Salma KOJOK
Biographie
Salma Kojok est écrivaine.
Elle est née en Côte d’Ivoire en 1971 dans une famille libanaise.
Après une enfance et une adolescence africaine en Côte d’Ivoire, un doctorat d’histoire à Nantes, elle s’installe au Liban. Elle y enseigne l’histoire à l’université et au lycée et y anime des ateliers d’écriture.
Aujourd’hui, Salma Kojok vit en France. Elle préside le jury du prix Goncourt-Choix de l’Orient et anime des ateliers d’écriture.
Son écriture romanesque explore la violence et sa mise en récit, les langues, lieux d’exils et interfaces remuantes dans les récits migratoires.
Son écriture, comme son parcours, est marqué par les langues qui la traversent depuis sa naissance. Il y a d’abord les français : le français de la mère, le français de l’école et puis, le français ivoirien, une langue qui n’existe pas officiellement mais qui vibre en elle, langue faite de mots français mêlés aux comptines baoulé ou dioula de son enfance et aux expressions nouchi du marché de Treichville. Il y a aussi les arabes, l’arabe rural du grand-père venu du Liban s’installer en Côte d’Ivoire encore colonie française et l’arabe citadin, celui de Beyrouth où elle s’installe, faisant le chemin à l’envers, de l’Afrique vers le Levant.
Ces langues, comme des fleuves qui coulent en elle, dessinent une histoire et une géographie entre trois continents : Afrique, Asie et Europe. Elles déplacent les lignes convenues, dérisoires frontières géographiques, linguistiques ou historiques et l’invitent à trouver dans la fiction un chemin vers des questions qu’elle ne peut poser.
Publications
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2023
Noir Liban
Editeur : Erick Bonnier
Genre : RomanPrésentation :C’est l’histoire de Maimouna, de ses cheveux crépus, de son accent cassé, du pétillement ravagé dans sa voix, de ses mains qui tremblent. C’est l’histoire de la falaise que toute femme porte en elle ; tant qu’elle la tient éloignée, sa vie reste assez tranquille, elle se lève chaque matin, parle la langue apprise, vaque à ses activités, fait ce qu’on attend d’elle, elle bouge, elle fonctionne. Mais la falaise est là qui veille, il suffit d’un moment de trouble et nous voilà au bord du gouffre, c’est alors sans retour. Penchés vers ses bords escarpés, face au vide, nous voyons les ténèbres en nous, nous sommes dans l’emprise de cette folie. Nous discernons notre propre fin, découvrons ce qu’est le temps, sa matière cotonneuse, ses fils inextricables qui aveuglent et ligotent, abusent et abandonnent.
C’est l’histoire de Maïmouna face à cette falaise.
C’est l’histoire d’une mangue, elle dégouline des doigts d’une petite fille rieuse, l’histoire de gouttelettes de mer sur des épaules noires et rondes, le goût du vent salé sur les lèvres, le ciel à portée d’yeux, l’histoire de cocotiers qui pétillent et de leur promesse de liqueurs ensoleillées.
C’est le cheminement des migrants, éternels errants, entre océans et terres désertées, refoulées et rêvées, poursuivies et recueillies puis réinventées pour des voyageurs sans ancres, échoués sur les plages, des transfuges en sursis entre les rivages et les murs.
C’est l’histoire des absents, la mère mise à l’écart, les disparus de la guerre du Liban, l’histoire des sans-voix, des bonnes, des oubliés, de la colonisation, des dominations.
C’est la traversée d’une vie, celle de Maïmouna, née en Afrique et fille du Liban, écartelée de cimetière en récits décousus, à la recherche d’une famille introuvable. C’est un questionnement continu, la quête d’une famille, le lieu des premiers émerveillements, le pôle originel du désenchantement, les loyautés massacrées. Liens, déliaisons, renouement, grillages ; c’est l’histoire de Maïmouna interrogeant cette balle à déflagration que l’on se balance, on la reçoit de mains rassurantes, mains maternelles, voies paternelles, on saisit ce colis, on le perd, le rattrape au vol ; il finit toujours par imploser en nous. On le sait, on avance vers lui pourtant ; qui donc décide du sacrifice ? Une famille, une histoire de fil de fer barbelé, le mécanisme qui nous ligote par des liens d’amour, attachements d’origines toxiques que racontent depuis toujours les traditions littéraires, contes d’Afrique, légendes de Mésopotamie ou tragédies grecques. Une famille, territoire de la rudesse, volcan en furie, corps cendreux, pays de ficelles et de faveurs, anneaux enchainements cordons ligatures, ruses et rubans. Qu’est donc ce sentiment familial qui nous oblige ?
C’est l’histoire de la ligne de démarcation de Beyrouth, du cimetière marin de Grand-Bassam, de la rue Makhoul, des escaliers de la maison de Treichville, de la Corniche de la Mer, de Zrariyé, de la Méditerranée et de l’Atlantique et de la lagune Ebrié et du fleuve Litani. C’est l’histoire de lieux emmêlés dans des exils continus, histoire de lisières, d’interfaces remuantes.
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2019
Le dérisoire tremblement des femmes
Editeur : Erick Bonnier
Genre : RomanPrésentation :Jeune fille, Dounia prend le bateau de Beyrouth pour retrouver son mari Farid émigré en Côte d’Ivoire. À travers son récit de vie, mêlé à celui de sa fille, ce roman raconte ce que fait l’exil aux corps des femmes et à leurs langages.
L’écriture, à la fois simple et sublime, véhicule des couleurs, des parfums, des caresses, des regards, saisissant l’éphémère dans la lumière posée sur les visages ou sur les objets. Elle donne à voir ce que cache souvent la prose, ce plomb chargé de mots, de vocables, de tout ce fatras grammatical derrière lequel, d’ordinaire, se dérobe et s’efface l’écrivain. Là, rien de tel.
Tout est dit dans la magie des silences, des retraits et des interrogations qui réinventent la langue du roman.