Paulette Nardal, pionnière méconnue de la négritude

Paulette Nardal. CC BY-NC-SA

L’histoire a retenu les « pères » de la négritude : Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon Gontran Damas. C’était oublier le rôle fondamental de Paulette Nardal et de ses sœurs dans l’émergence de la pensée noire francophone.


La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris lui aura offert une exposition inédite. Ce 26 juillet 2024, la statue de Paulette Nardal a émergé des eaux de la Seine, seule femme noire parmi ces dix « femmes en or » debout, reconnues par la France sous les yeux du monde entier. L’intellectuelle martiniquaise, au rôle déterminant dans l’histoire de la pensée noire francophone, a pourtant longtemps été oubliée.

Durant des décennies, les historiographes de la négritude ont mis en lumière les « pères » de ce mouvement littéraire, philosophique, esthétique et politique porté par trois étudiants noirs qui, dans les années 1930, s’étaient rencontrés à Paris : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. Dans le tome 3 de ses essais intitulés LibertéSenghor renvoyait à cette définition de la négritude d’après Césaire : « la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture ».

La statue de Paulette Nardal, exposée temporairement à l’Assemblée nationale. Crédit : Assemblée nationale

Ainsi, l’importance de Paule dite Paulette Nardal (1896-1985) dans l’émergence de ce mouvement a été éclipsée. Journaliste et femme de lettres, fondatrice, avec d’autres de La Revue du monde noir, elle a animé avec ses sœurs, à l’entre-deux-guerres, un salon littéraire qui a vu défiler, à Clamart, au sud de Paris, toute l’intelligentsia noire installée ou de passage dans la capitale.

Parfois, on se contentait de l’appeler « la marraine de la négritude » d’après l’expression de l’écrivain martiniquais Joseph Zobel, comme si ses sœurs – Paulette est l’aînée de sept – et elle n’avaient joué qu’ un rôle de lointaines inspiratrices.

Pourtant, elles écrivaient, discutaient, traduisaient, établissant des ponts entre intellectuels anglophones et francophones dès les années 1920. Les sœurs Nardal, et Paulette en particulier, étaient à la fois des femmes d’action et des penseuses, des battantes pour la « cause noire ».

Première femme noire diplômée d’anglais à la Sorbonne

Paulette Nardal est née le 12 octobre 1896, à la Martinique, dans une famille bourgeoise. Naîtront ensuite six filles (Émilie, Alice, Jane, Cécile, Lucie et Andrée), toutes éduquées dans l’amour des lettres « latines » et de la musique. Son père, Paul Nardal, fils d’esclaves, est le premier Martiniquais ingénieur des ponts et chaussées ; sa mère, Louise Achille, est institutrice et professeur de musique. Paulette Nardal sera elle-même institutrice, avant de gagner Paris, en 1920, à l’âge de 24 ans. Elle s’inscrit à la Sorbonne avec sa sœur Jane et y poursuit des études d’anglais.

Première femme noire diplômée en anglais de la Sorbonne, elle travaille pour son mémoire de fin d’études sur l’écrivaine américaine abolitionniste Harriet Beecher Stowe, autrice de La case de l’oncle Tom.

Dès son arrivée en métropole, elle est témoin de l’effervescence autour de Batouala, roman du Martiniquais René Maran, premier livre d’un Noir couronné par le prix Goncourt en 1921.

Elle observe la vie quotidienne à Paris, ville bouillonnante dans l’entre-deux-guerres, où l’on croise des soldats noirs démobilisés, où les « bals nègres » sont à la mode, où de nombreux intellectuels et artistes noirs évoluent – Joséphine Baker triomphe sur scène.

Paris est alors un carrefour. Les Afro-Américains, les Antillais et les Africains, d’abord méfiants les uns à l’égard des autres, y découvrent leur commune appartenance à une « race » avec, cependant, des différences culturelles notables.

Au salon de Clamart, débats et mises en réseau

Il faut souligner l’importance du salon de Clamart, où elle reçoit tous les dimanches avec ses sœurs Jane et Andrée entre la fin des années 20 et le début des années 30. C’est le moment où les trois sœurs ont joué pleinement leur rôle de traductrice et ont participé activement à la mise en réseau des intellectuels noirs, d’où qu’ils viennent. Si Aimé Césaire avoue y passer rarement, on y croise plus fréquemment Léopold Sédar Senghor.


Read more: Léopold Sédar Senghor, héraut de la francophonie et chantre de la négritude


Elles débattent et créent des passerelles entre anglophones de passage à Paris (intellectuels, poètes, artistes américains et de toutes les diasporas africaines) et francophones, quelles que soient leurs origines et fonctions, conscients de leur appartenance commune à la « condition noire ». Outre René Maran, on y croise les écrivains américains Alain Locke, auteur du manifeste « The New Negro » et Claude McKay, la sculptrice Augusta Savage… On s’y fait écho du « Harlem Renaissance », un mouvement afro-américain porté par les intellectuels et artistes noirs outre-Atlantique, qui a inspiré celui de la négritude.

L’intellectuelle est aussi journaliste : pour La Dépêche africaine (1928-1932), où sa sœur Jane publie également, pour La revue du Monde noir qu’elle a créé (1931-1932) avec Léo Sajous et René Maran et plus tard pour L’Etudiant noir (créé par Aimé Césaire en 1935, dont il n’y eut que deux numéros). En témoin de son temps, elle donne son opinion sur les différentes formes de colonisations : celle des Français, qui selon elle civilise et éduque, lui semble plus douce. Plus tard, en 1935, elle prendra position contre l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie de Mussolini.

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En tout, Paulette Nardal écrit une dizaine d’articles dans La Dépêche africaine (organe du « Comité de défense de la race nègre », fondé par le Guadéloupéen Maurice Satineau en 1928). Pour La revue du monde noir, parution bilingue anglais-français dont elle est secrétaire de rédaction, elle traduit tous les textes. Ses sœurs Jane et Andrée y contribuent, ainsi que son cousin Louis Thomas Achille.

Dans l’éditorial de La Revue du monde noir de 1931, le cap est clairement fixé :

« Créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de se mieux connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur Race, tel est le triple but que poursuivra “La revue du monde noir”. »

Dans le dernier numéro de la même revue, en 1932, elle publie un texte qui fera date : « Éveil de la conscience de race ». Il s’agit pour elle de redonner aux Noirs la fierté d’être des Noirs.

Paulette Nardal fut aussi assistante parlementaire, auprès du député martiniquais Joseph Lagrosillière ou du député du Sénégal Galandou Ndiaye, à partir de 1934.

En 1939, elle se trouve sur le bateau Bretagne quand celui-ci est torpillé par les Allemands. Sauvée de justesse, elle gardera à vie des séquelles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle regagne la Martinique où elle encourage les femmes à exercer leur droit de vote acquis en avril 1944. Elle occupera, un bref moment, un poste à l’ONU.

En Martinique, elle publie dans le mensuel La femme dans la cité, qu’elle a créé et qu’elle dirige entre 1945 et 1951, dans lequel elle défend toujours la cause des femmes.

Elle accorde ainsi une grande importance à l’éducation et aux droits des Martiniquaises et écrit un rapport officiel sur le féminisme dans les colonies (1944-1946). En 1954 elle fonde une chorale, « La joie de chanter », où les choristes interprètent des negro spirituals.

Sa vie durant, Paulette Nardal a vécu en femme indépendante, ne reculant devant aucune difficulté, même si ses positions politiques furent parfois incomprises ou jugées ambiguës à l’égard de la colonisation française, parce qu’elle aimait la France, sa culture et l’accueil qu’elle réservait aux Noirs. Elle était catholique et ne remettait pas en cause l’idée de la civilisation liée à celle de la colonisation. Vu ses positions réformistes modérées, on a pu dire qu’elle défendait une « négritude de droite ».

« Nous avons balisé la piste pour les hommes »

Toujours solidaire des femmes et prenant fait et cause pour la « négritude », elle avait l’impression d’avoir été dépossédée de la « maternité » d’une pensée qu’elle forgeait théoriquement et pratiquement depuis les années 1920. Elle le dit clairement, par exemple dans une lettre de 1963, adressée au biographe de Senghor Jacques Louis Hymans, « où elle exprime son amertume – et celle de ses sœurs – d’avoir été spoliées par Césaire, Damas et Senghor », relève Cécile Bertin-Élisabeth :

« Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avions brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelle. Nous n’étions que des femmes. Nous avons balisé la piste pour les hommes »

Dans l’histoire des idées, la « domination masculine » est bien présente : le rôle des penseuses est souvent passé sous silence, comme le montre Eve Gianoncelli dans une thèse soutenue en 2016, qui s’appuie notamment sur la trajectoire de Paulette Nardal.

Quand il s’agit de l’Afrique et de ses diasporas, cette tendance à l’invisibilisation des voix des femmes est encore plus flagrante – ce sont d’abord les hommes qui écrivent, conceptualisent, ont des préfaciers français (ce fut le cas des « pères » de la négritude).

Paulette Nardal, « La Négritude : Cherchez la femme ! » (Arte).

Heureusement, le rôle de Paulette Nardal et de ses sœurs est mieux connu depuis quelques années grâce à de nouvelles recherches, des thèses), des films, une première biographie, un livre d’entretiens et bien d’autres publications.

La statue de Paulette Nardal est temporairement exposée dans la cour d’honneur de l’Assemblée nationale, aux côtés des autres « femmes en or ». Son châle semble se prolonger par de puissantes racines de fromager, arbre bien connu en Afrique et aux Antilles. Le début d’une mise en lumière officielle


Cet article est publié en partenariat avec l’Agence universitaire de la Francophonie à l’occasion du XIXe sommet de la Francophonie qui se tient les 4 et 5 octobre 2024 à Paris et Villers-Cotterêts.

VIENT DE PARAÎTRE

🌺🌟🌺 Le volume 4 de l’anthologie du Parlement des écrivaines francophones vient de paraître aux éditions Magellan. Venez découvrir vingt plumes récemment arrivées au sein du Parlement des écrivaines francophones. Le lancement de l’ouvrage est prévu pour le mois d’octobre. À surveiller !

RENTRÉE LITTÉRAIRE |

🎉 C’est la rentrée littéraire du Parlement des écrivaines francophones 🎉! Joignez-vous à nous pour une soirée captivante de lectures 📖 et de musique 🎹 le lundi 7 octobre 2024 à 18h30 à la Maison des étudiants canadiens à Paris ! Vous êtes attendu.e.s en grand nombre !

RENTRÉE LITTÉRAIRE

LANCEMENT | ✨✨✨ Si vous êtes à Montréal, nous vous invitons chaleureusement à assister au lancement du nouvel ouvrage de Lise Gauvin, membre du Parlement des écrivaines francophones. Pour plus d’informations, veuillez consulter les détails ici👇

DISTINCTION | Diane Régimbald

Membre du Parlement des écrivaines francophones, Diane Régimbald vient de remporter le Grand Prix Québecor du Festival international de la poésie 2024. Nous félicitons chaleureusement la lauréate ainsi qu’Annie Lafleur, qui a également été distinguée par ce prix ex-aequo.

RETOUR EN IMAGE

Laure Mi Huyn Croset et Béatrice Riand au Livre sur les Quais

RETOUR EN IMAGE | 🌟🌟 Laure Mi Hyun Croset et Béatrice Riand, membres du Parlement des écrivaines francophones sont sur le stand de l’Association des Écrivains Vaudois à l’occasion du Livre sur les quais . Un bel exemple de sororité🌹🌺 !
📸 : Francisco Arenas

MAY ZIADÉ

Couverture du livre May Ziadé par Carmen Boustani

RECENSION | ✨ Le dernier ouvrage de Carmen Boustani, membre du Parlement des écrivaines francophones fait l’objet d’une belle recension dans l’Orient-Le Jour, un quotidien francophone libanais ✨ .

5e Rencontre internationale du Parlement des écrivaines francophones | Rapport d’activités

Mosaïque de portraits de membres du Parlement des Ecrivaines Francophones

PARLEMENT DES ÉCRIVAINES FRANCOPHONES

5e RENCONTRE INTERNATIONALE

LA FRANCOPHONIE AU FÉMININ : UN ESPACE À INVENTER

Montréal / 24 – 28 avril 2024

RAPPORT

HISTORIQUE

La création du Parlement des écrivaines francophones (PEF) tire son origine de l’appel lancé, en 2016, par Fawzia Zouari, journaliste et écrivaine tunisienne. Sa première session s’est tenue à Orléans, en septembre 2018, en présence d’écrivaines des cinq continents, rassemblées pour échanger et débattre sur la condition des femmes dans le monde ainsi que de leur place sur la scène publique et politique. Son premier acte a sonné comme un engagement : la rédaction du manifeste des écrivaines francophones « Liberté, égalité, féminité ».

Constitué en Association depuis 2020, le PEF est marrainé par la mairie d’Orléans et soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ainsi que la journaliste et écrivaine Leïla Slimani, représentante personnelle du Président de la République Française pour la Francophonie.

Le PEF a notamment comme mission d’affirmer le rôle des femmes dans la littérature francophone et de démontrer qu’il existe un « écrire-ensemble » capable de renforcer les liens des écrivaines où qu’elles se trouvent. Le PEF désire également constituer un trait d’union entre le Nord et le Sud pour faire circuler les idées et les auteures ainsi que d’offrir un espace de prise de parole destiné à donner le point de vue des femmes sur les débats ou les crises de nos sociétés.

5e RENCONTRE INTERNATIONALE À MONTRÉAL

Après ses rencontres d’Orléans (France 2018, 2019), d’Iasi (Roumanie 2021), de Beyrouth (Liban 2022), le PEF a choisi Montréal, métropole francophone des Amériques, pour tenir sa 5e Rencontre internationale, du 24 au 28 avril 2024. Ce fut l’occasion d’amorcer une nouvelle réflexion sur la francophonie littéraire féminine et d’en discuter les enjeux.

Cet événement fut organisé sous l’égide de l’Académie des Lettres du Québec en collaboration avec le Festival littéraire international Métropolis bleu de Montréal. Quatorze autres partenaires ont accordé une contribution financière et / ou logistique à l’événement.

LA FRANCOPHONIE AU FÉMININ : UN ESPACE À INVENTER

Que signifie aujourd’hui écrire en français? Pour qui? Pourquoi? Quelles sont les conditions de l’écriture dans diverses aires francophones? Quels en sont les enjeux? À quoi correspond, d’un point de vue féminin, la notion même de Francophonie? Autant de questions qui furent posées à des écrivaines du PEF venues des quatre coins du monde pour faire entendre leurs voix sous le thème : La Francophonie au féminin : un espace à inventer.

Ce thème et ses déclinaisons furent abordés et débattus dans le cadre d’ateliers, de lectures et de tables rondes ouvertes au public. Un ouvrage publié pour le PEF par les Éditions Mémoire d’encrier de Montréal reprendra les textes des communications de toutes les écrivaines présentes. Dès sa parution, à l’automne 2024, un exemplaire sera acheminé aux membres du PEF ainsi qu’à tous les partenaires grâce à qui cette 5e rencontre internationale du PEF a pu se réaliser.

Document utilisé pour la promotion sur les réseaux sociaux

DÉLÉGATION DES ÉCRIVAINES DU PEF PRÉSENTES À MONTRÉAL

Cette 5e Rencontre internationale du Parlement des écrivaines francophones devait réunir 18 écrivaines mais finalement ce sont 17 écrivaines qui furent présentes à Montréal car Safiatou Ba, originaire du Mali mais vivant à Washington, n’a malheureusement pu obtenir son visa d’entrée au Canada.

Liste des écrivaines  

Marie-Rose ABOMO-MAURIN (France/Côte d’Ivoire)           Marijosé ALIE (Martinique)

Muriel AUGRY-MERLINO (France)                                   Nicole BROSSARD (Québec)

Geneviève DAMAS (Belgique)                                         Denise DESAUTELS (Québec)

Louise DUPRÉ (Québec)                                                Sedef ECER (France/Turquie)

Nadia ESSALMI (Maroc)                                                 Carole FRÉCHETTE (Québec)

Lise GAUVIN (Québec)                                                   Madeleine MONETTE (États-Unis)

Cécile OUMHANI (France/Tunisie)                                    Émeline PIERRE (Haïti/Québec)

Diane RÉGIMBALD (Québec)                                          Émilie TURMEL (Nouveau-Brunswick)

Hyam YARED (Liban)                                                     Safiatou Ba (Mali /États-Unis)

COMITÉ ORGANISATEUR

Le comité organisateur québécois de l’événement était constitué des personnes suivantes :

Lise GAUVIN, présidente du comité

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

Monique CORMIER

Professeure, Université de Montréal

Carole FRÉCHETTE

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

Gérald GAUDET

Président de l’Académie des Lettres du Québec

Flavie ISABELLE HADE

Directrice générale adjointe du Centre de la francophonie des Amériques

Marie-Pascale HUGLO

Membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec et Directrice du Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal

Diane RÉGIMBALD

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

Michel ROBITAILLE

Président du Conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Le comité scientifique, sous l’égide du PEF, était constitué des personnes suivantes :

Faouzia ZOUARY, présidente du comité

Présidente-fondatrice du Parlement des Écrivaines francophones

Muriel AUGRY-MERLINO,

Membre du Parlement des écrivaines francophones

Carole FRÉCHETTE

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

Lise GAUVIN

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

Émeline PIERRE

Membre du Parlement des écrivaines francophones

Diane RÉGIMBALD

Membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones

PROGRAMMATION

La dizaine d’activités présentées dans le cadre de cette 5e Rencontre internationale du Parlement des écrivaines francophones ont connu un vif succès. Toutes les salles où se sont tenus les événements, dans divers lieux de Montréal, étaient remplies à capacité. Chacune des activités est reprise ci-dessous avec un bref descriptif.

 

Mercredi 24 avril / 19h

 

LA FRANCOPHONIE AU FÉMININ : UN ESPACE À INVENTER 

Table ronde d’ouverture

BANQ / Archives nationales 535, avenue Viger Est

TABLE RONDE 90 MINUTES

 

Comment les femmes appréhendent-elles et définissent-elles la francophonie comme concept et comme institution. En quoi leur approche diffère-t-elle de celle de leurs collègues masculins. Les femmes ont-elles davantage la capacité de débarrasser la francophonie de la connotation coloniale et le français de sa dimension franco-française.

Dans quelle mesure le regard que les écrivaines portent sur le monde contribue-t-il à le changer? Quels types de solidarité peut-on voir se dessiner entre les femmes qui écrivent.  Quelle est la place du Québec dans ce nouveau discours sur la francophonie? Cette table ronde qui fut animée par Marie GRÉGOIRE, présidente-directrice générale de BAnQ / Archives nationales. Elle fut suivie de la réception de réseautage d’ouverture.

 

 

 

 

 

      

 

    

 

   

 

 

Jeudi 25 avril / 8h45

PETIT-DÉJEUNER DE RÉSEAUTAGE À L’HÔTEL DE VILLE DE MONTRÉAL

275 Rue Notre Dame E, Montréal

Les écrivaines du Parlement des écrivaines francophones participant à la 5e Rencontre internationale de Montréal sont reçues par la Mairesse de la Ville de Montréal, Valérie Plante. Événement organisé en collaboration avec la Commissaire à la langue française de Montréal, Noémie Dansereau Lavoie

Jeudi 25 avril / 13h30

LES COMMENCEMENTS : ÉCRIRE QUAND ON EST UNE FEMME 

UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL –Département des littératures de langue française /CRILCQ, Salle Carrefour, Pavillon Lionel-Groulx

CAUSERIE 75 MINUTES

« Écrire je suis une femme est plein de conséquence » Nicole Brossard. « Écrire quand on est une femme est quelque chose qui, dans mon pays, ne pouvait se concevoir » Faouzia Zouari. Dans quelle mesure l’écriture est-elle une rupture avec la communauté d’origine ? Quels interdits ou tabous doivent transgresser celles qui écrivent? Les écrivaines parlent de leurs premiers textes et de leurs premiers lecteurs. Discussion animée par Lise GAUVIN, présidente du comité organisateur.

Jeudi 25 avril / 16h30

 

ÉCRIRE EN FRANÇAIS : POUR UNE FRANCOPHONIE DÉCOMPLEXÉE

LIBRAIRIE GALLIMARD / 3700, boul. Saint-Laurent

TABLE RONDE  75 MINUTES

Que signifie aujourd’hui écrire en français quand on est une femme? Quels sont les enjeux politiques et sociaux? En quoi le français peut-il avoir des accents plus rassembleurs lorsqu’il est écrit par les femmes ? Quel français écrire? Comment échapper aux pièges de l’exotisme? Discussion animée par Gérald GtAUDET président de l’Académie des lettres du Québec.

 

Vendredi 26 avril / 10h – 14h

JOURNÉE PROFESSIONNELLE MÉTROPOLIS BLEU

HÔTEL 10 / 10 Rue Sherbrooke Ouest

4 TABLES RONDES + LUNCH DE RÉSEAUTAGE

Vendredi 26 avril / 15H

ÉCRIVAINES FRANCOPHONES DES CINQ CONTINENTS : DÉCOUVERTES ET (RE) DÉCOUVERTES 

HÔTEL 10 – Salle Jardin / 10 Rue Sherbrooke Ouest

LECTURES  60 MINUTES

Présentation des invitées de la 5e Rencontre internationale du Parlement des écrivaines francophones et lectures d’extraits de leurs œuvres. Animation: Diane RÉGIMBALD et Lise GAUVIN

Vendredi 26 avril / 17H

OUVERTURE OFFICIELLE MÉTROPOLIS BLEU

HÔTEL 10 / 10 Rue Sherbrooke Ouest

 

Vendredi 26 avril / 18H

ÉCRIVAINES FRANCOPHONES DES AMÉRIQUES : UNE ESPÈCE MENACÉE ?

HÔTEL 10 – Salle Jardin / 10 Rue Sherbrooke Ouest

TABLE RONDE _ 60 MINUTES

Dans une Amérique largement anglophone et hispanophone, quelle est la place réservée à l’écriture en français? Écrire, pour qui? Pourquoi?  En quoi la parole des femmes est-elle nécessaire et quelles sont les visions véhiculées? En comparant leurs différents lieux d’écriture, les écrivaines réfléchissent au statut du français dans le contexte d’une mondialité qui a souvent tendance à faire l’économie du particulier. Table ronde présentée par le Centre de la francophonie des Amériques. Animation : Émeline PIERRE

Vendredi 26 avril / 20H

CONCERT MUSIQUE ET LITTÉRATURE – JOURNAUX INTIMES AU FÉMININ

Jeunesses Musicales Canada – Salle Joseph-Rouleau305, avenue du Mont-Royal Est

CONCERT_90 MINUTES

 

La 5e Rencontre du Parlement des écrivaine francophones « Francophonie au féminin », fut enrichie d’un volet musical alliant musique et littérature. La pianiste Jeanne Amièle et la comédienne Pascale Montpetit ont mis en relief le talent de femmes exceptionnelles des 19e et 20e siècles. Cet événement unique, conçu par l’écrivaine Lise Gauvin, regroupe musique et littérature, interprétations d’oeuvres au piano et de lectures d’extraits de journaux intimes, un genre privilégié par les écrivaines pour rendre compte de leurs pulsions personnelles autant que de leur regard sur une société qui, trop souvent, les reléguait au second plan. Ce concert littéraire intitulé « Journaux intimes au féminin : écrivaines et compositrices françaises du XIXe siècle : fut présenté à la Salle Joseph Rouleau des Jeunesses musicales.

 

 

 

 

 

 

 


Samedi 27 avril / 10h

 

LECTURES PLURIELLES

Librairie Le Port de tête / 269, avenue du Mont-Royal Est

LECTURES 75 MINUTES

Présentation des publications du Parlement des écrivaines francophones : Pour toutes, la même langue; Corps de fille, corps de femme; Toi, ma mère; Nulle prison n’enfermera le poème.Animation : Muriel AUGRY-MERLINO

 


Samedi 27 avril / 19h

LES FEMMES QUI ÉCRIVENT SONT-ELLE DANGEREUSES ? LE PROCÈS

HÔTEL 10 – Espace Godin / 10 Rue Sherbrooke Ouest

SPECTACLE LITTÉRAIRE – 60 MINUTES

Dans le cadre d’une mise en scène théâtrale, les membres du Parlement des écrivaines francophones ont donné leur verdict sur une question : les femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ? Plusieurs d’entre elles étaient sur le banc des accusés. Des témoins se sont succédés à la barre pour livrer des témoignages à partir desquels le jury devait dire si, oui ou non, ces femmes qui écrivent sont dangereuses.

COMMUNICATIONS

La 5e Rencontre internationale du PEF fut principalement publicisée sur les réseaux sociaux et les sites internet du PEF, de l’Académie des Lettres du Québec, du Centre de recherche international sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) et de Métropolis Bleu.

Les documents les plus souvent utilisés pour faire la promotion de l’événement est celui repris ci-dessous et plusieurs de ceux utilisés dans le présent rapport. Ils comprennent tous les logos de nos partenaires

Nos 20 publications sur les réseaux Linkedin (38 814 vues) et Facebook (8 971 vues) ont été très bénéfiques pour attirer le public aux activités. Voici trois exemples :

L’excellente entrevue de la présidente du Parlement des écrivaines francophones, Fawsia Zouari, et de la présidente du comité organisateur de la 5e rencontre internationale, Lise Gauvin, à l’émission l’Invité de TV5monde fut diffusée à maintes reprises sur les différentes antennes de TV5Monde réparties sur les 5 continents. Selon les derniers résultats de l’étude Médiamat’ Thématik de Médiamétrie, l’audience moyenne mensuelle de TV5MONDE est de plus de 6,7 millions de téléspectateurs. Vous pouvez visionner cette entrevue en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://www.google.com/search?q=l%27invit%C3%A9+lise+gauvin+parlement+des+%C3%A9crivaines+francophones&oq=l%2Cinvit%C3%A9+&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUqBggCECMYJzIGCAAQRRg5MgYIARBFGEAyBggCECMYJzIMCAMQIxgnGIAEGIoFMgkIBBAuGAoYgAQyCQgFEC4YChiABDIJCAYQLhgKGIAEMgkIBxAAGAoYgATSAQk3NTE4ajBqMTWoAgiwAgE&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:dae2236c,vid:wEnwVIWcnHc,st:0

On a aussi parlé de la 5e Rencontre internationale de Montréal dans :

  • Un article du quotidien Le Devoir
    consacré à Métropolis Bleu.
https://www.ledevoir.com/bis/810626/croisee-mondes-litteraires
  • Un article dans la revue littéraire Les
    Libraires

.           https://revue.leslibraires.ca/actualites/le-monde-du-livre/la-francophonie-au-feminin/

  • La programmation de Métropolis Bleu, à
    partir du 24 avril
https://metropolisbleu.org/festival2024/#events
  • Une
    entrevue à la Radio de Francophonie sans Frontières
https://www.podcastics.com/podcast/episode/le-parlement-des-ecrivaines-francophones-289353/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAAR0XV-lQnO8NocSVUFLwU4NknISfb3CueKeI5Wq1DUhn0_eUVtsBdU9ebSQ_aem_Ajo12p1pSh2Ud8uebgzPxA

PUBLICATIONS

Un ouvrage qui sera publié pour le PEF par les Éditions Mémoire d’encrier de Montréal reprendra des textes de communications de toutes les écrivaines présentes. Également, une vidéo de 9 minutes présente les grands moments de la 5e Rencontre internationale du Parlement des écrivaines francophones.

Quelques partenaires de la 5e Rencontre internationale du PEF présents à nos activités

Académie des lettres du Québec / Centre de la Francophonie des Amériques / Consulat général de France / Délégation générale Wallonie Bruxelles / Métropolis Bleu / Gouvernement du Québec / Organisation internationale de la Francophonie / Ville de Montréal

MERCI AUX 16 PARTENAIRES

DE LA 5E RENCONTRE INTERNATIONALE

DU PARLEMENT DES ÉCRIVAINES FRANCOPHONES

Académie des lettres du Québec

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bureau du Québec à Rabat

Centre de la francophonie des Amériques

Centre de recherche international sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ)

Consulat général de France à Québec

Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal

Délégation générale Wallonie Bruxelles à Québec

Fédération Wallonie-Bruxelles

Festival littéraire international Métropolis bleu de Montréal

Institut Français / Festival de la Francophonie

Ministère de la culture et des communications

Ministère de la Langue française

Ministère des Relations internationales et de la Francophonie

Organisation internationale de la Francophonie (OIF) Bureau des Amériques

Ville de Montréal / Commissariat à la Langue française

APPEL À TEXTES

APPEL À TEXTES | 🌟 « Sardine, savon, voyage » est un appel à l’écriture théâtrale francophone pour la jeunesse ! 🌟 La date limite pour envoyer votre texte est le 15 octobre 2024. À vos claviers et à vos plumes !🌟

IMAN BASSALAH AIDA OU LE BONHEUR DES DAMES

Comment protéger son bonheur réel contre ce qui le menace le plus et qui vient de l’intérieur, du plus profond de soi, lorsqu’on est pris au piège d’une addiction, d’une envie à laquelle on ne peut résister et qui domine brusquement votre corps et vos pensées ? Comment s’adresser à soi-même et se raisonner afin d’échapper à ses démons, d’étouffer son délire, de retrouver le fil d’une existence normale, paisible et même « privilégiée » qui est censée être la vôtre ? Ce sont là les interrogations qui habitent le roman d’Iman Bassalah, publié en 2023 aux éditions Anne Carrière, dont le titre est un clin d’œil à l’œuvre de Zola revisitée et remise au goût du jour par l’autrice, et qui raconte avec beaucoup de talent l’histoire d’Aïda, la narratrice.

     C’est l’histoire de la longue lutte que cette dernière mène contre elle-même, aux prises avec une maladie faite de désir et de honte. Tiraillée en permanence entre d’un côté le retour de souvenirs anciens qui la font glisser sur la pente d’un passé familial lourd de marquages culturels, de frustrations, de privations, et de l’autre une réalité présente à laquelle elle tient de toutes ses forces, où elle est comblée en apparence, où la chance lui a souri en étanchant ses soifs puisque désormais l’amour, le mari, les enfants, l’argent, la reconnaissance sociale et tous les ingrédients sont là pour la sécuriser, la protéger, lui apporter paix et bonheur. Mais d’où viennent cette insatisfaction et cette inquiétude qui rongent Aïda et la poussent inexorablement à céder au violent désir de voler qui la traverse, qu’elle sent monter en elle comme une terrible tempête, kleptomanie obsessionnelle qui prend possession de ses yeux, de sa respiration et de ses mains ? Désir qui la fait trembler et la jette pieds et poings liés dans l’acte fou et toujours recommencé de « faucher » l’objet qui la tente sur le moment, tentation mortifère qui se nourrit de son sang, pulsion invincible qui à la fois la grise et la démolit. Jouissance et meurtrissure. Errance et peur de sombrer. Honte et perte de soi.

     Mais ce qui est plus intéressant que ces questions « existentielles », c’est la façon dont la romancière mène sa barque sur ce long fleuve non tranquille, dans un décor parisien qui n’a rien à voir avec celui de 1883 où Zola écrivait Au bonheur des dames et où l’on parlait pourtant déjà de « magasinite ». Le décor planté par Iman Bassalah dans Aïda ou le bonheur des dames est celui du Paris trépident d’aujourd’hui, avec son ordre et son désordre, ses modes si particulières, ses codes, ses lieux hantés, ses loisirs, ses vertiges informatiques, ses objets fétiches, ses règles et les manières de les transgresser. C’est là qu’elle fait évoluer des personnages saisissants dont les traits se précisent au fur et à mesure que l’action s’intensifie, que l’étau se resserre : du mari aimant aux amants irrésistibles, de la bourgeoisie du seizième arrondissement à la famille arrivée des montagnes d’un Liban en guerre, à la nounou d’origine « gitane », au faux vigile, aux jeunes lycéennes de terminales auxquelles la narratrice enseigne la littérature, à l’amie intime, actrice flamboyante qui vous pompe l’air, vous squatte la vie, et enfin à ce milieu puissant et mystérieux du spectacle dont les secrets sont bien gardés et qui possède un attrait irrésistible. Le tout à travers un récit haletant où le drame n’est jamais loin, où l’épée de Damoclès est toujours suspendue sur la tête d’Aïda, et où le dénouement nous réserve de grandes surprises.

     Cherchant à guérir de sa terrible maladie, s’identifiant ou s’attachant à des êtres dans lesquels elle cherche sa vérité introuvable, à l’intérieur d’un microcosme où les gens sont toujours à cran, la narratrice s’épuise dans une course poursuite, avec à ses côtés un mari lui-même pris au piège.

     Et c’est la comédie qui lui tend enfin la main et lui offre un refuge. C’est elle qui la sort du guêpier de la vie réelle où les masques sont si lourds à porter, et lui propose le masque tant rêvé de l’actrice, de cinéma ou de théâtre, celle qui joue le rôle de l’autre, faute d’avoir su trouver le sien. Tricherie ? Peut-être. Rôle « volé » ? Oui, sans doute, pour rester dans la note. Mais surtout rôle imaginaire qui vient au secours du réel comme pour l’aider à mettre de l’ordre en son sein afin de se remettre en marche.

     Ainsi, faute d’arriver à vivre sa vie, on peut donc la jouer ? C’est là une des conclusions qu’on peut tirer de la lecture de ce beau roman.

                                                                                      Emna Belhaj Yahia

                                                                                      Tunis, le 11 juillet 2024

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