Catherine Cusset dans « Mes chéries » : Un article d’Alix Avril dans le JDD du 4 janvier 2026

Dans Mes chéries, François Kasbi rend hommage à une centaine de femmes écrivains qui ont profondément marqué sa vie de lecteur, mêlant portraits, émotions et souvenirs de lecture. Parmi ces voix littéraires, Catherine Cusset occupe une place de choix en tant qu’auteure reconnue pour son écriture personnelle et puissante, incarnant l’intime et la modernité dans le paysage littéraire contemporain.

Hommage à Aimé Césaire

Hommage à Aime Césaire décédé le 17 avril 2008


JEUDI 17 AVRIL 2025, Ti-punch poétique à la Rhumerie au 1er étage,

de 19 h à 22 h 30


166, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris.


Lectures à voix haute par des écrivains et comédiens de renom …
Suzanne Dracius | Amadou Gaye | Greg Germain
Dédicaces et cocktail dînatoire
Entrée libre et gratuite
Métro Mabillon

Hommage à Nawal Saadaoui par Nassira Belloula

Nawal El Sadawi : la Simone de Beauvoir du monde arabe s’est éteinte.

« Je continuerai à écrire. J’écrirais même si on m’enterrait. J’écrirais sur les murs, si on me confisquait crayons et papiers. J’écrirais par terre, sur le soleil et sur la lune. L’impossible ne fait pas partie de ma vie. »

Cette citation est de Nawal El Sadawi, écrivaine et psychiatre égyptienne née le 17 octobre 1931 près du Caire. L’infatigable guerrière a mené des combats toute sa vie contre toutes formes d’oppressions que vivent les femmes arabes ; l’excision qu’elle a subie elle-même, le voile, la polygamie, l’inégalité dans l’héritage.

Elle s’est éteinte ce 21 mars, à l’âge de 89 ans. Elle laisse les femmes orphelines d’une voix qui comptait dans leur lutte, une voix qui ne va pas disparaître, cependant avec sa disparition au regard de l’héritage qu’elle nous a légué. C’est à nous les femmes, qui luttons pour nos droits d’honorer sa mémoire en lisant ses œuvres et en véhiculant ses idées et opinions.

Mais, qui était cette Simone de Beauvoir du monde arabe ? Il est très difficile de contenir Nawal El Sadawi dans quelques lignes tant sa vie est riche en écriture, en lutte, révolte, événements douloureux comme la prison, les procès et condamnation à mort par les islamistes radicaux. Son franc-parler et ses positions audacieuses sur des sujets jugés tabous par une société égyptienne largement conservatrice lui ont valu des ennuis avec les autorités et les institutions religieuses.

Ce sont cinquante ans d’écriture, depuis son premier livre publié en 1969 « Al imra’a wal jins » traduit en 2017 en français sous le titre « La femme et le sexe ou les souffrances d’une malheureuse opprimée« . Un livre courageux, et nécessaire, sorti dans les années 60, qui remet en question les préceptes dits religieux qui oppressent les femmes et font d’elles un objet sexuel pour la consommation uniquement.

Elle expose ses expériences comme médecin dans les années 50 et 60 face à l’excision qu’elle a subie elle-même et des sévices liés à cette honteuse pratique. Une femme excisée n’a plus de plaisir sexuel, de désir ni aucun orgasme, l’acte sexuel ne la concerne plus que comme objet de jouissance de l’époux. Puis, contre le système patriarcal et ses désastreuses retombées sur les femmes. Dans La femme et le sexe, l’un des plus importants dans le monde arabe, Nawal El Sadawi raconte ses nombreuses altercations avec des parents concernant les oppressions et l’ignorance dans lesquelles ils maintiennent leurs filles, des filles qui ne savent rien de leurs corps, note-t-elle. Avec ce premier livre vont commencer ses déboires face à la société, l’islamisme, le pouvoir en place qui vont durer jusqu’à son décès.

En 1972, elle va être congédiée de son poste de directrice générale de l’éducation à la santé publique, au ministère de la Santé, et le magazine « Health » qu’elle dirigeait comme éditrice responsable va être interdit à la publication, et ses prochains livres vont être censurés.

Entre 1973 et 1980, elle va exercer plusieurs fonctions comme chercheuse à la faculté de Médecine à l’université Ain Shams (Caire), elle travaille notamment pour les Nations Unies en tant que directrice du Centre africain de recherche et de formation pour les femmes en Éthiopie, et elle est conseillère pour la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique occidentale au Liban. L’influence des salafistes sur le monde arabe est immense et étend ses tentacules jusque dans les pays occidentaux. Nawal El Sadawi , devenue indésirable, est chassée partout où elle va. Lors d’une conférence à Montréal dans les années 80, des islamistes perturbent sa conférence, en envahissant la salle où se tenait sa rencontre avec le public.

À son retour en Égypte en 1981, elle va s’opposer à la loi du parti unique sous Anouar al-Sadate ce qui va la conduire en prison, accusée de crime contre l’État. Arrêtée à son domicile, elle va être emprisonnée à la prison des femmes de Kanater. Elle y reste jusqu’à l’assassinat de Sadate. Elle profitera de son séjour pour écrire les Mémoires de prison des femmes — l’histoire raconte qu’elle rédigea ce livre sur un rouleau de papier toilette, avec un crayon à sourcils introduit par une prisonnière.

Quelques années plus tard, elle publie, en 1987, « La chute de l’imam » . Elle commence alors, à recevoir des menaces de la part de groupes fondamentalistes. Ainsi dans les années son nom, apparu sur une liste de personnalités à abattre, dressée par des milieux extrémistes islamistes, l’avait poussée à s’installer aux États-Unis de 1993 à 1996, où elle enseigne alors à l’université de Dukes.

En 2001, le procureur général engage des poursuites contre elle pour apostasie à la demande d’un avocat conservateur Nabih El Wahsh qui réclamait la dissolution de son mariage avec Shérif Hetata, son époux depuis trente-sept ans. Mais, les poursuites furent abandonnées avant sa comparution en juin 2001.

C’est à cette époque-là que j’ai rencontré Nawal El Sadawi, alors qu’elle faisait une tournée des rédactions de certains journaux, cherchant des appuis à sa cause. Ce jour-là, elle portait un ensemble bleu presque délavé, pantalon et veste, un bout de femme maigre, à la chevelure argentée qui formait comme une auréole sur sa tête. Une femme douce, taquine avec un sourire permanent sur les lèvres et qui ne laisse personne indifférent. J’étais intimidée par ce bout de femme et honteuse de ne pas l’avoir lue faute d’avoir trouvé ses livres en Français, je me suis lancée tout de même pour me rattraper dans la lecture de Femme au degré zéro, en langue arabe paru en 1975, un roman basé sur les témoignages de femmes rencontrées à l’université Ain Shams sur la santé mentale des femmes. Et, le principal personnage de ce roman est une jeune femme prénommée Ferdaous (paradis) condamnée à mort pour le meurtre de son souteneur. Le roman traduit en français par Assia Djebar et Assia Trabelsi sous le titre de « Ferdaous une voix d’enfer » a été publié aux éditions des Femmes. Un roman puissant qui réveille en nous de la révolte devant le martyre de cette jeune femme abusée dès son jeune âge, mariée à un vieillard, soumise aux pires sévices, qui choisit la rue et la prostitution, mais ne trouve son chemin vers la liberté qu’en tuant, et qui ne regrette pas sa mort.

Les autres œuvres de Nawal El Sadawi, « La face cachée d’Eve » (1977), « Le voile » (1978), « Dieu démissionne de la rencontre au sommet » (1996), « Isis » (2008) ou encore « C’est le sang » (2014), ne la concernent pas précisément, à part quelques biographies et essais où elle évoque souvent ses expériences comme dans « Rahalati hawla aalem » (mes voyages à travers le monde) ou « Awraki hayati » (Les feuilles de ma vie). Elles concernent toutes les femmes impuissantes, soumises, opprimées dont elle prend la défense.

Tout en continuant à écrire et produire, elle va subir les attaques et les poursuites. Cette fois-ci, c’est l’institution religieuse d’Al-Azhar qui va la condamner en 2007 pour atteinte à l’islam. Depuis, censurée, bannie de la plupart des foires du livre arabes, rarement invitée par les services culturels de régimes radicaux, elle ne baissera jamais les bras. Et mourra en digne descendante de sa compatriote Hoda Chaaraoui, la première féministe qui, en 1923, dans la rade d’Alexandrie, jeta son foulard à la mer, en un geste symbolique qui resta dans les annales du combat des femmes.

Nassira Belloula

Hommage à Hanane Al Barassi par Cécile Oumhani

Mardi 10 novembre 2020, Hanane Al Barassi est morte à Benghazi, en Libye. Elle avait quarante-six ans et elle était avocate. Sans relâche, elle combattait pour les droits des femmes, pour les droits humains, toujours soucieuse aussi de dénoncer la corruption du pouvoir. Des hommes armés l’ont assassinée dans la rue, en plein jour, quelques heures après qu’elle a posté une de ses nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux. Elle n’hésitait pas à y critiquer notamment la LAAF, l’armée nationale libyenne autoproclamée par Khalifa Haftar.  Son assassinat suscite une émotion considérable dans son pays.

Elle était une femme de courage. L’assassinat de sa consœur Salwa Bugaighis, le 25 juin 2014, par cinq hommes armés entrés dans sa maison à Benghazi ne l’a pas dissuadée de se battre. La disparition de Siham Sergiwa, militante des droits humains et membre du Parlement de Tobrouk, enlevée chez elle à Benghazi le 17 juillet 2019,  n’a toujours pas été élucidée. Mais cet enlèvement n’a pas davantage fait fléchir Hanane Al Barassi. 

Car en effet, Hanane était une femme déterminée et pleine de bravoure.  Rien n’aurait pu l’intimider ou la détourner du chemin qu’elle traçait loin devant elle, parce qu’elle était en quête d’un monde meilleur.  Ses vidéos la montrent assise à l’avant de sa voiture, parfois en train de conduire, ou encore debout dans la rue.  Son regard est limpide et elle sourit tout en s’adressant à nous. Son visage a la beauté tranquille de cette force qui habite sa personne. Elle a choisi de s’exprimer hors d’un lieu statique, qui aurait été plongé dans les ombres et le silence. Elle s’est filmée dans le mouvement des voitures, la sienne et celles qui se pressent de tous côtés. Hanane avait résolument placé sa route au sein de l’espace public, au contact direct des autres.

Car elle était une femme en marche, loin des immobilismes et des pesanteurs qui auraient voulu qu’elle se taise et s’efface. La vie et l’avenir, elle voulait les saisir à pleine main comme elle le fait de son volant, en sillonnant les rues de sa ville.  Elle parle avec simplicité et conviction, d’une voix ferme. Elle s’adresse à nous, comme si nous étions assis à ses côtés, proches par le combat et par les idées.

Ils l’ont abattue dans sa voiture, en pleine ville, là où elle se filmait et nous parlait. Car bien sûr, c’est pour cette raison qu’ils l’ont tuée. Parce qu’elle se filmait et s’adressait à nous. Il fallait éliminer la femme qui refusait de se taire, débordante de volonté et d’énergie, le front baigné de soleil. Un message terrible, donné aux autres, à toutes celles qui seraient tentées de prendre la parole et de se faire entendre aussi sur la place publique…  

La page Facebook de Hanane nous apprend que son sang versé ne leur suffisait pas, puisqu’ils ont aussi saccagé sa tombe, à peine a-t-elle été inhumée. On aperçoit sur la photo un fragment de marbre tracé en lettres noires du mot haq, vérité, un des seuls qui aient survécu à la profanation. Rien ne nous laissera oublier Hanane Al Barassi et sa résistance acharnée, où que nous soyons.  Sa voix et son message continueront de résonner dans nos cœurs et dans nos mémoires. Une part de son souvenir marchera avec chacune de nous dans nos luttes à venir.

Nous, membres du Parlement des Écrivaines Francophones, nous exprimons notre indignation face à cet assassinat.

Nous, membres du Parlement des Écrivaines Francophones, demandons que lumière soit faite sur la mort de Hanane Al Barassi, au-delà de toute impunité.

Texte écrit par Cécile Oumhani

Cosigné par : Nadia Essalmi, Sedef Ecer, Michèle Rakotoson, Chahla Chafiq, Dora Carpenter-Latiri, Marie Soeurette Mathieu, Samia Maktouf, Suzanne Dracius, Nassira Belloula, Lise Gauvin, Safiatou Dicko Ba, Sophie Bessis, Marie-Rose Abomo Maurin, Catherine Cusset, Madeleine Monette, Emeline Pierre, Alicia Dujovne Ortiz, Laurence Gavron, Fawzia Zouari, Sema Kilickaya, Emna Bel Haj Yahia, Elisabeth Tchoungui, Maram Massri, Shumona Sinha, Marijo Alie, Lamia Berrada

Tribune publiée par Babelmed le 22 novembre 2020 :

http://www.babelmed.net/article/9306-assassinat-de-hanane-al-barassi/

Un très grand merci à Maram Massri d’avoir traduit et fait publier notre tribune sur Hanane Al Barassi dans le journal Al Quds !

https://www.alquds.co.uk/%d8%ad%d9%86%d8%a7%d9%86-%d8%a7%d9%84%d8%a8%d8%b1%d8%b9%d8%b5%d9%8a-%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d8%a7%d8%ba%d8%aa%d8%a7%d9%84-%d8%ad%d9%81%d8%aa%d8%b1-%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%ad%d8%a7%d9%85%d9%8a/

Version en anglais

The killing of Hanan Al Barassi

    On Tuesday, November 10, 2020, Hanan Al Barassi died in Benghazi, Libya. She was a forty-six year old lawyer. Her fight for women’s rights and human rights had been relentless and she did not shrink from denouncing the corruption of power. Armed men murdered her on the street, in broad daylight, only a few hours after she posted one of her numerous videos on social networks. She did not refrain from criticizing, among others, the Libyan-American warlord Khalifa Hafter and his Lybian Armed Arab Forces (LAAF). Her killing has aroused considerable outrage in her country.

      She was a woman of courage. Her colleague Salwa Bugaighis was murdered on June 25, 2014, by five armed men who had entered her house in Benghazi. But this did not discourage Hanane from fighting. Siham Sergiwa, a human rights activist and a member of Parliament in Tobruk, was kidnapped from her home in Benghazi on July 17, 2019, and is still missing. But this kidnapping did not deter Hanane either.

     Hanane was a determined woman. Nothing could intimidate her or divert her from the path she was keen to break far ahead, because she was in search of a better world. Her videos show her sometimes driving her car or standing in the street. Her eyes look clear and she smiles as she addresses us. Her face has a quiet beauty radiating from her inner strength. She chose to speak, away from a static place, immersed in shadows and silence. She filmed herself among cars that are driving past on all sides. Hanane had resolutely taken a place of her own in the public space, in direct contact with others.  She was a woman on the move, free from burdens of the past and social pressure to keep silent and step aside.

She was eager to take hold of life and of the future with both hands, as she does with her wheel, driving through the streets of her city. She speaks with simplicity and conviction, with a firm voice. She addresses us, as if we were sitting by her side.

    They gunned her down in her car, downtown, where she filmed herself and talked to us. 

This is the reason why they killed her. Because she filmed herself and talked to us. Because she was about to reveal information proving the corruption of several members of the Haftar family. They were set on eliminating a woman who would not keep quiet. She was strong-willed, full of energy and her brow was bathed in sunlight. They sent a terrible message to others, to all the women who might feel tempted to speak up and make their voices heard in public… We learn on Hanane’s Facebook page that her blood was not enough for them, so, no sooner was she buried that they also trashed her grave. The photo shows a shard of broken marble with the word haq inscribed in black letters, meaning truth, one of the few words that survived the desecration. Nothing will let us forget Hanan Al Barassi and her unrelenting resistance, wherever we are. Her voice and her message will go on resonating in our hearts and our memories. A part of her will be walking with each of us in our fights to come.

     We, members of the Francophone Women Writers’ Parliament, express our indignation at this murder. We, members of the Francophone Women Writers’ Parliament, ask that Hanan Al Barassi’s death be fully investigated, beyond any impunity.

Libre

Édito par Alexandra Schwartzbrod

Gisèle Halimi était une résistante. Pour elle, vivre, c’était pousser les murs et se battre, et il y avait tant de causes à soutenir en cette seconde partie du XXe siècle : l’indépendance, la lutte contre le racisme, l’arrêt de la torture et de la peine de mort, et surtout les droits des femmes dont elle a été l’une des plus ardentes défenseuses plusieurs décennies durant. Ses combats ont été ceux de Libération à une époque où les règles établies tombaient, le monde se transformait. Gisèle Halimi était féministe car elle ne supportait pas l’injustice. Pour elle, rien ne justifiait qu’une femme soit victime parce que femme. Un combat viscéral dans lequel elle a mis toute son énergie. Féministe avant même que le terme ne se popularise, c’était une défricheuse. Avec Simone Veil, elle a ouvert la voie à toutes ces femmes qui aujourd’hui manifestent leur colère contre l’impunité persistante de certains hommes ou la fragilisation des droits durement acquis. Sa grande force, c’était son métier d’avocate. C’est ce qui lui a permis de donner de la voix et de se faire entendre, et surtout de rallier bon nombre des plus grands intellectuels de l’époque, mais aussi des politiques ou des artistes. Car c’était une de ses qualités : Gisèle Halimi était ferme sur ses convictions mais ouverte aux autres, à tous les autres. Elle s’était constitué au fil du temps un réseau sur lequel elle pouvait s’appuyer pour faire avancer les causes auxquelles elle tenait. Elle savait de quoi elle parlait, elle connaissait les règles du droit sur le bout des doigts, la loi et rien que la loi, elle était républicaine et en imposait à n’importe quel interlocuteur, du plus modeste au plus puissant. Pour l’écrivaine Geneviève Brisac, «elle nous a transmis cette certitude : chaque combat contre chaque injustice mérite d’être mené. Et doit l’être». La conviction d’une femme libre, qui n’avait peur de rien et ne craignait personne.

Alexandra Schwartzbrod

https://www.liberation.fr/france/2020/07/28/libre_1795493