Biographie
Elle a grandi en Bretagne. Le souffle des éléments, le pouvoir des mots, la transmission orale de savoirs anciens et la transformation des êtres représentent des motifs qui traversent ses romans, récits et recueils de poèmes – La Mer à la porte, La Route des vents (La Part commune, 2001, 2002), La Terre cet animal, Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon, Orange sanguine (Mémoire d’encrier, 2003-2021, 2010, 2013), Comment va le monde avec toi (2013), En Suivant Shimun (Boréal, 2021), Personne seulement (Mémoire d’encrier, 2023).
Chez elle, la force des rencontres s’incarne à travers les spiritualités du vivant. Ses multiples racines et enracinements sont à l’origine de la plupart des projets littéraires qu’elle a menés, comme l’anthologie de correspondances Aimititau ! Parlons-nous ! (Mémoire d’encrier 2008 ; 2017), en leur confiant la fonction de créer des ponts, de favoriser les dialogues entre cultures pour permettre une meilleure connaissance des uns et des autres. Ses poèmes ont été traduits en espagnol, anglais, slovène, polonais, innu-aimun et mandarin.
Bibliographie
Je n'ai pas connu la mer sous Anticosti
« Sur la Basse-Côte-Nord du côté d’Old Fort Bay, une véritable cité cosmopolite s’organisait chaque été, à la fin du XVe siècle. Des pêcheurs basques, normands et bretons partageaient un havre avec les Innus pendant les beaux jours. On l’appelait Brest. Le dixième jour dudit mois de juin, nous entrâmes dans ledit havre de Brest avec nos navires, mentionne le journal de bord de Jacques Cartier, dont le nom est passé à l’histoire, tandis que celui des pêcheurs qui l’avaient informé a été oublié.
Certains noms disparaissent des cartes marines comme des papiers d’identité, au gré de l’histoire sans cesse réécrite. Peut-on passer sa vie à chercher un mot qu’on n’a jamais entendu et qui pourtant nous manque ? Les mappemondes ont gardé la trace de ce Brest de Babel jusqu’au dix-huitième siècle, mais les roches brûlées des îles du Nord et la carte mentale de certains voyageurs s’en souviennent. Je suis prise dans le filet que des pêcheurs ont jeté dans mon sang. » Extraits du recueil « Je n’ai pas connu la mer sous Anticosti »
Personne seulement
« Personne seulement’ réveille la présence d’un livre ancien aux lettres mouvantes, aux vides lumineux, toujours à refaire. Les fragments de mots à reconstituer tombent des toits de la ville. Une femme les recueille. Des airs de chansons de Leonard Cohen lui reviennent de l’enfance. S’ouvre alors un dialogue inédit avec l’ange de Montréal, autour des ascensions et des chutes qui rythment nos naissances et nos renaissances.
En Suivant Shimun
La terre cet animal
En se laissant guider par la main chaude des ancêtres, Laure Morali suit les formes et les rêves de la terre, du Brésil au Québec en passant par les Andes, le Chiapas et le Nouveau-Mexique. Ses poèmes recueillent l’humilité des êtres et des choses.
Aimititau! Parlons-nous!
Les écrivains jumelés par Laure Morali s’écrivent des mois durant jusqu’à faire surgir une œuvre faite de tendresse et d’inquiétude, de révolte et d’espoir. Les grandes et incontournables questions humaines reviennent d’une correspondance une autre.
« Aimititau ! Parlons nous ! » donne à lire une multitude de voix et de points de vue, qui expriment la manière d’être ensemble, d’habiter la même terre et de vivre dans le respect de l’autre. Véritable action de solidarité. Résonances d’une lettre à une autre, d’un tourment à un autre, d’une joie à une autre, pour se rejoindre dans la fraternité des mots.
La Route des vents
Dans une langue épurée et chaude, Laure Morali distille l’humanité ressentie au fil de ses voyages le long du Saint-Laurent et au-delà, au nord. Shimun, chasseur nomade de la nation innue, l’emmène loin dans la forêt. Il lui fait don d’un art de vivre : l’art d’être innu, l’art d’être humain.
Orange sanguine
Laure Morali nous dit : « Mon grand-père avait perdu son pays et me le rendait chaque matin en me faisant boire le jus de l’orange sanguine (…) Il m’offrait la terre monde dans un fruit. »
Poésie de la mémoire, du vécu et de la route, « Orange sanguine » conte l’expérience des lieux et émotions. Tout semble concret et fluide dans cette quête liant action poétique et méditation sur le sens du monde. Les mots nous viennent au fil des saisons, telle une marée douce.
L’humanité au creux de la main tendue, portée par le poème.
Comment va le monde avec toi
Une femme revient sur une île de Bretagne, dans le paysage de mer où elle a grandi. Elle habite sous un phare, et la nuit ravive les fantômes. Entre le pays et soi, désormais, un décalage, par toutes ces années d’Amérique collées sur la peau.
Alors lancer des mots à la mer, par petits éclats, comme les messages des sémaphores. Une adresse à un aïeul, un capitaine qui est allé se perdre à l’ouest aussi, longtemps avant. Et le reflux des souvenirs, premières amours, cassures et dérives, pour s’éclairer où il y a eu partage des eaux, entre rester et s’en aller.
« Tout ce que nous aurions pu faire si nous n’étions pas partis au loin est resté là, inachevé. Les fantômes ne sont pas des morts, ce sont des vies que nous avons laissées en suspens. »
Traversée de l'Amérique dans les yeux d'un papillon
Construit sous forme de spirale, le roman « Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon » raconte l’histoire d’une jeune femme qui s’abandonne sur les routes du monde. L’exil bouscule les habitudes et nous apprend que le chemin se fait en marchant. Tout est concision dans cet ouvrage, une langue exigeante et sobre, une touche fine et patiente. La narratrice se faufile entre les couleurs, les arbres et les nuages, qui deviennent eux-mêmes pulsion de vie et de beauté. Elle reconstruit son être par le récit de ce voyage initiatique qui la guide aux horizons des Amériques : Alaska, Guyane, Nouveau Mexique, Montréal, Innu Assi.