmy fait partie de la première génération d’auteurs québécois dont l’ensemble de la formation est consacrée à la création littéraire. Après un baccalauréat en création littéraire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et une maîtrise en écriture littéraire à l’Université McGill, elle publie la partie création de son mémoire (intitulé La Petite au moment du dépôt) sous le titre d’Oss. Le livre paraît en août 2011 aux éditions Leméac. En 2012, Oss est en nomination pour le Prix des libraires du Québec et finaliste aux Prix du Gouverneur général du Canada.
Son deuxième roman, Les Sangs, est rédigé dans le cadre d’un doctorat en études et pratiques des arts (UQAM). Parallèlement à l’écriture du roman, elle mène des recherches sur la fonction de l’image dans le processus d’écriture. Les Sangs paraît chez Leméac en août 2013 et est repris par les éditions Grasset & Fasquelle en mars 2015. Au Québec, l’ouvrage est finaliste aux Prix des libraires du Québec (2014) et au Prix France-Québec (2014), tandis qu’en France, il remporte ex aequo le Prix Sade (2015). Le texte est adapté au théâtre par Camila Forteza et Anneke Brier (mise en scène de Camila Forteza) en mai 2017 et par Jean-François Guilbault en juin 2018. En septembre de la même année, il paraît en espagnol sous le titre Las Sangres, chez Hoja de Lata, dans une traduction de Luisa Lucuix.
En janvier 2014, elle reçoit la bourse « écrivain » de la Fondation Jean-Luc Lagardère, remise pour la poursuite de son travail littéraire. Elle soutient sa thèse, intitulée L’image en amont du texte littéraire, en décembre 2015. Dès janvier 2016, elle poursuit ses travaux en recherche-création dans le cadre d’un stage postdoctoral à l’Université de Montréal. En octobre 2016, elle est reçue pour une résidence d’écriture à la Villa Médicis de l’Académie de France à Rome.
En décembre 2017, elle quitte le milieu académique pour se concentrer sur son travail de romancière. Parallèlement à l’écriture, elle se forme en photographie et pratique le portrait et la photographie d’art. Son troisième roman, Le Corps des bêtes, est publié chez Leméac en août 2017 et aux éditions Grasset & Fasquelle en mars 2018. Elle y aborde plusieurs tabous tels que l’inceste et la polygamie en créant « une atmosphère nébuleuse, entretenue par les non-dits. » Le roman est pré-sélectionné pour le Prix des libraires du Québec, finaliste au Prix littéraire des collégiens, aux Prix SGDL Révélations de la Société des gens de lettres, au Prix France-Canada 2019 ainsi que pour le Prix du Roman d’Écologie 2019. Il paraît en anglais le 3 septembre 2019 sous le titre The Body of the Beasts chez House of Anansi Press, dans une traduction de Susan Ouriou.
En octobre et novembre 2018, elle est reçue comme écrivaine en résidence au Centre d’arts de Banff. Elle s’y consacre à l’écriture de son quatrième roman, Blanc Résine qui paraît en septembre 2019 chez Leméac. Finaliste au Prix des libraires du Québec 2020, ce roman prolonge la lignée de femmes qu’elle met en scène dans ses romans Oss et Le Corps des bêtes. Elle publie en 2021 son cinquième titre Plie la rivière, chez Leméac éditeur. Elle crée également «L’Atelier: Exercice de vulnérabilité», un projet numérique pour lequel elle reçoit le prix Ambassadeur Web Télé-Québec, lors des Grands Prix de la culture Desjardins. Cette plateforme web regroupe les textes de nombreuses écrivaines sur leur pratique d’écriture, de même qu’un journal détaillé du processus de création de l’autrice.
À l’automne 2021, elle crée également les Presses du Bûcher, une maison d’édition consacrée à la production artisanale de livres d’artistes. En 2022, l’oracle littéraire Clairvoyantes, qu’elle a dirigé, est publié par la maison d’édition Alto. Ce jeu divinatoire qui « invite à utiliser le pouvoir symbolique des histoires pour observer sous un nouvel angle les défis, les rêves, le relations et les projets qui animent notre quotidien » rassemble quinze écrivaines et la photographe Justine Latour dont les oeuvres oniriques accompagnent les textes. À travers ce projet, Audrée Wilhelmy poursuit son engagement à mettre en valeur la voix des femmes artistes de toutes disciplines. En septembre 2023, elle publie Peau-de-Sang, toujours chez Leméac éditeur.
Au même moment, elle annonce son départ de la maison d’édition Grasset et, quelques semaines plus tard, annonce qu’elle rejoint la maison d’édition Le Tripode, qui porte désormais son oeuvre en France. En octobre 2023, elle devient la porte-parole du magazine Continuité. Elle a pour mandat de faire rayonner le magazine. Elle signe une chronique créative « Carte-Blanche ».
Bibliographie
Peau-de-Sang
Roman
Leméac
2023
Vers la plumerie du village convergent les désirs de tous âges et de toutes fortunes. Et Peau-de-Sang, la plumeuse qui y oeuvre, a des airs de diablesse ensauvagée, libre de corps et d’âme. Avec ses mains magiciennes, elle soigne les vivants en portant les interdits qu’ils n’osent transgresser. Si chez elle le maire, le médecin, le notaire, le ferblantier, le facteur et surtout Sulfureur viennent payer leur plaisir en espèces ou en fourrures, les femmes y découvrent comment vibrer enfin au diapason de leur sexe.
Audrée Wilhelmy célèbre ici des générations de charmeresses habillées dans la dentelle fine des pulsions irrépressibles, millénaires. Peau-de-Sang connaît tous les secrets et rituels du monde, et nous invite à lire avec elle le fil des vies en même temps qu’elle découd le langage des corps.
Il y a plusieurs contes dans ce roman et autant de romans dans ce conte, au point qu’on n’arrive plus à y distinguer l’intuition du rêve : Loup, y es-tu ?
Une ode à la véhémence irréfrénable du féminin.
Plie la rivière
Roman
Leméac
2021
Avec une force d’écriture décuplée, emportée par des furies animales qui la font replonger dans l’univers cru d’Oss – où s’était révélée l’unicité de son imaginaire –, Audrée Wilhelmy livre un conte de pleine maturité dont les filets érotiques et les parfums iodés ensorcellent. Noé, dite la Petite, mène à corps perdu cette amorale histoire de trinité masculine – de père, de fils et d’ours. Personnage initiatique par qui les autres s’accomplissent, elle fait ici la rencontre d’Emessie fils, un vendeur de bonbons ambulant qui traverse chaque année le continent du nord au sud derrière le cul de sa jument.
Ce texte fin comme l’ambre donne à nouveau la mesure d’un talent qui remplit déjà hautement ses promesses.
Blanc Résine
Roman
Leméac
2019
Dans un couvent construit de mains de femmes aux confins de la forêt boréale, vingt-quatre sœurs donnent naissance à une fillette qui grandira en apprenant la langue et les lois d’Ina Maka, la Terre-Mère. À quelque distance de ce couvent, une ouvrière de la mine Kohle Co. meurt en couches, laissant un poupon albinos à son père qui, à se tuer au travail, le fera médecin.
Le roman retrace la rencontre, l’accouplement et le destin de ces deux êtres dissemblables, Daã et Laure, et celui de leur progéniture. Il transporte les odeurs de la taïga et les bruits de la ville ; des histoires de femmes en fuite, de débâcle et d’enfants écartés. Il remonte aux origines d’une lignée dont sortira la Noé d’Oss et du Corps des bêtes.
Le Corps des Bêtes
Roman
Leméac
2017
Osip se refuse à sa nièce. Il ne lui montrera pas comment « faire le sexe des humains », même s’il ne voit pas trop qui pourra le lui enseigner sur le rocher qu’ils habitent avec le reste du clan. Il n’a pas pitié de Mie. Elle appartient à cette plage qu’il observe depuis la plateforme du phare où il passe ses journées. Seuls l’intéressent les bateaux étrangers et la femme de l’aîné. Celle-ci n’a ni la pudeur de la Vieille, ni les manières des femmes qu’il a croisées jadis à Seiche. Son frère l’a engrossée dès son arrivée à Sitjaq, mais qui s’en soucie ? Sur ce bout de terre rocailleux, les bêtes sont à qui les prend.
Les Sangs
Roman
Leméac
2013
De son aïeul grand veneur, Féléor Barthélémy Rü ne reçoit pas seulement une immense fortune ; il hérite également du désir de tuer et d’un goût singulier pour la chair crue. Ces plaisirs, il les développe au contact des femmes qu’il croise et qui deviennent, pour certaines, ses épouses et victimes. Car ce n’est pas le daim ni le loup que chasse celui que, dans la Cité, on appelle bientôt l’Ogre, mais des femmes qui, pour étonnant que cela puisse paraître, vont à lui de leur plein gré. D’où viennent ces femmes ? Qui sont-elles et qu’est-ce qui les pousse vers Féléor Barthélémy Rü ? Pourquoi se donnent-elles à lui et qu’ont-elles fait pour en être aimées, parfois tuées ? C’est ce qu’elles expliquent dans les carnets qu’elles laissent derrière elles et que Féléor assemble en un curieux livre – celui qu’on va lire – après le meurtre de sa dernière épouse.
Polyphonique et amoral, le roman d’Audrée Wilhelmy interroge les relations de pouvoir, l’établissement des fantasmes et l’assouvissement des envies.Mercredi, Constance, Abigaëlle, Frida, Phélie, Lottä, Marie : sept femmes, sept expériences du désir et de la mort, sept écritures qui disent la féminité, la haine de soi, le narcissisme, la soumission tantôt feinte, tantôt amusée. À la lecture des carnets, Féléor commente, rectifie, ajoute des détails ou des épisodes entiers, sans jamais justifier ses meurtres ni exprimer de regrets.
Oss
Roman
Leméac
2011
À la mort de Grumme, Noé, celle que tous appellent encore « la Petite », tourne le dos au magasin général de la vieille obèse, et quitte les Naëlle, Fribulle et Marie Grille-Temps de son village pour aller faire sonner ses grelots jusqu’au cirque de Fort-Bouteille. Aux confins d’une étrange forêt, elle retrouvera le grand méchant Loup. Mais dans ce conte amoral, érotique et cruel, on ne sait plus trop qui est pris au piège de l’autre.
Écrite dans une langue résolument singulière, cette histoire est néanmoins tissée du même fil que ceux d’Anne Hébert, dont les fous de Bassan sont ici des mouches qui bourdonnent sur la carcasse pourrie d’une baleine échouée ou qui envahissent les oreilles des enfants.