Suzanne Dracius : French & Friends Award

Le 16 octobre 2022, Suzanne Dracius s’est vue remettre le French & Friends Award en littérature à Washington (Bridgevision Prod. LLC)

Trophée décerné par Joe E. Sully en présence de sa brillante traductrice Nancy Naomi Carlson French & Friends Multilingual Book Festival Washington D.C.

French & Friends Book Festival Washington D.C.

« Affaire Amanda Gorman » : « La traduction, métisse, mixte par définition, est “queer” de facto » par Suzanne Dracius, Le Monde, 11 avril 2021

« Affaire Amanda Gorman » : « La traduction, métisse, mixte par définition, est “queer” de facto »

Les trémulations autour de la traduction du poème d’Amanda Gorman « The Hill We Climb » (« La colline que nous gravissons ») ne doivent ni nous ébranler ni nous faire dévaler la colline qui hisse au-dessus des préjugés, ni nous faire régresser, réduisant à néant les progrès réalisés en matière d’antiracisme.

Au Parlement des écrivaines francophones, nous tenons à ce que soit respecté notre droit à être traduites par une personne compétente, choisie en fonction de ses qualités et non de sa qualité.

Un excès de zèle ne doit pas nous précipiter du haut du morne escarpé escaladé à grand-peine, l’altière colline surplombant les ravines racistes.

En créole, « colline » se dit mòn, « morne », quelle que soit la couleur de la personne qui parle, noire ou blanche, descendante de békés ou d’esclavés – mot que m’autorise Ronsard. Mais il ne viendrait à l’idée de personne de traduire le « hill » de Gorman par « morne », même si cette personne est noire et créolophone.

La traduction doit rendre compte avec autant d’exactitude que possible de réalités particulières, son habileté réside dans sa capacité à restituer un texte selon sa sensibilité et son esthétique propre.

S’agissant de poésie – du grec ποιεῖν (poiein), créer –, la tâche est de s’ingénier à rendre au mieux la puissance créatrice du poème, la musicalité de ses effets sonores, rimes intérieures, assonances, allitérations, recréer son atmosphère, ses images, symboles, anaphores et chiasmes, qui sont légion chez Gorman.

Les figures de style n’ont pas de couleur. Ou plutôt elles les ont toutes. Elles ont le visage de la beauté. Ses multiples teintes et nuances.

L’intersectionnalité, mot terrible utile pour désigner une réalité encore plus atroce, est subie de plein fouet sous toutes sortes d’avatars par Marieke Lucas Rijneveld, qui, sous la pression, a renoncé à la traduction néerlandaise dudit poème, puis Victor Obiols, le traducteur catalan, qualifié d’« inadéquat », finalement disqualifié par sa maison d’édition : « ils cherchaient un profil différent ».

On a refusé de laisser traduire la « jeune fille noire », par une personne « blanche, non binaire », comme en atteste son double prénom, féminin puis masculin. Il est à craindre qu’il n’y ait aussi une forme d’homophobie sous-jacente, l’immonde hydre aux mille têtes du racisme…

Prétendre que n’importe quelle « femme, jeune, militante et de préférence noire » serait plus apte à traduire cette Afro-Américaine, c’est lui faire injure, comme s’il suffisait, pour écrire comme elle, de faire partie des « héritiers d’un pays et d’une époque où une fille noire, maigre, descendante d’esclaves et élevée par une mère célibataire peut rêver de devenir présidente, simplement en se trouvant à réciter pour un président ».

Nos traductrices et traducteurs sont de toutes couleurs, tous genres, toutes préférences sexuelles, en un mot, arc-en-ciel ! Nous tenons à ce qu’il en soit toujours ainsi.

S’est-on offusqué de ce que le traducteur de Césaire fût blanc ? De quelle couleur est la Négritude ? Question absurde, voire surréaliste à l’instar de Breton, émerveillé mais étonné en découvrant ce « grand poète noir ». Pourquoi « noir » ? A-t-on jamais entendu dire « un grand poète blanc » ? On n’est pas loin du singe savant, quand Breton ajoute : « Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier. » Cet éloge peut sonner comme une insulte.

Quid, à l’inverse, de St-John Perse – Alexis Léger –, prix Nobel, issu d’une très ancienne famille de colons blancs de Martinique qui fonda une branche en Guadeloupe par mariage de Joséphine de Leyritz et Anatole Léger ? Quelqu’un a-t-il jamais exigé que le traducteur de ce poète béké fît partie de l’ethno-caste blanche maîtrisant la langue créole ?

Un auteur n’est pas une couleur.

Par contre il est indispensable, pour le traducteur, d’être au fait des particularismes, des régionalismes, des différents niveaux de langue, afin de faire preuve de la plus grande fidélité possible.

La traduction, métisse, mixte par définition, est queer de facto.

L’assignation raciale, donc raciste, rate l’essence même de la traduction. Identitaire, elle est toujours absurde, mais là l’absurdité éclate au grand jour, monstrueuse, criminelle, connexion délirante entre Kultur et ADN.

Une classification péremptoire, au lieu de « forger une union », nous éloigne les uns des autres et exacerbe préjugés de couleur ou discriminations sexistes, alors que l’écriture est universelle, rassembleuse, unificatrice sans uniformiser, suprême exaltation de la liberté d’expression.

Ainsi ne pouvons-nous que nous dresser contre des dérives annihilant l’amplitude humaniste de l’art de la traduction, au mépris de l’aptitude de translation capable de construire un pont entre deux rives, deux langues, divers univers.

Le mot « pont » figure au mitan de la métaphore des « ponts » : « Si nous voulons être à la hauteur de notre temps, alors la victoire ne passera pas par la lame du couteau, mais par tous les ponts que nous aurons bâtis. »

Ce que vise l’exercice de traduction n’est-il pas défini en filigrane ?

« Nous aspirons à forger une union qui ait un but,

À composer un pays engagé en toutes ses cultures, couleurs, personnalités et conditions humaines. »

Il est tentant de paraphraser Gorman en remplaçant « pays » par « monde », traversé grâce aux ponts qu’offre la traduction.

Les mots sont là, dans leur miroitement au cœur même du poème, anticipant la polémique.

Si l’on ne peut traduire cette poète noire sous prétexte que l’on est blanc et binaire, l’étape suivante risque d’être que les gens ne puissent pas la lire non plus, car ils ne pourraient pas la comprendre.

Martiniquaise calazaza, j’ai en moi quatre continents et demi, à l’instar du Parlement des écrivaines francophones qui réunit des auteures de toutes couleurs, tous pays. Nous défendons l’universalité de la littérature et sa diversité.

Hors de question, cependant, d’occulter le fait que, paradoxalement, ces éclats et ces coups de projecteurs donnent de la visibilité à la criante invisibilité et carence de représentation de certaines voix, – en l’occurrence, desdites voix « noires » –, dans l’édition, notamment dans le secteur de la traduction, comme dans bien d’autres domaines, hélas, cinéma, théâtre, télévision etc., qui peinent à inclure et mettre en avant la diversité, à tel point que l’on ne peut plus respirer.

Suzanne Dracius

Parlement des écrivaines francophones

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/11/affaire-amanda-gorman-la-traduction-metisse-mixte-par-definition-est-queer-de-facto_6076362_3232.html#xtor=AL-32280270-%5Bdefault%5D-%5Bios%5D

Une pudique incandescence

Impressions de lecture : Marijosé Alie – Entretiens avec Aimé Césaire, par Suzanne Dracius

Livrer mes impressions de lecture sur Marijosé Alie – Entretiens avec Aimé Césaire, c’est endiguer une avalasse d’émotion.

« Ma Suzanne, bonne lecture, j’espère que cela te plaira… et que tu retrouveras celui que tu as aimé… », me souhaite, dans sa dédicace, Marijosé. Vœu exaucé ! L’intense pouvoir de ce court volume est non seulement de le faire retrouver par les personnes qui l’ont côtoyé et aimé, mais aussi d’inviter à le trouver celles et ceux qui ne le connaissaient pas, dans une quasi intimité, semblable à celle qu’il eut avec Senghor :

 “ « Écoute Léopold, écoute cette phrase, c’est fantastique ! Hegel explique que ce n’est pas par la négation du singulier que l’on va à l’universel, mais que c’est par approfondissement du singulier que l’on va à l’universel. » Et je dis à Léopold : « Voilà un encouragement extrêmement précieux : l’approfondissement du singulier ! » Nous avions vingt ans ! – Il me regarde. – Non ? – Il jubile et conclut. – Et je lui ai ajouté avec un petit clin d’œil : « Donc plus nous serons nègres, plus nous serons hommes. » – Il rigole. – C’était une conclusion un peu téméraire, mais enfin…”

La Négritude ? Une identité, mais pas étroitement « identitaire », universelle :

« Partir.

Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-

Panthères, je serai un homme-juif

un homme-cafre

un homme-hindou-de-Calcutta

un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

L’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture

on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer

de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir

de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses

à présenter à personne

Un homme-juif

 Un homme-pogrom

Un chiot

Un mendigot »

Son entrée en écriture me valut le plaisir de côtoyer Marijosé au sein du Parlement des écrivaines francophones créé en 2018 à Orléans, et la voici confirmée grâce à la publication de ces Entretiens entre deux figures charismatiques de Martinique, l’immense poète appelé à être, durant plus d’un demi-siècle, maire de Fort-de-France, et celle qui présenta le JT de RFO Martinique pendant bon nombre d’années, – talentueuse chanteuse de surcroît.

Lors de sa présentation dans la maison de Césaire devenue un musée, route de Redoute, Marijosé expliqua la genèse de ce livre, au mitan de cette cauchemardesque pandémie, dans la détresse du confinement, au cœur de la Sologne, sur une suggestion d’Éric de Lucy, son voisin dans ce village de l’hexagone. Cela me fit songer à Césaire m’accordant ce qui fut son dernier entretien publié de son vivant, dans Prosopopées urbaines, en 2006, – qui figure également dans le Tome V des Écrits politiques d’Aimé Césaire réunis par Édouard Delépine, paru en 2019 à Paris aux Nouvelles éditions Jean-Michel Place –, et me confiant la genèse du Cahier d’un retour au pays natal écrit en Croatie, à près de 8000 km, face à une autre île nommée « Martiniska », inspiré par la magie de cette paronymie.

Mais il n’y a pas de coïncidences, que des correspondances, baudelairiennes ou césairiennes. Et un faisceau de synesthésies. Cet opuscule a l’art de nous restituer, après l’inextinguible éclat du regard de Césaire grâce à la vidéo, de précieux éclats de son verbe, sa verve alternant avec sa jubilatoire concentration quand il déchiffrait, à haute voix, un texte qu’on lui présentait, il adorait ça.

Marijosé a fait quatre documentaires sur Césaire qui avait longtemps été persona non grata à la télévision. « Il arrivait en crabe », « homme de lettres simple et pudique », « il détestait la télé ». « 50 ans en politique mais tout l’inverse du dictateur », tient-elle à préciser.

Comment a-t-elle gagné sa confiance ? Elle s’est mise à nu, avec une insolence timide. Ainsi a-t-elle pu recueillir la parole vivante de Césaire se revisitant lui-même. Ainsi lui a-t-il fait le récit de sa rencontre avec Senghor où percèrent prémices et prémisses de la Négritude, – pour Césaire, « un cogito ergo sum » –, sans toutefois oublier le détail cocasse, auquel Césaire tenait beaucoup, de l’encrier pendouillant au bout d’une ficelle à la ceinture de Senghor, « heureusement vide », s’empressait-il de préciser, et la fameuse embrassade de Senghor l’adoubant plaisamment en ces termes : « Bizut, tu seras mon bizut ».

Bien plus tard, une autre rencontre, éphémère celle-là, lui laissera cependant un impérissable souvenir :

« Voyez, j’ai rencontré Mandela une fois, une seule, un dîner organisé par Mitterrand. Le genre de mondanité que je n’apprécie pas particulièrement, qui plus est je ne parle pas sa langue, je veux dire l’anglais, assez mal en tout cas, et puis il y avait beaucoup de monde, des gens sûrement très bien… Alors nous avons échangé des civilités et j’ai cru comprendre que dans sa prison, cet homme extraordinaire avait trouvé quelque réconfort à lire le Discours sur le colonialisme !

Sur son bureau, une photo de Mandela. »

À l’issue de la conférence, dans le bureau de Césaire, à la fois spartiate et monacal, simplement séparé de la partie chambre à coucher par une armoire coupant la pièce en deux, Joëlle, la merveilleuse secrétaire de Césaire, et Clémence, sa fidèle gouvernante, me rappelèrent qu’elles connaissaient par cœur ma Rue Monte au ciel, que Césaire, qui avait des problèmes de vue, leur demandait de lui lire, et relire encore.

« Ma petite MariJosé », l’appelait le grand homme, alors qu’il devait se mettre sur la pointe des pieds pour l’embrasser. « Très tactile, Césaire aurait été très malheureux avec le covid », affirme Marijosé. Cette appellation affectueusement familière est loin de m’étonner : quand Césaire m’accueillit pour la première fois, ayant demandé à me voir à Cordo, son grand ami de toujours, notre immense poète s’écria : « Suzanne, ma femme ! », évoquant sa femme, Suzanne Roussi, selon la formule du lanceur de dés qui a fait un six et s’exclame « Sizan, ma femme », – l’iotacisme transformant, en créole, « Suzanne » en « Sizan ».

Si forte était, chez Césaire, la puissance joviale, communicative, du lyrisme quotidien, jusque dans le moindre de ses gestes ! Marijosé a su le saisir, via la caméra d’abord, puis dans ce recueil qui se lit comme un petit roman dont l’incipit nous transporte « au bout du petit matin » de son dernier matin de préparatifs pour son ultime conseil municipal.

L’ouvrage ne manque ni d’anecdotes piquantes ni de détails pittoresques, que ce soit sur son itinéraire poétique, en marge du surréalisme, sur son parcours politique, du Parti communiste à la création de son propre parti, le PPM, Parti progressiste martiniquais, ou sur les promenades du Nord au Sud, face à la Femme couchée, dans la baie du Diamant, avec l’évocation de la tragédie des Ibos de l’Amélie, « partis de Gorée esclaves et arrivés libres sur les côtes martiniquaises, une si douloureuse et belle histoire », immortalisée par un colossal groupe de statues :

« Cette halte fait maintenant partie du périple de Césaire à travers la Martinique et, ironie du sort, l’artiste qui a offert au monde cet univers majestueux s’appelle Laurent Valère : le fils de son ancien adversaire politique Léon Valère. »

Mais il n’est que de lire ces entretiens pour être convié à la complicité, tantôt tacite tantôt éloquente, de ces déambulations.

Il n’est pas une Martiniquaise, pas un Martiniquais, qui ne porte en soi un souvenir de Césaire, si infime soit-il. Qu’il l’ait connu ou non, par le truchement de ces Entretiens, il sera donné à chaque individu de par le vaste monde de contempler quelques facettes du père de la Négritude, de capter sa singulière manière d’incarner l’universel.

En ces quelques pages s’esquisse un portrait qui, dans sa dense concision, confirme à quel point Césaire est un oxymore vivant, d’une pudique incandescence.

Suzanne Dracius

membre du Parlement des écrivaines francophones

« Je suis marron à l’intérieur » par Suzanne Dracius

Interview réalisée en décembre 2019

https://www.youtube.com/watch?v=Pt9NhSDQgKo

« Je suis marron à l’intérieur ». (Le contraire d’un bounty.)

En moi, quatre continents et demi : Afrique des esclavés, Amérique des Amérindiens, Europe du colon français, Asie en double (Inde & Chine).

« Il n’y a qu’une seule race, l’humanité », dixit Jaurès. Les personnes comme moi en sont la preuve vivante.

Je suis une humaine, « rien d’humain ne m’est étranger », à l’instar de Terentius Afer (Térence l’Africain), esclave affranchi, dans la Rome antique.

Halte à cette inhumaine aberration qu’est le racisme, qui ne saurait par quel pore de ma peau passer !

Suzanne Dracius

Chroniques du déconfinement – Suzanne Dracius : Nos beaux demains. Quatorzaine et plages en dynamique. Alizés de liberté. Pas de site, pas d’eau, pas de plage. Pas de brasse, pas de chocolater son corps. Apocalyptique mascarade.

Nos beaux demains

« Si ces hiers allaient manger nos beaux demains ?

Si la vieille folie était encore en route ? »

À l’instar de Verlaine, il y a de quoi s’interroger. Et si dans le déconfinement ne revenaient que les choses moches, comme les embouteillages, les queues devant les magasins, les moitiés de visages masqués dont on ne voit pas les sourires… Il faudra que les yeux sourient vraiment pour que l’on décèle les sourires, alors que les choses plaisantes, bienfaisantes et sympathiques seront toujours interdites, suspectes, considérées comme dangereuses… Pas de théâtre, pas de terrasses de bistrots, pas d’agapes au restaurant, pas de cinéma, pas de colloques, pas d’expos, pas de vernissages, pas de forêts, pas de parcs, pas de plages…

Dimanche 10 mai, 55e et dernier jour de confinement

Quatorzaine et plages en dynamique

Le Conseil Constitutionnel a invalidé « la quarantaine obligatoire des personnes venant de l’étranger ou arrivant dans une collectivité d’Outre-mer ».

Autrement dit, permis de contaminer, si aucun test ni aucun suivi n’est pratiqué ni au départ ni à l’arrivée.

Et le refus de rouvrir nos plages « en dynamique », il l’invalide ?

Je suis lasse que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

2è jour de déconfinement, mardi 12 mai 2020

Alizés de liberté

Un vent de liberté souffle sur les plages françaises… Quid des Antilles ? Un vent de liberté mais pas d’alizés de liberté Outre-mer ?

Vraiment pénible, que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

« Donner son corps à un nègre » signifie « libérer un esclave », sous la plume de Pierre Dessalles, colon français de Martinique, au XIXe siècle.

« Donner leur corps » aux nageurs, baigneurs, surfeurs etc., « en mode actif », corps sages sur des plages dynamiques, pour nager, faire des sports nautiques sans regroupements ni pique-niques, serait-ce vraiment trop demander, en Martinique ? Serions-nous indignes de recouvrer cette liberté ? Pourquoi ne pas nous « donner nos corps » ? Serions-nous les « jouets sombres », plus irresponsables que les hexagonaux ?

3è jour de déconfinement, mercredi 13 mai 2020

Pas de site, pas d’eau, pas de plage

Je suis débordée, y compris par d’inhabituelles tâches ménagères en plus de l’écriture, ma femme de ménage ne venant plus : c’est une malheureuse qui habite loin, il n’y a toujours pas de transports en commun, la pauvre n’a pas de voiture et a un enfant en bas âge… La pandémie ne se contente pas d’infecter, elle affecte plus encore les pauvres gens… Je l’ai payée pendant le confinement, sans pouvoir bénéficier de l’aide de l’État, sous prétexte que je ne l’avais pas depuis janvier ; effectivement je venais d’en changer, situation ubuesque : la précédente m’avait quittée pour partir en croisière, – ces maudites croisières qui ont importé cette saleté de coronavirus en Martinique…

Pas de jardinier non plus… Résultat, ma maison est un capharnaüm et mon jardin une jungle. Chance, mon doudou, excellent maître-queux, fait les courses et la cuisine, je me régale, c’est déjà ça.

Quelle période cauchemardesque ! Mon site Internet est kaputt, en travaux… Sur ces entrefaites, j’apprends que les plages de Martinique sont toujours interdites. Il y a eu hier une réunion avec le préfet, qui propose d’autoriser les plages « dynamiques » du lever du soleil à 11 h, mais les maires ont peur de se mouiller. De pusillanimes édiles se sentent responsables pénalement ; pourtant il semble qu’il ait été voté une immunité… Mais pas d’immunité électorale ! On parle d’organiser le deuxième tour des élections pour très bientôt, on s’empresse d’affirmer que le premier tour desdites municipales n’aurait pas accéléré l’épidémie, une étude à l’appui, quoique plusieurs personnes aient été contaminées au coronavirus après avoir tenu des bureaux de vote… Par contre ils vont pleurnicher à cause du tourisme sinistré. On nage dans les incohérences, à défaut de nager dans la mer. Et l’on prétend se soucier de la santé de la population martiniquaise, en allant à l’encontre d’avis médicaux ?

Avec, pour couronner le tout, en plein corona, la coupure d’eau qui dure au moment même où l’on a encore plus besoin de se laver les mains tout le temps, c’est la totale ! Pas de site, pas d’eau, pas de plage ! Chance, il me reste mes bras et j’ai droit au chocolat, mais sans nage possible, j’enrage. Grâce à la l’écriture, je surnage.

Un filet d’eau coule parcimonieusement mais seulement en bas dans la cuisine. Je file faire des réserves d’eau avant de retourner écrire.

5è jour de déconfinement, vendredi 15 mai 2020

Pas de brasse, pas de chocolater son corps

Pas de brasse, pas de chocolater son corps – à l’inverse du sens créole !

Je croise les doigts, en attendant de pouvoir étendre les bras en nageant la brasse.

Je ne vais pas encore nager dans la mer, mais c’est en route, puisque grâce à la Justice nous avons déjà eu raison du couvre-feu, bon sang, en Martinique nous ne sommes pas plus sauvages que dans l’hexagone ! Secundo, « la question de l’accès aux plages et, en particulier, de la navigation nautique et des activités sportives, est examinée ce samedi matin par le tribunal administratif de Martinique, saisi par deux avocates, au nom d’un professionnel du nautisme. A l’origine, Maîtres Alexandra Chalvin et Alizé Apiou contestaient aussi l’arrêté instaurant le couvre-feu. Une requête sans objet puisque déjà tranchée ce vendredi. »

Et l’eau courante est revenue dans la nuit ! Je cours à la douche !

Puisse le problème de mon site se résoudre aussi !

6è jour de déconfinement, samedi 16 mai 2020

Apocalyptique mascarade

Le délibéré sera rendu demain, lundi 18 mai 2020, pour l’accès aux plages de Martinique. Suspense ! Et ensuite, sachons nous montrer dignes de notre environnement, quittes à ce qu’il ne soit qu’une « version absurdement ratée du paradis » avec un clin d’œil à Césaire, au-dessus du masque, et un sourire sous le masque, dans cette apocalyptique mascarade.

Masculin ou féminin, le ou la Covid peut passer par les yeux, altérer goût et odorat, aiguiser la clairvoyance.
D’un regard aigu on perce l’hypocrisie sous les masques, on détecte les perfidies. Se révèlent les mauvais penchants. En confinement sortent au grand jour les jalousies, les mesquineries ; en déconfinement se déchaînent délires et débordements, incivilités, égoïsmes, mauvaises manières et manquements divers.

N’en jetez plus ! Les masques, plus grave que de ne pas en porter, c’est criminel de les jeter partout !

 « Bas les masques » ne signifie pas « à terre les masques » ! Les gants, idem ! Mettre des gants si on veut mais pas dans la nature ! Ni sur les plages ni dans les forêts ni ailleurs !

Dimanche 17 mai 2020, 7e jour de déconfinement

Chroniques du confinement – Suzanne Dracius : Quatorzaine et Lazaret. Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé. MENS SANA IN CORPORE SANO. Avions et hélicoptères. Ultracrépidarianisme. O tempora, o mores !

Quatorzaine et Lazaret

Se pourrir la vie pour ne pas la perdre, se terrer de peur de crever, telle pourrait être la définition du mot « confinement ». 

Je me réjouissais à l’idée de pouvoir retourner me baigner, prendre mon « bain démarré » lors du déconfinement prévu le 11 mai, mais me voici toute désappointée car les autorités ont choisi l’hôtel Batelière comme lieu de mise en quarantaine des passagers débarquant en Martinique ; or la mignonne petite plage de la Batelière est ma plage de prédilection, à 5 minutes de la maison. Je me sens vraiment persécutée. Cette sage mesure de précaution – la quatorzaine Covid-19 – prend la forme d’une brimade, pour moi, une de plus, depuis l’attaque de cette saleté de coronavirus.

Bien sûr l’hôtel ne deviendra ni une léproserie ni une maladrerie ni un lazaret ni même un hôpital ni un service de soins intensifs ni un centre de réanimation, mais ça gâche quand même l’ambiance.

Aux Trois-Ilets, la marina est installée au Sud de la Pointe du Bout, dans l’anse de l’ancien lazaret, dont le quartier porte encore le nom.

On se croyait loin de ces fléaux bibliques, à cent lieues des moyenâgeuses maladeries – mot dérivé de « malade » devenu « maladrerie » avec un r épenthétique ajouté par influence de « ladre », lui-même venu de Lazare. L’étymologie de « ladre » remonte au XIIe siècle : lazre, « lépreux », du latin Lazarus (« Lazare »), en référence à la parabole sur la charité de l’Évangile selon Luc, XVI, 19-27, où Lazare est le nom du pauvre rongé d’ulcères ou autres écrouelles –affections assimilées plus tard à la lèpre – gisant à la porte du mauvais riche. Son nom est d’ailleurs à l’origine du mot « lazaret », et la légende de ce personnage était si connue au Moyen Âge que ce ladre fut nommé patron des lépreux. Et voilà qu’un microscopique virus nous empoisonne l’existence, au mépris de toute la sophistication de notre technologie, et les progrès de la science ne sont pas assez prompts pour nous délivrer des ravages causés par une microscopique particule infectieuse incapable de « survivre » plus de quelques heures à l’air libre et qui ne peut se répliquer qu’en pénétrant dans une cellule et en utilisant sa machinerie cellulaire. 

Nullement lépreux mais considérés comme des pestiférés, étiquetés « indésirables » mais porteurs d’aucun virus si ce n’est la rage d’écrire, d’étudier et de créer, en 1941 un groupe de personnalités effectue la traversée de Marseille à Fort-de-France, fuyant la France vichyste. À leur arrivée en Martinique, ils sont parqués dans une ancienne léproserie, le Lazaret des Trois-Îlets. C’est l’exil américain de milliers d’Européens fuyant la Seconde Guerre mondiale, notamment à bord du Capitaine-Paul-Lemerle, bateau célèbre pour avoir réuni à son bord une pléiade de  personnalités, qui arrivèrent le 20 avril 1941 à Fort-de-France, telles que Claude Lévi-Strauss (qui va donner une version à la fois amusante et cruelle des événements dans Tristes tropiques), André Breton, accompagné de sa femme, Jacqueline, et de sa fille Aube, le peintre Wifredo Lam et Helena Holzer (ils se marieront en 1944), Anna Seghers, qui publiera le roman Transit, centré sur l’angoisse des candidats à l’exil, la photographe Germaine Krull, les cinéastes Jacques Rémy et Curt Courant…

C’est à la faveur de cette fuite qu’André Breton tomba par hasard, à l’occasion d’une échappée à Fort-de-France, dans une mercerie où il cherchait un ruban pour sa fille, sur le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, alors inconnu, et que le pape du surréalisme fit la connaissance du chantre de la négritude, qu’il salua, dans Martinique charmeuse de serpents, comme un « grand poète noir », mais ça c’est une autre histoire. (Tout au plus me bornerai-je à souligner au passage que ce qui est navrant c’est qu’André Breton ait été tellement obsédé par le préjugé de couleur qu’il a même ajouté : « Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier ». Un Noir ? Je dirais même plus : un nègre. Et “le nègre t’emmerde”, dixit Césaire en personne ».)

Dans « Camps de concentration à la Martinique », Germaine Krull – qui n’aime pas la mer autant que moi –, la présente même comme hostile, avec ses « minuscules petites bêtes qui brûlent et des poissons qui piquent et des oursins avec des pointes qui rentrent dans les pieds »… et se répand en violentes récriminations contre les conditions dans lesquelles sont contraints à vivre les passagers en transit au Lazaret des Trois-Îlets, cloîtrés dans « des baraques » sans eau courante ni électricité (il faut dire qu’en 1941 la Martinique n’en disposait guère, surtout à la campagne), « sous le joug de la Gestapo, mais en plus comme blancs gardés par des nègres ». Quant à Fort-de-France, « ville tant espérée », elle ne la voit que comme un « petit village nègre, avec une grande place sur laquelle une affreuse statue de Joséphine de Beauharnais » fait indument, selon elle, l’orgueil de toute la population. 

Toutefois gageons que la photographe allemande finit par se laisser apprivoiser par la mer Caraïbe et charmer par cette « version absurdement ratée du paradis » que décrit Césaire, puisque finalement, dans son autobiographie intitulée La vie mène la danse, elle se résout à écrire : « Nous avons fini par organiser assez bien notre quotidien. Le fils de Serge et moi faisions la cuisine à tour de rôle. Les pêcheurs nous apportaient du poisson frais et aussi, de temps en temps, des légumes et de la volaille. Tout était si bon marché que nous arrivions, même avec nos restrictions, à faire de bons repas. Nous pouvions aussi sortir du camp à la nage et aller au petit bistro d’à côté, où on faisait la fête. L’eau était si extraordinairement claire et des poissons de toutes sortes y nageaient. »

J’ai hâte de retourner y nager, moi aussi, dans cette eau « si extraordinairement claire » de  Batelière. 

Ibidem, impatiemment, 40e jour de confinement, samedi 25 avril 2020

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé

L’amende est salée (135 € pour être sorti sans la très officielle « attestation de déplacement dérogatoire » en bonne et due forme, voire davantage en cas de récidives), mais il y eut pire : en 1720, en cas de manquement « dans un temps de contagion » en l’occurrence la grande épidémie de peste dite « peste de Marseille », période qui montre l’importance qu’est en train de prendre la surveillance de l’État sur les individus, « où la communication était défendue », pour avoir circulé d’une région du royaume de France à l’autre, par exemple avoir été « du Languedoc en Rouergue » « contre les défenses (sic) qui ont été faits (sic) d’y passer », on vous fusillait sur ordre du roi ! Mais en France il n’y a plus de roi, on est en République, entretemps il y a eu la Révolution de 1789 et mainte et mainte révolution. 

Le 27 avril 1848 l’Abolition de l’esclavage fut décrétée par le Gouvernement provisoire de la Deuxième République, qui comptait en ses rangs un grand poète, Lamartine, auteur de la pièce de théâtre Toussaint Louverture en 1850. En ce temps de confinement où le covid vide les villes, la tentation est grande de paraphraser ou parodier l’auteur du « Lac » avec cet alexandrin : 

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé.

La Deuxième République fut brève mais essentielle : elle se distingue des autres régimes politiques de l’histoire de France, primo parce que c’est le dernier régime à avoir été instauré à la suite d’une révolution ; secundo, c’est aussi le régime qui institue pour la première fois le suffrage universel en France – masculin, seulement, pour commencer ; pour le vote des femmes il faudra attendre presque un siècle, jusqu’en 1946 –, et, tertio, après la première abolition de 1794, avortée à cause de Bonaparte, qui était le fait de la première République, c’est la Deuxième République qui abolit définitivement l’esclavage dans les colonies françaises. Les principes de 1789, comme la liberté individuelle, la liberté de réunion et la liberté de la presse sont mis en application : le 27 avril, un décret annoncé dès le début du régime met définitivement fin à l’esclavage, « considérant que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves ».

Nous sommes à la veille du 27 avril, ô coïncidence ! Mais il n’y a pas de coïncidences, il n’y a que des correspondances, baudelairiennes, comme je l’ai écrit dans Rue Monte au ciel.

Ça y est, finie, la quarantaine, jour pour jour, en ce 41e jour de confinement !

Mais hélas, pas de déconfinement pour le moment, pas avant le 11 mai…
Encore et encore coïncidences / correspondances : la fin de l’esclavage du confinement est prévue le lendemain du 10 mai, journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition, ô symboles !

Ibidem, révolutionnairement, 41e jour de confinement, dimanche 26 avril 2020

MENS SANA IN CORPORE SANO

Lors du déconfinement, le 11 mai, chance, autorisation de sortir de chez soi sans attestation de déplacement dérogatoire jusqu’à 100 km de son domicile ! Mais dans une île comme ma chère petite Martinique natale qui fait à peine plus de soixante km de long dans sa plus grande longueur, la belle affaire, 100 km, c’est dans l’eau, ça tombe dans la mer ! Et c’est à l’eau pour les bains de mer, puisque les plages sont interdites au moins jusqu’au 2 juin ! Ça nous fait une belle jambe, mais pour se dégourdir les jambes, il va falloir trouver autre chose que la nage.

Nous avions pourtant réussi à l’apprivoiser dans nos mémoires, cette « mer à goût d’ancêtres » qu’évoque Césaire. Au lendemain même de l’anniversaire du décret d’Abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, le discours centralisateur du Premier ministre prend de sinistres résonances, impérieuses, oublieuses des différences des Outre-mer dans la stratégie de déconfinement.

À 7000 km de l’hexagone, plus que jamais j’exècre ce mot « métropole » dégoulinant d’outrecuidance, dégouttant – et, partant, dégoûtant – de condescendance, si l’on se souvient de son étymologie (dans « métropole », il y a polis, la Cité, et mêtêr, la mère ; c’est bien mignon, ce côté maternel, mais quand même ça infantilise les non-métropolitains, les colonisés, ex-colonisés ou décolonisés ; on peut aussi y voir une autre étymologie, métron, la mesure, la référence, la même racine que dans « mètre », avec l’idée de mètre étalon, de modèle, ce qui est à imiter. Tout le reste n’est que de l’à peu près. La cité de référence ! La référence devant laquelle il n’y aurait qu’à s’incliner. Mais la référence à quoi ?

 « Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », dixit le Gouvernement provisoire de la Deuxième République, qui comptait en ses rangs le poète Lamartine ; la tentation est grande de paraphraser ou parodier l’auteur du « Lac » avec cet alexandrin :

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé, 

y compris les plages que nous avions réussi à reconquérir dans nos corps, dans nos mémoires et dans nos cœurs, à ne plus voir seulement comme les lieux de débarquement de nos ancêtres esclaves déportés d’Afrique mais comme des lieux de divertissement au sens fort, au sens pascalien du terme, pour nous détourner de l’horreur du gigantesque traumatisme, lieux de bains « démarrés » symboles de marronnage, lieux ouverts à l’air libre permettant d’échapper à la privation de liberté. Cette interdiction liberticide nous rappelle cruellement à quel point nous sommes dépendants d’un pouvoir dont la tête est à 7000 km, sur l’autre bord de l’océan, là-bas en Europe, une Europe qui n’a su faire aucune union sanitaire comme elle fit l’union monétaire, qui parle peu ou prou de guerre en une pathétique cacophonie au sommet et qui monte, désunie, démunie, à l’assaut de ce satané coronavirus, inéquitablement équipée, iniquement dépourvue de masques, de tests, de lits de réanimation, de respirateurs… 

Si les chercheurs n’étaient pas condamnés à perdre quasiment plus de temps à chercher de l’argent pour financer leurs recherches qu’à les effectuer, ils auraient peut-être déjà trouvé la panacée, l’incontestable remède miracle pour guérir du Covid-19 et le vaccin pour s’en prémunir.

De cette lointaine Europe me parviennent jusqu’en Martinique – vive la moderne technologie qui réduit l’espace et se joue du temps – des photos de mes petits-neveux allemands, petits-enfants de ma sœur Micheline, médecin virologiste en Allemagne, mariée à un professeur de français. Dans cette mascarade cauchemardesque, ces mignons bambins masqués apportent une petite note insouciante, une lueur gaie au bout de ce tunnel dont on ne voit pas la fin. Eux, ils trouvent ça rigolo, de mettre leurs masques aux couleurs vives. Ça réconforte, dans cette atmosphère mortifère, ça console un peu de ne pouvoir aller en toute sérénité prendre un bain de mer.

Si l’on nous avait écoutés, plus tôt, plus vite, pour endiguer la propagation du virus dans nos îles…

Où est la logique dans tout cela ? À partir du 11 mai, faisant fi des recommandations de l’Académie de médecine, qui préconisait un retour à l’école en septembre, le gouvernement a décidé que les enfants pourraient aller s’enfermer dans une salle de classe en espace confiné où peuvent proliférer les virus, mettant en danger de mort eux-mêmes et les enseignants – qui pourraient bien exercer leur droit de retrait –, mais ils devraient patienter jusqu’au 2 juin pour pouvoir aller à la plage, c’est-à-dire faire de la natation, l’un des exercices physiques les plus sains qui soient, apte à combler l’idéal mens sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain, se baigner dans la mer, l’un des seuls sports gratuits, l’un des plus ludiques, en plein air, à la portée de tous, a fortiori dans une île ! 

Il ne faudrait pas nous infantiliser et nous croire moins capables de respecter sagement les mesures de distanciation dans les espaces ouverts des plages que dans les huis clos des salles de classe !

C’est « sur la base du volontariat » que s’amorce la réouverture des écoles… Pourquoi ne pas tolérer le « volontariat » de personnes sensées, censées veiller au bien-être de tout un chacun, en permettant l’accès aux plages dans le respect des mesures sanitaires ?

Merci de prendre en considération les spécificités des Outre-mer !

Plages interdites jusqu’au 2 juin aux Antilles ?! Il faudrait une dérogation pour nos îles ! Et tenir compte de la différence entre les plages surpeuplées de l’hexagone et les nôtres, où l’on peut sans peine respecter une distanciation, en évitant de rester des heures agglutinés à lézarder collé serré en groupes compacts !

Nager dans la mer ou se promener dans la nature n’a vraisemblablement aucune incidence sur la circulation du coronavirus. En revanche, de nombreuses études démontrent l’effet bénéfique du contact avec la nature et de l’activité physique sur la santé, y compris la santé mentale et psychique.

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

44e jour de confinement, mercredi 29 avril 2020

Avions et hélicoptères

Sur une plage de Martinique, deux malheureux baigneurs très « physiquement distanciés » de plus d’un mètre se font chasser de la mer manu militari par des pandores en hélicoptère, obligés de regagner à toute vitesse une maison « les pieds dans l’eau ».

Sur ces entrefaites, un vol Air France avec à son bord 472 passagers a décollé hier soir de Guadeloupe direction Paris. Aucun contrôle d’attestation n’a été effectué à l’aéroport de Pointe-à-Pitre sur les motifs de déplacement de ces passagers. Durant ce vol transatlantique de plus de huit heures, aucune mesure de « distanciation » n’a été prise, le personnel de bord a des masques mais n’en propose pas aux passagers, pas plus que du gel hydroalcoolique. À l’arrivée à Paris, il n’y aura pas non plus de contrôle des attestations.

Pour toute défense, le directeur régional d’Air France-KLM Caraïbes assure que « l’air, dans les avions, est recyclé toutes les trois minutes » et tient à préciser que « les avions d’Air France sont équipés de filtres à particules similaires à ceux utilisés dans les blocs chirurgicaux ».

« C’était un vol commercial, ce n’était pas un vol de rapatriement », précise l’une des passagères, interrogée par France TV Info.

Cherchez l’erreur ! Entassés en avion, pourchassés par des hélicoptères qui vous font sortir de la mer parce que les plages sont interdites !

D’un côté du fric gaspillé en heures de vol d’hélicoptères, de l’autre, pour ne pas perdre un centime, des passagers collés serrés en avion au péril de leur vie sans aucun contrôle.

De qui se moque-t-on ? Qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans le mode de transmission de ce coronavirus ? Ont-ils peur qu’un nageur isolé ne contamine les poissons ? Quelle protection invisible et magique garantit qu’il n’y aura aucune contamination entre les 472 passagers non testés ni distanciés ni masqués ni rien ? (On n’a même pas pris leur température, ni au départ ni à l’arrivée, comme cela se fait au débarquement en Martinique.) 

Et ce ne sont pas les explications arrogantes du directeur Claude Sarre qui va nous rassurer ! Selon lui, « la France applique une distanciation physique quand le remplissage de l’avion est inférieur à 70%. En cas de vol plein, les équipages ont la consigne de distribuer des masques aux passagers qui n’en disposent pas ». Ce ne fut guère fait, apparemment.

Quand prime l’argent on se soucie peu de la vie des gens !

Les forces de l’ordre qui dépensent tant d’argent à chasser les baigneurs isolés de la mer et des sentiers forestiers à pied, à cheval, en hélicoptère ou par drone devraient déployer autant d’énergie à faire respecter la distanciation et, par la même occasion, la propreté du littoral et de l’environnement en général par la population de Martinique, laquelle, à son tour, mérite le respect. Gageons qu’elle doit savoir ne pas se montrer irresponsable ! Il faudra de la pédagogie, mais puisqu’on rouvre les écoles, cela vaudra pour petits et grands, apprendre la préservation de l’environnement, approfondir l’apprentissage de la sauvegarde de la nature. 

Face à ces contradictions, marronnons, cohérents, hors des incohérences et des aberrations !

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

45e jour de confinement, jeudi 30 avril 2020

Ultracrépidarianisme

Je me garderais bien de pécher par ultracrépidarianisme, mais il semble établi que, naturellement riche en iode, en oxygène, en ozone, en brome, en sodium et dépourvu d’allergènes, l’air marin se caractérise par une absence quasi totale de poussières, de germes pathogènes et d’allergènes, et qu’il stimule toutes les fonctions de l’organisme et ce, sous toutes les latitudes. 

Lors d’un séjour au bord de mer, le rythme cardiaque se ralentit, l’amplitude respiratoire augmente, le métabolisme de base croît et les échanges cellulaires s’intensifient. Ces bienfaits prodigués à l’organisme viennent du climat qui, en bord de mer, jouit d’une grande stabilité thermique due au rôle régulateur de cette immense réserve d’eau que constituent les mers et, a fortiori, les océans, la chaleur accumulée le jour étant rejetée la nuit dans l’atmosphère. Vents et courants marins participent également à cette régulation thermique permanente. 

L’humidité est toujours très élevée en raison de cette eau des mers et des océans qui s’évapore en permanence. Si le degré hygrométrique reste à peu près uniforme et stable, l’évaporation qui charge l’air du littoral de molécules d’eau varie avec la température. 

Chargées en iode, ces gouttelettes microscopiques que l’on appelle « embruns » sont de véritables aérosols marins aux effets régulateurs sur la glande thyroïde. Quant à l’ozone (nom masculin, du grec odzein, « exhaler une odeur ») qu’ils contiennent, il contribue à augmenter la pureté de l’air du littoral. (Ce maudit covid-19 n’est-il pas propagé par postillons et exhalaisons ?…)

Au niveau de la mer, la pression barométrique est stable et élevée. Il en résulte une véritable condensation de l’air et une forte charge en oxygène aux effets bénéfiques sur l’organisme. 

Cette pression agit à la fois au niveau cardiaque (rythme ralenti) et au niveau pulmonaire, en augmentant l’amplitude respiratoire. (Ce satané coronavirus n’entraîne-t-il pas une détresse respiratoire ?…) 

L’air respiré en bord de mer est enrichi de petites particules de sel contenues dans des gouttelettes qui s’évaporent rapidement dans l’atmosphère. Lorsqu’un vent fort souffle de la mer, les embruns sont projetés à l’intérieur des terres, véhiculant les substances arrachées à l’écume des vagues. C’est la raison pour laquelle le terme d’aérosols marins est fréquemment employé. 

Une évidence enfin, la luminosité est plus intense au bord de mer que partout ailleurs.

Cette caractéristique du climat marin est due à la pureté de l’air qui favorise le rayonnement direct et à la réflexion de cette lumière par les vastes miroirs que représentent la mer, l’océan et le sable des plages. 

Le rayonnement qui vient du soleil produit des effets bénéfiques incontestables chez l’homme, à commencer par la fabrication de la vitamine D, dont la carence provoque le rachitisme, et dont le moindre béotien n’est pas sans savoir qu’elle est réputée pour renforcer la vitalité, augmenter la force du système immunitaire, renforcer les os, les dents, les cheveux, les ongles, la peau, participer à réparer l’ADN, combattre la dépression, la fatigue chronique etc. La luminothérapie est aussi une réponse au moral en berne, à la dépression saisonnière… Son effet ne peut qu’être bénéfique en ces temps anxiogènes de confinement lié à une pandémie inédite.

Sans compter que l’on pourrait s’amuser à tabler sur le pouvoir désinfectant de l’eau de mer, si l’on pense à la Bétadine, antiseptique à base d’iode…

De là à dire que les bains de mer seraient tout indiqués pour les déconfinés déprimés au sortir de deux mois de privations, de frustrations, d’interdictions de toutes sortes…

Alors, en l’occurrence, va pour une petite pointe d’ultracrepidarianisme – ou ultracrépidarianisme si l’on tient à franciser le terme –, à savoir le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas spécialement de compétence crédible ou démontrée ! 

Son étymologie est relative à la locution latine Sutor, ne supra crepidam signifiant littéralement « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure », équivalente, en gros, à « chacun son métier, les vaches seront bien gardées », utilisée pour avertir l’interlocuteur d’éviter de porter un jugement qui dépasse sa compétence, et dont on trouve l’origine dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien [XXXV, 851 (Loeb IX, 323–325)], où Pline écrit que son cordonnier (sutor) s’était approché du peintre Apelle pour lui signaler une erreur dans la représentation d’une sandale (crepida, du grec krepis). Le peintre corrigea aussitôt son œuvre, mais, ainsi encouragé, le cordonnier se mit à faire d’autres remarques sur d’autres points de cette peinture qu’il considérait comme erronés, ce à quoi le peintre finit par lui répondre « Ne supra crepidam sutor iudicaret » (un cordonnier ne devrait pas donner son avis au-dessus de la chaussure). 

Or, d’un côté le gouvernement ne tient pas compte de l’avis de l’Académie de Médecine qui recommandait de ne pas ouvrir les écoles avant septembre, de l’autre il fait preuve d’un autoritarisme exacerbé concernant l’interdiction des plages, même dans les zones reconnues « vertes » comme la Bretagne ou les Antilles… Pourquoi ces contradictions ? Où sont les avis scientifiques portant sur la fermeture des plages, si la distanciation y est respectée ?

Face à ces contradictions, marronnons, cohérents, hors des incohérences et des aberrations !

Mille vaguelettes de remerciements aux personnes qui signent et partagent la pétition

« Pour un accès à la mer en Martinique dès le 11 mai ! » (Avec quatorzaine obligatoire pour les arrivants de l’extérieur comme cela se fait à l’arrivée en Martinique.) 

Suzanne Dracius

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

47e jour de confinement, samedi 2 mai 2020

Pour un accès à la mer en Martinique dès le 11 mai ! (Avec quatorzaine obligatoire pour les arrivants de l’extérieur !)

http://chng.it/BBmbpS9X

Mille vaguelettes de remerciements aux personnes qui signent et partagent la pétition

O tempora, o mores !

O tempora, o mores ! Senatus haec intellegit, consul videt ; hic tamen vivit. Vivit ? (« Ô temps, ô mœurs ! Le Sénat sait tout cela, le consul le voit, et pourtant il vit. Il vit ? ») 

Il vit, il vit, le virus, si virulent qu’il donne envie de parodier le sublime incipit des Catilinaires en demandant pardon aux Mânes de Cicéron : Quousque tandem abutere, CORONA, patientia nostra ? quam diu etiam furor iste tuus nos eludet ? quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ? (Jusqu’à quand, enfin, CORONA, abuseras-tu de notre patience ? Pendant combien de temps encore cette rage qui est la tienne se jouera-t-elle de nous ? Jusqu’où ton audace effrénée se lancera-t-elle ?)

Chance, le Sénat a voté pour l’autorisation d’accès dynamique aux plages dans de bonnes conditions sanitaires et de sécurité. Puisse le sage avis des sénateurs être suivi !

Quand on sait que surpoids et obésité sont facteurs de risque d’infection sévère et que les Français ont grossi pendant le confinement à force de sédentarité…

Face à ce faisceau de contradictions, marronnons, cohérents, hors des incohérences et des aberrations !

Libérez nos plages, symboles de libération à l’instar des plages du débarquement qui marqua la fin de la Seconde guerre mondiale. Une guerre, dites-vous ? La libération de nos plages signifiera délivrance d’une oppression, fin de cette dictature sanitaire.

Certes, cela ne fait pas un parfait exorde dactylique, en mettant « corona » à la place de « Catilina », il manque une syllabe pour que l’hexamètre dactylique soit équilibré ; mais si l’on met en entier « coronavirus » à la place, alors là, il y en a une de trop. Trop ou trop peu. L’éternel déséquilibre. Plus que jamais, en ces temps chavirés, coronavirés, débiellés, on se prend à chercher l’équilibre, on se demande quand ça a commencé, et surtout quand ça va cesser.

Plus le Covid-19 m’agresse et plus je repense aux Anciens. Plus cette modernité flanche, plus je me raccroche à l’Antiquité. Plus l’arrogante Europe déçoit, plus je me réjouis du retour au pays natal, plus je savoure la volupté d’être rentrée en Martinique, si ce n’est que l’on m’a frustrée d’une partie de la Martinique, car mon île c’est terre et mer, ce n’est pas que terre ; Madinina est maritime, océane et caribéenne.

Plus s’abat la dictature sanitaire interdisant ceci, obligeant à cela, plus ressurgit dans ma mémoire le conspirateur Catilina qui complotait pour établir sur Rome une dictature.

Fi des fâcheux, des peureuses et des pleureuses ! Que ceux qui ont peur de la contamination, qui n’aiment pas tant que ça les bains de mer et les sports nautiques, qui colportent des inepties telles que le sable contaminé, eh bien qu’ils restent chez eux, tant mieux, bon débarras ! Ça fera de la place pour les personnes qui aiment vraiment les bains de mer. Qu’ils n’empêchent pas les autres de s’y adonner ! Qu’ils ne portent pas atteinte à l’élémentaire liberté d’aller se baigner en respectant la distanciation !

Priver la population de bains de mer, activité saine, sous prétexte de préserver sa santé, quelle incohérence ! Interdire des activités physiques salutaires sous couvert de prudence sanitaire ?

Je les plains, ces gens qui ne savent pas priser l’intense volupté que procurent bains de mer et activités physiques aquatiques.

Mille vaguelettes de remerciements aux personnes qui signent et partagent les trois ou quatre pétitions pour la réouverture des plages et du littoral pour les nageurs, surfeurs, joggeurs, promeneurs et toute autre personne pratiquant une activité physique individuelle pour une durée déterminée sans regroupement, sans rassemblement :

Rendez-nous la mer et les plages !

Pour un accès à la mer en Martinique dès le 11 mai ! (Avec quatorzaine obligatoire pour les arrivants de l’extérieur comme cela se fait à l’arrivée en Martinique.)

Rouvrir les plages de Martinique pour la pratique d’une activité sportive.

Rouvrir l’accès aux plages et sentiers côtiers à partir du 11 mai etc.

Il y a vingt ans, quand Michael Jackson arborait son masque, tout le monde se foutait de sa gueule. Maintenant, on se les arrache, les masques. Satanée mascarade !

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas,  

51e jour de confinement, mercredi 6 mai 2020,

Pointe-des-Nègres – quartier de Fort-de-France, lieu de débarquement des esclaves déportés d’Afrique pendant la traite négrière, à la limite de la commune de Schœlcher, ô armada de symboles ! mais il n’y a pas de coïncidences, rien que des correspondances, de baudelairiennes correspondances –, in memoriam, célébrant le 226e anniversaire de l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794 par la Convention nationale, à la faveur de la Révolution française, prenant acte de la révolte victorieuse des femmes et des hommes mis en esclavage dans la partie française de l’île de Saint-Domingue (depuis, République d’Haïti, « où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité », dixit Césaire). 

Chroniques du confinement – Suzanne Dracius : Écrire en île confinée. Plages interdites en confinement. Corée versus coronavirus. Volcanique sagesse. Chlorophyllienne claustration.

Écrire en île confinée

Au sens pascalien se divertir et s’abstraire

Des « miasmes morbides », dixit Baudelaire,

Grâce aux « armes miraculeuses » de Césaire,

Rimbaldienne alchimie, poétique, littéraire,

Pour t’affronter avec courage

Satané coronavirus dont la rage

Ne saurait altérer la respiration des poètes

Et de tout moun, de par le monde, en créole comme en italien comme en toute langue du tout monde,

À ce maudit fléau opposant les mots dits en poétiques laïus

Qui toujours parviendront à faire une vivifiante ronde

autour du monde,

Triomphant des fièvres et virulences

En fervente célébration de la Journée mondiale de la poésie, le samedi 21 mars,

Éclipsée par la pandémie.

Dans cette ambiance apocalyptique se révèlent solidarités ou irresponsabilités,

Héroïque dévouement ou mauvais penchants, politichiens et charlatans :

 « Apocalypse » ne vient-il pas du grec ἀποκάλυψις (apokalupsis) qui signifie « révélation » ?

Quand s’ouvrit la boîte de Pandore

Et que s’en échappèrent tous les maux

Acharnés à ravager le monde,

Au fond demeura l’Espérance.

S’en libérèrent tous les mots.

On va gagner, pas les doigts dans le nez,

Mais les mains très souvent lavées.

« Pli ta, pli tris » dit le proverbe créole. (« Plus tard, plus triste »).

« Nous sommes en guerre », martèle la présidentielle anaphore,

Mais nous nous sommes engagés trop tard dans la bataille,

Nous entrons dans le combat sans bâton,

Quasiment sans munitions,

Sans une quantité suffisante de respirateurs, de masques !

« Mascarade », dixit l’ex-ministre de la Santé,

Le premier tour aurait dû être reporté, le second tour n’aura pas lieu dans la foulée.

Eia, clamons-nous en cette pandémie,

À l’instar du chœur des tragédies antiques : « Allons ! Courage ! »

Sursum corda, haut les cœurs !

Plus que jamais, CARPE DIEM, cueille le jour !

En ce nécessaire confinement en France hexagonale et d’Outre-mer,

– Je refuse de dire « Métropole », ça pue la condescendance,

La cité de référence,

Ravalant les ultramarins au rang d’ultra-riens –,

Pour préserver nos vies il faut accepter que nos lieux de vie soient vides,

Afin qu’on vide ce Covid !

À nos amis italiens :

  • et en particulier au Pr Giovanni Dotoli (qui m’a brillamment présentée lors de la remise de mon Prix européen francophone Virgile – Senghor),
  • À Max, Ponte de la poésie,
  • À Leonarda Oliveri, ma traductrice sicilienne, volcanique comme moi, son Etna en coïncidence et correspondances avec ma Montagne Pelée,
  • Au pétulant Walter Pozzi et son fils, le spirituel Manuel,
  • À Sabrina Campolongo, qui sut être ma brillante interprète,
  • À la féline Enrica Merlo,
  • et à toutes les personnes dont j’ai le souvenir au cœur,

« Tjébé rèd, pa moli ! Sé moli-a ki rèd ! » (Tenez bon, ne mollissez pas ! C’est mollir qui est raide.)

Pointe-des-NègresMartinique – lieu de débarquement de mes ancêtres esclaves déportés d’Afrique pendant la traite négrière ,

Vendredi 20 mars 2020

Plages interdites en confinement draconien

Cette « version absurdement ratée du paradis » dont parle Césaire, la Martinique commence à lui ressembler de plus en plus, avec torture infernale de surcroît : à l’horreur de l’épidémie et aux affres du confinement s’ajoute une espèce de supplice de Tantale, la tentation de la mer qui vous tend les bras, toute proche, où l’on meurt d’envie de plonger mais que l’on n’a plus le droit d’approcher.

On la voit quasiment de partout, la mer, la Martinique est une île, et minuscule !

Pas de câlins ni d’embrassades d’amis humains, pas de caresses de la mer, ah, quelle galère !

Mais ce sacrifice est absolument nécessaire.

Rester chez soi est strictement obligatoire pour endiguer la propagation du virus.

Il faut respecter la fameuse distanciation sociale.

Je confesse que je supporte bien le confinement, je suis casanière, ma vie c’est écrire, à la maison, mais je souffre cruellement de ne pouvoir me baigner à la mer ! Mais cette petite mortification est vitale. Je suis obligée de rêver d’une piscine d’eau de mer, très malheureuse de ne pouvoir aller prendre mon bain de mer quotidien. Doux rêve dur à réaliser car il me faut, non pas une petite pataugeoire mais de quoi faire plusieurs brasses, pas une piscine olympique mais quand même de quoi nager à l’aise.

Jusqu’ici je boudais les piscines, leur préférant l’immensité de la mer, mais là je m’en contenterais. Je suis si frustrée que je m’en satisferais, s’il y a assez de place pour nager…

« Homme libre, toujours tu chériras la mer », dixit Baudelaire. Ce maudit coronavirus met à mal non seulement les corps mais aussi les libertés.

Ce sont les comportements excessifs et irresponsables de gens qui ne comprennent rien à rien et se sont agglutinés sur les plages qui font durcir les mesures. Pourvu que ça serve à quelque chose, ce confinement draconien ! Vivement le médicament ! Vivement la fin de la pandémie ! Sans bains de mer j’avoue que j’ai du mal à tenir.

Au quatrième jour, les gendarmes envahirent les rochers pour aller en déloger un inoffensif pêcheur à la ligne parfaitement solitaire.

Je sais qu’il faut respecter le confinement, mais sans plage, c’est trop cruel. On aurait dû instaurer un système de distanciation obligatoire comme dans les supermarchés, comme dans les bureaux de vote ! (Ils ont bien su le faire pour maintenir le premier tour des élections municipales !)

Et puis, l’OMS dit que le confinement ne suffit pas à vaincre le coronavirus… Ah, si l’on avait assez de masques à distribuer ! …

Ibidem[1], samedi 21 mars 2020


[1] « Ibidem » signifie « au même endroit », en latin

Corée versus coronavirus

Nolo contendere, je ne veux pas contester la loi d’urgence sanitaire, mais… 

J’en viens à envier la Corée du Sud, victorieuse dans la joute Corée versus coronavirus.

Atteinte aux libertés pour atteinte aux libertés, je préfère le dépistage massif au confinement !

Surtout si l’obstacle est d’ordre pécuniaire ! 

De grâce, la vie des gens avant l’argent ! 

D’autant plus que le calcul paraît erroné : un pays à l’arrêt ne coûte-t-il pas plus cher qu’une multiplication des tests ? 

La guerre sanitaire, « Quoi qu’il en coûte », ai-je ouï dire…

Raï chien, di dan’y blan ! Hais le chien mais dis que ses dents sont blanches !

Une solution locale dans la lutte contre le coronavirus : les rhumeries de l’île entrent à leur tour dans le combat, mettant à disposition de l’alcool pur à destination de certaines structures en capacité de produire du gel hydroalcoolique, dans une Martinique frappée par la pénurie.

L’union fait la force. An lanmen ka lavé lòt ! (Une main lave l’autre !)

Sur ces entrefaites, à la une : « Quand les conflits d’intérêts priment sur la santé des Français : 

Karine Lacombe, qui fait tout pour décrédibiliser les travaux du Pr Raoult, a touché de l’argent d’Abbvie & de Gilead pendant 5 ans.

Or Abbvie & Gilead produisent deux médicaments contre le COVID 19. Par conséquent, la chloroquine (pas chère et tombée dans le domaine public) est un concurrent qui pourrait leur faire perdre beaucoup d’argent. »

À vomir, même sans être malade, infecté par ces procédés infects ! Après Les Mains sales et la Peste, La Nausée et « l’enfer, c’est les autres ».

Au secours, Sartre, Camus et les autres !

RIP, Requiescas In Pace, repose en paix, Manu Dibango, extraordinaire musicien, et toi, Alain, héros ordinaire, chef de la sécurité au centre commercial d’Aulnay-sous-Bois, tous deux victimes de cette saleté de coronavirus !

« On ne quémande pas une prime, rappelle le responsable syndical. Mais des précautions, pour tous ces gens qui sont au front. Alain était l’un de ceux qu’on a envoyés au casse-pipe, sans précautions. »

Surgit l’idée de l’épreuve de philo 2020 :

« L’humain est-il capable de s’empêcher de vivre pour ne pas mourir ? 

Vous avez six semaines. »

Pointe des Nègres, 8e jour de confinement, mardi 24 mars 2020

Volcanique sagesse

La volcanique sagesse de mon oxymorique Martinique natale a souvenance que le 8 mai 1902, au mépris des signes avant-coureurs de l’éruption de la Montagne Pelée, on refusa d’évacuer la population de Saint-Pierre : il y avait des élections prévues, on voulait que les gens restent voter. Il y eut des dizaines de milliers de morts.   

Tirer la leçon de l’expérience et suivre les bons exemples d’où qu’ils viennent, avec discernement. La France devrait savoir faire ça, si ses dirigeants ne l’en empêchent par une gabegie mortifère et diverses tactiques erratiques, à tâtons, à l’aveuglette, au jour le jour.

Plutôt que la vaine tactique « on se terre et on attend », la stratégie « sus au virus, on teste, on teste, on le traque, on teste tous azimuts, et on soigne les malades avec les bons médicaments » !

C’est une guerre ? Il faut envisager une campagne de dépistage massif, afin de préparer la sortie du confinement et d’éviter un rebond de l’épidémie. 

Pourquoi ne pas suivre les bons exemples ? Puisque l’on n’est même pas sûr que le confinement soit efficace, pourquoi s’obstiner à le prolonger ?

Les USA et l’Allemagne n’imposent pas le confinement, les États-Unis d’Amérique tiennent à s’assurer de rester la première puissance mondiale, et quant à l’opulente République fédérale d’Allemagne, elle pourra asseoir son hégémonie à la tête de l’Europe face à une France exsangue, démoralisée, ruinée, vidée de ses forces vives au sortir d’un long confinement. 

En l’état actuel des choses, il serait suicidaire de prolonger le confinement au-delà de la date initialement prévue. Il faut cesser le confinement ! Les fameux quatorze jours suffisent.

Pourquoi ne pas suivre les bons conseils, les conseils d’espoir, au lieu d’adopter une attitude de fuite, de reclus, de condamnés à l’inaction ? 

Si c’est une guerre il faut donner l’assaut et non pas se cloîtrer, faire preuve de bravoure et non de lâcheté, d’audace et non de passivité, de résistance et non de fatalisme, affronter le danger et non se replier, soumis à un retranchement contraignant ; il faut déployer une batterie de tests. 

« Testez, testez, testez », martèle l’OMS pour combattre le coronavirus.

C’est une guerre ? Alors va pour l’effort de guerre, la fabrication massive des armes qui ont fait leurs preuves. Et si c’est trop tard pour en fabriquer, en avant, les milliardaires, des sous par millions pour en acheter ! 

Trêve de chauvinisme mesquin ! C’est un Français, c’est un médecin, – quel que soit son style atypique –, qui préconise un traitement par la chloroquine à laquelle on ajoute l’azithromicyne, un antibiotique contre la pneumonie pour éviter les surinfections bactériennes, un cocktail dont les résultats se sont révélés spectaculaires sur les patients atteints du Covid-19.

C’est une guerre ? Il faut se battre et non battre en retraite !

Il n’y a aucun argument en faveur de la prolongation du confinement et tellement d’arguments contre ! Les contre-arguments et les arguments fallacieux sont vite écartés. Les éventuels effets secondaires ?… Mieux vaut courir un hypothétique risque de problèmes cardiovasculaires plutôt que de mourir !

Qu’est-ce qui empêche la France de reprendre une vie normale en limitant le nombre de morts, en soignant les malades à l’aide des médicaments qui se sont révélés efficaces, sans tarder, car tarder c’est criminel, tarder c’est laisser mourir.

Déchaînement des violences familiales dans le huis clos du confinement, explosion de la délinquance dans les fameuses zones de non-droit derrière le dos des policiers occupés à faire appliquer la loi du confinement, une année d’études gâchée, flambée de mutineries dans les prisons… Si jamais le printemps est chaud et si ça traîne jusqu’à l’été, ne peut-on craindre l’embrasement ? Mais qui a envie d’une France à feu et à sang pour cause de trop long confinement ?

« L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne. C’est de l’improvisation sociale et on n’en mesure pas du tout les effets collatéraux. Que se passera-t-il quand les gens vont rester enfermés chez eux, à huis clos, pendant 30 ou 40 jours ? En Chine, on a rapporté des cas de suicides par peur du coronavirus. Certains vont se battre entre eux », dixit le Pr Raoult.  

Et l’économie sinistrée, ça ne compte pas ? 

Pourquoi n’écouter que les Dr Tant Pis et dédaigner la voix de la sagesse ? 

Quels sont ces conseils de médecins qui ignorent les conséquences désastreuses d’un interminable confinement sur la psychologie de la population, sur l’économie du pays ? Pourquoi s’obstiner à imposer une stratégie suicidaire ?

« Prendre 100 personnes, la moitié avec des parachutes et l’autre sans, et compter les morts à la fin pour voir ce qui est plus efficace. Quand vous avez un traitement qui marche contre zéro autre traitement disponible, c’est ce traitement qui devrait devenir la référence. Et c’est ma liberté de prescription en tant que médecin », affirme le Pr Raoult.

Suzanne Dracius,
Pointe des Nègres, 9e jour de confinement, mercredi 25 mars 2020

Chlorophyllienne claustration

En fait je réalise que je ne suis pas sortie, si ce n’est dans mon jardin, depuis que les gendarmes m’ont fait sortir de la mer le fameux vendredi. Ouais, un vrai confinement depuis le 20 mars, mais cet enfermement est quand même aéré, une chlorophyllienne claustration, avec mes arbres alentour, mon cher petit oranger qui donne quelques oranges pour la prisonnière que je suis, elles sont presque à maturité, je vais bientôt pouvoir en manger. 

Une toute petite orange pas plus grosse qu’une balle de ping-pong est tombée, toute tristounette. Bizarre, puisqu’il n’y a pas de gros vent. Elle n’est quand même pas coronavirée ? 

Le pommier d’eau vient de fleurir en splendides fleurs fuchsia, un petit cocotier s’apprête à remplacer celui qui avait été foudroyé et cet autre, qu’un cyclone avait décapité. 

Le renouveau est là, « La vie est là, simple et tranquille », dixit Verlaine. « Cette paisible rumeur-là vient de la ville »… Là, vraiment hyper paisible ! 

Je prends du soleil sur ma terrasse, vitamine D, c’est bon pour le moral, c’est bon, bon, comme dans la chanson ! 

Et pour l’activité physique je danse et monte et descends l’escalier menant à la cuisine, du step, n’est-ce pas ? Je n’ai pas encore compté les marches, je n’en suis pas encore là, mais je sens que ça viendra. 

Et de méditer l’idée que le confinement est un concept bourgeois inadapté aux banlieues surpeuplées et aux quartiers populaires, en Martinique comme dans l’Hexagone…

Puisqu’à distance ça ne craint rien, bisous, bizouk, be zouk : « Zouk-la sé sèl médikaman », « le zouk, c’est le seul médicament », dixit Kassav… (Faute de nage, je danse…)

Le 02 avril 2020

« Le féminisme n’a pas de couleur »

Angela Davis en Martinique : polémique ou questionnement ?

Bouleversante, au son du tambour, l’arrivée, hier soir, au parc Aimé Césaire à Fort-de-France, d’Angela Davis, la grande dame qui proclame avec toujours autant de flamme qu’elle veut « Put down the capitalism », « à bas le capitalisme » du haut de ses 75 ans !

Affligeant, cependant, de l’entendre affirmer, lorsqu’elle est interrogée sur sa vision du féminisme, qu’elle ne souscrit pas au féminisme de la « bourgeoise blanche ».

Le féminisme n’a pas de couleur.

Le féminisme est la lutte des suffragettes britanniques qui ont risqué de se faire tuer, au début du vingtième siècle, pour avoir le droit de voter, à l’instar d’Emily Davison, morte renversée par le cheval du roi George V. (Tiens, « Davison » sonne comme « Davis », au début, tel un Big Ben, magistrale cloche sonnant le glas de la misogynie.) Le féminisme se bat pour la petite Nigériane excisée à la lame de rasoir rouillée, l’Indienne violée et tuée parce qu’elle est une fille, « fardeau » pour la famille, l’Iranienne obligée d’épouser son violeur, la fillette mariée de force qui ne pourra plus aller à l’école, sous toutes les latitudes, la Russe, femme battue qui n’a pas le droit de porter plainte sous prétexte que cela détruirait la famille d’envoyer son bourreau en prison, et cetera, et ceterae, la Chilienne qui hurle « Le coupable ce n’est pas moi, ni où j’étais, ni ce que je portais ; le violeur, c’est toi, l’État oppresseur, le machiste violeur ; j’ai le droit de m’habiller comme je veux », – elle est de quelle couleur, la Chilienne ? Est-ce que ça compte ? Non. Seules nos vies comptent. Nos corps comptent. Nos corps de toutes les couleurs. Nos corps de femmes.

Le féminisme est la levée de boucliers contre les féminicides, au seuil du vingt et unième siècle comme au seuil d’un foyer conjugal où l’on devrait être en sécurité, à l’orée du XXIe siècle comme à l’orée d’une forêt où la femme cesserait d’être la proie de l’homme, traquée comme au coin d’un bois, et où le Petit Chaperon rouge aurait appris les gestes d’autodéfense qui sauvent, fille debout, femme levée en posture de féminitude à la Beauvoir.

Noire, blanche, jaune, rouge, la féministe n’a pas de couleur, sa bannière est multicolore. La « bourgeoise blanche » subit de plein fouet l’omnipotent patriarcat, dans le quotidien, le monde du travail, dans le monde entier, avec des salaires inférieurs dans quasiment tous les métiers. S’il y a une internationale, c’est bien celle-là, et il ne faut pas oublier que si nous sommes arrivées là, – même si ce n’est pas encore parfait –, c’est tout de même grâce aux progrès et aux droits des femmes gagnés au péril de leur vie par toute espèce de « bourgeoises blanches » ou café au lait. L’antiracisme va de pair avec le féminisme, à portée universelle, sinon cela n’a pas de sens. La couleur du féminisme ? Un vain mot, délétère et stérile.

Navrant de prôner la désunion en célébrant l’Union des Femmes, en l’occurrence l’Union des Femmes de Martinique, première association féministe de la Caraïbe, qui fête ses 75 ans !

Toute souffrance est respectable, et celle de nos consœurs afro-américaines m’émeut profondément, mais j’ai peur qu’elles ne se fourvoient, ce qui me chagrine encore plus. L’intersectionnalité, il faut la penser puis la panser, elle ne doit pas être exclusive et facteur de désunion. L’union fait la force. Je fais partie de ces personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de stratification, de domination ou de discrimination, j’ai cette sensibilité, depuis marquis d’Antin je subis à la fois le sexisme et le racisme, voire le classisme et depuis longtemps je le crie, l’intersectionnalité avant la lettre tinte dans ma tête depuis les sorbets de l’enfance suivis des neiges de l’en France, mais n’étant ni assez noire par ici ni assez blanche là-bas, quel féminisme serait pour moi ?  Ni l’afro-féminisme radical ni le féminisme des « bourgeoises blanches ». Comme en algèbre et en latin, toutes ces négations se détruisent et créent une affirmation. Affirmer son corps au monde, son corps de femme, quelle que soit son identité, voilà en quoi, idéalement, consiste le féminisme et, partant, la féminitude, qui fait du bien aux hommes aussi. Donner un nom à l’intersectionnalité, – ce que j’appelais « la multiple peine » en 1989, lors du Bicentenaire de la Révolution française, celle d’une « bourgeoisie blanche », dit-on, dont la Convention abolit tout de même « l’esclavage des Noirs », ce fut un passage obligé. Mais désormais, foin des nouvelles formes de ségrégation et nouveaux apartheids !

La féministe ne doit pas se tromper d’ennemi, doit avoir la peau du machisme mais n’a pas de couleur de peau. Elle est au combat, et voilà, foi de volcanique calazaza.

Suzanne Dracius,

Pointe des Nègres, Fort-de-France, Martinique, 4 décembre 2019

Paris – Suzanne Dracius interpelle les « états généraux »

À l’occasion du Salon du Livre, en mars, à Paris, Suzanne Dracius, poète et écrivaine martiniquaise, a interpellé les Etats Généraux du livre en langue française.

« Les écrivaines manquent de visibilité face à leurs homologues masculins. Quelles mesures concrètes proposez-vous ? »

Les derniers chiffres de l’édition le montrent bien ; le secteur s’est, certes, féminisé mais il reste que les postes de direction restent majoritairement occupés par des hommes, à l’instar des jurys littéraires.

Une réalité qui fait réagir le Parlement des écrivaines francophones.

Paris – Remise du Prix Virgile à Suzanne Dracius

Le Cénacle européen francophone Arts et Lettres Léopold Sédar Senghor a décerné, le 8 juin 2019, à Paris, le prix Virgile à l’écrivaine et poétesse martiniquaise Suzanne Dracius (http://www.suzannedracius.com/).

Ce titre honorifique vient récompenser l’ensemble de son œuvre et son engagement.

Bibliographie sommaire de Suzanne Dracius : 

  • L’autre qui danse (roman, Seghers, 1989) 
  • De sueur, de sucre et de sang (nouvelles, Le Serpent à Plumes, 1992) 
  • Rue monte au ciel (roman, Desnel, 2003) 
  • Lumina Sophie dite Surprise (« fabulodrame », Desnel, 2005) 
  • Exquise déréliction métisse (poèmes, Desnel, 2008) 
  • Pour Haïti (collectif coordonné par S. Dracius, Desnel, 2010)