Portrait de femme : Thérèse Clerc, rebelle, féministe, artiste en vie par Danielle Michel-Chich

Portrait de femme héroïque écrit par les membres du Parlement des écrivaines francophones

Si Thérèse Clerc était un objet, elle serait une lampe-tempête, qui éclaire celles et ceux qu’elle croise. Mais qui oserait dire que cette femme de plein vent est un objet ?

Si elle était une chanson, elle aurait voulu être « Faluron-lurette » d’Anne Sylvestre : « On voudrait fleurette sur vos doigts compter. Or sait-on jamais, Lisette, ce que les hommes feront ? Un jour, ils font la fête, le lendemain ils fuiront… »

Si elle était un personnage biblique, cette femme visionnaire serait une prophétesse. Dans la mythologie, elle serait Antigone, celle qui veut l’absolu, sans peur et sans reproche. Et si elle incarnait l’amour, elle serait Agapé et Eros, amour de l’autre et plaisir du corps à la fois.

Thérèse Clerc est née deux fois : une première fois pour l’état-civil en 1927, une seconde en 1968 dans le souffle libérateur du mois de mai et d’un divorce qui l’a rendue invincible.

Elle a vu le jour dans une famille catholique de la petite bourgeoisie, s’est mariée « amoureusement et viergement » avec un ami de son frère aîné et fit ce qu’on attendait d’elle : elle s’occupa de ses quatre enfants et de son foyer. Mais elle rongeait en silence le frein de son ennui. L’église de son quartier était sa seule ouverture et sa chance fut d’y trouver des prêtres-ouvriers qui lui firent découvrir le Mouvement de la Paix et Marx à l’église !

Un abcès au poumon et une hospitalisation d’un mois lui ouvrirent définitivement la porte de la cage ; les échanges avec les soignantes et soignants lui ouvrirent les yeux sur le monde et sur elle-même.  Lorsqu’elle sortit de l’hôpital, à peine guérie, elle fut prise dans le tourbillon de mai 68. Les enfants à l’école, elle courait les AG et les débats. Le ver était dans le fruit : en 1969, elle demanda le divorce, échappant à la prison d’elle-même et d’une vie qui lui était étrangère.

Vint alors le temps des premières fois : le premier café au comptoir, le premier pantalon, le premier bulletin de vote, le premier salaire, le premier amant et la première pilule contraceptive, la première amante aussi. « L’alcôve et la rue ont été mes universités » disait avec un brin de coquetterie cette autodidacte à nulle autre pareille.

Après avoir ainsi déréglé la tragédie de la vie dans laquelle elle s’était coulée à vingt ans, elle s’en inventa une autre à la mesure de son bouillonnement et de sa richesse intérieure : c’était avec une fierté non dissimulée qu’elle racontait sa révolution « réglicide, légicide et normicide ».

Elle découvrit aussi le bonheur des expériences partagées, des groupes de paroles strictement féminins, le jaillissement des idées et des luttes dans ce mouvement des femmes qui naquit dans le sillage de mai 68.

Trop âgée pour les groupes d’étudiantes, elle se rapprocha des femmes plus âgées qui parlaient d’elles, entre elles, pour la première fois et dont elle découvrit les souffrances communes. Elle commença timidement d’abord, puis crescendo approcha tous les groupes inventifs et combatifs : de SexPol au MLAC, de l’Eglise révolutionnaire de Saint-Merri aux groupes reichiens, elle fut de bien des luttes. « Notre corps nous appartient » criait-on partout. Elle se jeta dans cette liberté toute neuve à corps perdu… A corps trouvé, plutôt : « voilà pourquoi je n’ai pas l’air d’une mal-baisée… » rétorquait-elle aux insultes des anti-féministes.

Elle s’installa à Montreuil et, très vite, devint « Thérèse de Montreuil ». Un gynécologue militant lui apprit à faire des avortements par aspiration et c’est dans son salon qu’elle accueillait et aidait des femmes désespérées, dans l’illégalité et la douceur de l’entre-soi. Mais c’est dans la même pièce qu’elle organisa pendant des années des repas-débats mensuels, où pour 50 francs, elle offrait à des dizaines de personnes, du professeur d’université au clochard, qui se serraient dans son petit appartement, convivialité et réflexion autour d’un plat unique bien arrosé. : c’était la grande époque de la Fête chez Thérèse, atelier informel de l’utopie.

Débordante d’idées et de projets, c’était une politique sans le pouvoir.  Constatant depuis longtemps l’isolement de bien des femmes, elle conçut et créa la Maison des Femmes de Montreuil – qui désormais porte son nom. Pour la première fois dans cette ville où l’on compte une centaine d’ethnies différentes, et après cinq années de travail et de luttes pendant lesquelles Thérèse ne baissa jamais la garde, les femmes eurent enfin un lieu à elles pour parler et puis rire, militant et convivial à la fois car pour Thérèse, il fallait toujours préférer le social ludique au social martyr.

Mais elle était une femme du futur. Dès que la Maison des Femmes fut sur des rails bien solides, elle pensa aux « vieilles » et conçut, avec deux copines, un projet qui semblait alors fou, la Maison des Babayagas : une maison non pas de retraite, mais de vieillesse, autogérée, ouverte sur la ville, solidaire et citoyenne pour femmes vieillissantes. Inaugurée en 2013, après dix années d’une lutte entêtée, une vingtaine de vieilles montreuilloises y coulent désormais des jours heureux, actifs et militants.

En février 2016, Thérèse a terminé ce voyage que, jusqu’à son dernier souffle, elle a trouvé si beau.

Née deux fois, morte une fois, cette rebelle au grand cœur, combattante et « artiste en vie », comme elle aimait à se désigner elle-même, reste une inspiration éternelle.

Danielle Michel-Chich

Une pudique incandescence

Impressions de lecture : Marijosé Alie – Entretiens avec Aimé Césaire, par Suzanne Dracius

Livrer mes impressions de lecture sur Marijosé Alie – Entretiens avec Aimé Césaire, c’est endiguer une avalasse d’émotion.

« Ma Suzanne, bonne lecture, j’espère que cela te plaira… et que tu retrouveras celui que tu as aimé… », me souhaite, dans sa dédicace, Marijosé. Vœu exaucé ! L’intense pouvoir de ce court volume est non seulement de le faire retrouver par les personnes qui l’ont côtoyé et aimé, mais aussi d’inviter à le trouver celles et ceux qui ne le connaissaient pas, dans une quasi intimité, semblable à celle qu’il eut avec Senghor :

 “ « Écoute Léopold, écoute cette phrase, c’est fantastique ! Hegel explique que ce n’est pas par la négation du singulier que l’on va à l’universel, mais que c’est par approfondissement du singulier que l’on va à l’universel. » Et je dis à Léopold : « Voilà un encouragement extrêmement précieux : l’approfondissement du singulier ! » Nous avions vingt ans ! – Il me regarde. – Non ? – Il jubile et conclut. – Et je lui ai ajouté avec un petit clin d’œil : « Donc plus nous serons nègres, plus nous serons hommes. » – Il rigole. – C’était une conclusion un peu téméraire, mais enfin…”

La Négritude ? Une identité, mais pas étroitement « identitaire », universelle :

« Partir.

Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-

Panthères, je serai un homme-juif

un homme-cafre

un homme-hindou-de-Calcutta

un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

L’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture

on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer

de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir

de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses

à présenter à personne

Un homme-juif

 Un homme-pogrom

Un chiot

Un mendigot »

Son entrée en écriture me valut le plaisir de côtoyer Marijosé au sein du Parlement des écrivaines francophones créé en 2018 à Orléans, et la voici confirmée grâce à la publication de ces Entretiens entre deux figures charismatiques de Martinique, l’immense poète appelé à être, durant plus d’un demi-siècle, maire de Fort-de-France, et celle qui présenta le JT de RFO Martinique pendant bon nombre d’années, – talentueuse chanteuse de surcroît.

Lors de sa présentation dans la maison de Césaire devenue un musée, route de Redoute, Marijosé expliqua la genèse de ce livre, au mitan de cette cauchemardesque pandémie, dans la détresse du confinement, au cœur de la Sologne, sur une suggestion d’Éric de Lucy, son voisin dans ce village de l’hexagone. Cela me fit songer à Césaire m’accordant ce qui fut son dernier entretien publié de son vivant, dans Prosopopées urbaines, en 2006, – qui figure également dans le Tome V des Écrits politiques d’Aimé Césaire réunis par Édouard Delépine, paru en 2019 à Paris aux Nouvelles éditions Jean-Michel Place –, et me confiant la genèse du Cahier d’un retour au pays natal écrit en Croatie, à près de 8000 km, face à une autre île nommée « Martiniska », inspiré par la magie de cette paronymie.

Mais il n’y a pas de coïncidences, que des correspondances, baudelairiennes ou césairiennes. Et un faisceau de synesthésies. Cet opuscule a l’art de nous restituer, après l’inextinguible éclat du regard de Césaire grâce à la vidéo, de précieux éclats de son verbe, sa verve alternant avec sa jubilatoire concentration quand il déchiffrait, à haute voix, un texte qu’on lui présentait, il adorait ça.

Marijosé a fait quatre documentaires sur Césaire qui avait longtemps été persona non grata à la télévision. « Il arrivait en crabe », « homme de lettres simple et pudique », « il détestait la télé ». « 50 ans en politique mais tout l’inverse du dictateur », tient-elle à préciser.

Comment a-t-elle gagné sa confiance ? Elle s’est mise à nu, avec une insolence timide. Ainsi a-t-elle pu recueillir la parole vivante de Césaire se revisitant lui-même. Ainsi lui a-t-il fait le récit de sa rencontre avec Senghor où percèrent prémices et prémisses de la Négritude, – pour Césaire, « un cogito ergo sum » –, sans toutefois oublier le détail cocasse, auquel Césaire tenait beaucoup, de l’encrier pendouillant au bout d’une ficelle à la ceinture de Senghor, « heureusement vide », s’empressait-il de préciser, et la fameuse embrassade de Senghor l’adoubant plaisamment en ces termes : « Bizut, tu seras mon bizut ».

Bien plus tard, une autre rencontre, éphémère celle-là, lui laissera cependant un impérissable souvenir :

« Voyez, j’ai rencontré Mandela une fois, une seule, un dîner organisé par Mitterrand. Le genre de mondanité que je n’apprécie pas particulièrement, qui plus est je ne parle pas sa langue, je veux dire l’anglais, assez mal en tout cas, et puis il y avait beaucoup de monde, des gens sûrement très bien… Alors nous avons échangé des civilités et j’ai cru comprendre que dans sa prison, cet homme extraordinaire avait trouvé quelque réconfort à lire le Discours sur le colonialisme !

Sur son bureau, une photo de Mandela. »

À l’issue de la conférence, dans le bureau de Césaire, à la fois spartiate et monacal, simplement séparé de la partie chambre à coucher par une armoire coupant la pièce en deux, Joëlle, la merveilleuse secrétaire de Césaire, et Clémence, sa fidèle gouvernante, me rappelèrent qu’elles connaissaient par cœur ma Rue Monte au ciel, que Césaire, qui avait des problèmes de vue, leur demandait de lui lire, et relire encore.

« Ma petite MariJosé », l’appelait le grand homme, alors qu’il devait se mettre sur la pointe des pieds pour l’embrasser. « Très tactile, Césaire aurait été très malheureux avec le covid », affirme Marijosé. Cette appellation affectueusement familière est loin de m’étonner : quand Césaire m’accueillit pour la première fois, ayant demandé à me voir à Cordo, son grand ami de toujours, notre immense poète s’écria : « Suzanne, ma femme ! », évoquant sa femme, Suzanne Roussi, selon la formule du lanceur de dés qui a fait un six et s’exclame « Sizan, ma femme », – l’iotacisme transformant, en créole, « Suzanne » en « Sizan ».

Si forte était, chez Césaire, la puissance joviale, communicative, du lyrisme quotidien, jusque dans le moindre de ses gestes ! Marijosé a su le saisir, via la caméra d’abord, puis dans ce recueil qui se lit comme un petit roman dont l’incipit nous transporte « au bout du petit matin » de son dernier matin de préparatifs pour son ultime conseil municipal.

L’ouvrage ne manque ni d’anecdotes piquantes ni de détails pittoresques, que ce soit sur son itinéraire poétique, en marge du surréalisme, sur son parcours politique, du Parti communiste à la création de son propre parti, le PPM, Parti progressiste martiniquais, ou sur les promenades du Nord au Sud, face à la Femme couchée, dans la baie du Diamant, avec l’évocation de la tragédie des Ibos de l’Amélie, « partis de Gorée esclaves et arrivés libres sur les côtes martiniquaises, une si douloureuse et belle histoire », immortalisée par un colossal groupe de statues :

« Cette halte fait maintenant partie du périple de Césaire à travers la Martinique et, ironie du sort, l’artiste qui a offert au monde cet univers majestueux s’appelle Laurent Valère : le fils de son ancien adversaire politique Léon Valère. »

Mais il n’est que de lire ces entretiens pour être convié à la complicité, tantôt tacite tantôt éloquente, de ces déambulations.

Il n’est pas une Martiniquaise, pas un Martiniquais, qui ne porte en soi un souvenir de Césaire, si infime soit-il. Qu’il l’ait connu ou non, par le truchement de ces Entretiens, il sera donné à chaque individu de par le vaste monde de contempler quelques facettes du père de la Négritude, de capter sa singulière manière d’incarner l’universel.

En ces quelques pages s’esquisse un portrait qui, dans sa dense concision, confirme à quel point Césaire est un oxymore vivant, d’une pudique incandescence.

Suzanne Dracius

membre du Parlement des écrivaines francophones

Valentine d’Arabie. La nièce oubliée de Lamartine par Fawzia Zouari

L’étrange destin de Valentine d’Arabie

Arrière-petite-nièce de Lamartine, d’un anticonformiste aussi affiché dans ses publications et ses chorégraphies que dans sa vie privée, elle fut l’égérie de l’avant-garde artistique et littéraire de la Belle Époque. La beauté et les provocations de Valentine de Saint-Point, tout comme ses liaisons illustres, lui offrirent l’image d’une scandaleuse à la mode. Elle posa pour Mucha et Rodin, Satie et Ravel mirent en musique ses vers. Apollinaire, Stravinski, Picabia, Chagall, Léger, Sonia et Robert Delaunay fréquentèrent son salon.

Mais la Grande Guerre fut pour cette idéaliste effrontée une prise de conscience du matérialisme et de la violence du monde occidental. Convertie à l’islam, elle s’installa au Caire, devint intime de René Guénon et fut l’une des premières voix européennes à dénoncer la colonisation et à militer pour l’indépendance des pays arabes. Dérangeante, combattue de tous les côtés, elle mourra dans la misère et l’anonymat.

Sa vie passionnante, sa pensée avant-gardiste et son parcours à la Lawrence d’Arabie méritent d’être redécouverts.

Paru le 18.11.2020 aux Editions du Rocher

Fawzia Zouari est une romancière et journaliste franco-tunisienne. Prenant parti pour les droits des femmes, chevalier des Arts et des Lettres, elle a déjà publié, entre autres, La deuxième épouse, Ce voile qui déchire la France, et Le corps de ma mère (Prix des cinq continents).

Critiques

https://www.nouvelobs.com/critique/20201211.OBS37379/valentine-de-saint-point-la-grande-scandaleuse-qui-avait-fini-par-epouser-la-foi-au-caire.html

Safiatou Ba – Voix intérieure – Recueil de poèmes

A paraître bientôt aux Editions Figuira, le dernier ouvrage de Safiatou Ba, un recueil de poèmes intitulé « Voix intérieure ».

Avec ce premier recueil, la roman­cière Safiatou BA nous fait découvrir sa passion pour l’écriture.

Je ne cesserai jamais assez de vous remercier, vous qui êtes là à m’aider, m’encourager dans cette passion. Vous êtes tous gravés dans mon cœur car peut-être sans le savoir vous-même, vous avez contribué à votre façon à faire de moi, la petite personne que je suis aujourd’hui. Aucun mot ne peut exprimer ma gratitude. Merci du fond de mon cœur. Safiatou Ba

Extrait du poème de la 4ème de couverture du recueil :

Je suis des mots

Doux et cruels

Mais je suis plus que ces mots

On me défie

On me calomnie

On me méprise

Émotions incontrôlées

Les mots cruels sortiront de moi

En cascade

Par vagues

Ils seront violents

Et cloueront le bec au fortuné

Aux jaloux

Ils leur brûleront la peau

Ils l’auront cherché

« Voix intérieure »

Ce recueil de poèmes est édité par la maison d’édition de l’écrivaine malienne Fatoumata Keita, également membre du Parlement des Ecrivaines Francophones : http://bamada.net/culture-fatoumata-keita-lance-une-maison-dedition-couple-a-la-dedicace-dun-recueil-de-2-tomes

Pour rappel, Safiatou Ba a également contribué à un collectif paru en janvier 2020 aux éditions Cauris, intitulé « Poèmes à un jeune soldat inconnu« .

Dont voici un extrait avec le poème Elan :

Partir…

Tu l’avais décidé           

Cet élan de patriotisme t’appelait

Le choix était tien, mon fils

Tu ne tenais plus sur place

Nous avons prié ensemble pour que cela soit

Dieu nous a répondu

Mon fils à moi, mon bébé à peine né

Te voilà prêt, mon fils

Face au destin, ton destin

Quand vint le moment des aux-revoir

Je n’ai pas eu le courage de t’accompagner

Ce jour-là, tu souriais

Alors que derrière, retentissait le vacarme de tes camarades

Engouffrés dans le camion

Prêts et pressés de partir

Tu m’as dit : « Mère, n’aie pas peur, j’existe enfin !

C’est mon bonheur, donc le tien aussi

Je me battrais aux côtés de mes camarades soldats

Pour défendre la patrie. »

L’Etat et tout le peuple s’étaient déjà dotés des plus belles armes

Celles du dialogue, du consensus

De la cohésion, de la tolérance

De la transparence, du respect

De la détermination, de la volonté

La paix doit prévaloir

Elle est le socle du développement du Mali

L’ennemi restait sourd

 « Il est temps d’agir

En ces jours sombres

Réveillons-nous, camarades soldats, peuple du Mali

Battons-nous pour notre bien commun, le Mali

La patrie, la nation, le pays. »

Mon fils, ces mots étaient tiens !

Ils vibrent encore en moi

Je les fais miens désormais

 Cet élan de patriotisme que tu avais, t’a finalement anéanti

Un jour de saison chaude

Tu es tombé sous les armes de l’ennemi

On sonna à la porte

Le regard  triste de celui venu m’annoncer la nouvelle

Cet oiseau de mauvais augure  

Les larmes offusquèrent sa vue

La peur de la vérité m’envahit

Elle se logea dans ma conscience

Déversant et se propageant dans mon ventre

Comme des boules chaudes et rugueuses

Déployant ses ailes tièdes

Silence mortel !

J’ai compris que tu n’étais plus

A cette nouvelle, ma poitrine s’alourdit

Mes jambes aussi

Le monde m’est apparu à la fois clos et infini

Mes forces m’ont lâchée

Il ne me reste plus rien

Oh désespoir !

Oh vide !

Je me rappelle encore le moment des aux-revoir

Je t’ai tenu blotti au creux de moi

Tiède et vivant

Je sens encore ton souffle

Cette mort cruelle sans pitié

Destin inévitable pour les forts et les faibles

Ah douleur !

Tu ne me quitteras plus

A moi de te ménager

De t’amadouer

De m’accommoder

Toi et tes camarades, tombés sur le champ d’honneur

Vous n’avez pas vécu pour rien

Vous avez peint le sable de votre sang

De votre sueur

De votre soupir

Que chaque goutte de sang versé

Brille sur ta tombe et sur celle de tes camarades !

Que le Mali dont tu rêvais soit !

Il le sera

Amen !

Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Les Editions Amalthée, Capital et Charité, Les revers de l’amour, Emma ou la rage de vivre, Chemins de vie, chemins d’amour vous annoncent la parution le 10 Juin 2020 de l’ouvrage de Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Un livre illustré en français et en anglais, poésie jeunesse, Editions Amalthée, Distribution Hachette

Le soleil et la mer est positionné dans la collection Les p’tits explorateurs, collection de 6 à 12 ans, catalogue Jeunesse. Il s’agit d’une Poésie jeunesse présentée en français et en anglais, livre illustré.

Résumé :

Trois jeunes enfants ne comprennent pas comment les adultes ne prennent pas toujours le temps d’admirer la nature. Ils aiment la poésie et voudraient absolument partager leurs impressions sur le soleil et la mer avec d’autres. Ils sont persuadés que la vie serait plus heureuse si l’on s’attardait un peu sur la poésie des choses. Pour eux, il y a de la poésie en toute chose. La mer, le soleil, les enfants. Chacun a son rôle à jouer ! Redécouvrons notre environnement avec des yeux d’enfants et laissons place à l’émerveillement. Le mouvement des vagues, la chaleur du soleil, la fraîcheur de l’eau, les couleurs du coucher de soleil, c’est un véritable spectacle naturel qui s’offre à nous et que nous pouvons voir ! Alors, pourquoi les adultes l’oublient parfois ?

Un recueil de poésie illustré et didactique pour sensibiliser les petits comme les grands à la protection de l’environnement.

Euphrasie CALMONT : 1er Prix du « Grand Prix Poétique du Kaïlcédrat Royal » 2015, Aimé Césaire Le Visionnaire

http://aimecesairecelebrations2013.eklablog.com/remise-du-grand-prix-du-kailcedrat-royal-a-euphrasie-calmont-aux-champ-a119685040

http://www.fxgpariscaraibe.com/article-salon-du-livre-116486613.html

https://www.facebook.com/pages/Euphrasie-Calmont/220513513935

www.euphrasium.fr

Barbaricum (Nés d’avant le monde) – Ysiaka Anam –

Barbaricum (Nés d’avant le monde)

– Ysiaka Anam –

Nous sommes nés d’avant le monde,

D’avant les secousses et les cris

D’avant la joie féroce

Et ses incessants soubresauts.

Nous sommes nés d’avant les frontières,

D’avant les guerres et leurs abysses  

Bien avant le jour insidieux

Réfugiés dans l’inépuisable nuit.

Nous sommes nés d’avant la mémoire,

D’avant la parole et ses effractions 

D’avant les liens et leurs éclats

Avant que la solitude puisse se dire. 

Nous sommes nés dans l’errance,

Errance sans lieu ni odeur

Nés sans terre aucune

Etrangers à nos propres empreintes.

Nous sommes éternels exilés,

Bringuebalant dans cette histoire

Sans lieu, sans temps

Sans auteur pour nous réclamer.

Puis le monde est arrivé.

Déplacés,

Nous.

Dérangés,

Nous.

Projetés dans ces foules réclamant du sens, entier, pour arrimer leur vie.

Nous sommes nés d’avant le monde,

Cet instant précis, juste avant

L’instant où tout était possible encore

Avant d’être percutés par le réel.

Nous sommes nés d’avant la mort,

Avant qu’elle soulève les épidermes

D’avant les larmes et l’oubli

Et les vers qui emportent tout.

Nous sommes ceux dont la terre a enfanté,

Lorsqu’elle cherchait des confidents

Pour bercer, pour consoler  

Son implacable esseulement.

Nous sommes nés de ce sol désemparé,

En quête d’un autre pour sentir

Un poids, tout petit, tout infime

Peser tout contre sa peau.

Nous sommes nés dans l’arrière-monde,

Répandant au gré du vent

Semences stériles, chaos fertiles

Et quémandant la poésie.

On était cette masse à la couleur méconnaissable, couleur suie, couleur cendre.

On est devenus parias, se déversant dans vos rues, une fois le monde engendré.

On nous a vomis.

Puis on nous a redemandés. Encore.

Séparés, démunis.

Dépourvus, incomplets.

Privés d’appendice à porter contre nos ventres.

En quête

D’une terre pour lover nos songes.

En quête

D’autres corps pour nous porter.

En quête

De témoins pour nous faire exister.

En quête

De mélodies pour irriguer nos vies.

En quête

D’eaux neuves pour nous saouler d’allégresse.

En quête

D’une langue qui puisse accueillir nos silences.

On était cette masse informe.

Solidement ferrés aux précipices qui bordaient le monde. 

On se balançait agglutinés, sans voix propre, sans encombre.

Eaux, vents, et terres, se mêlaient.

On s’y mêlait aussi.

Viscéralement vissés à la matière, à la vie, au monde d’avant le monde.

On était complets. Moches, mais complets.

À l’aurore du monde, de langue il n’y avait pas.

Juste les murmures de la mer berçant le sable.

Les vagues susurraient des mots tendres et incompréhensibles à des oreilles absentes.

La mer écrivait ses propres pages sur le lit de ce pays amnésique.

La mer écrivant, effaçant et redonnant au monde, à chaque instant, la possibilité de se recréer.

Puis le monde est arrivé.

Oubliée,

La mer.

Délavé,

Le sable.

Amputés,

Nos corps.

Perforée,

Notre histoire.

Nous sommes nés d’avant le monde,

D’avant les secousses et les cris

D’avant la joie féroce

Et ses incessants soubresauts.

Nous sommes nés d’avant la mémoire,

D’avant la parole et ses effractions 

D’avant les liens et leurs éclats

Avant que la solitude puisse se dire. 

Nous sommes nés d’avant la mort,

Avant qu’elle soulève les épidermes

D’avant les larmes et l’oubli

Et les vers qui emportent tout.

Nous sommes les éternels exilés,

Bringuebalant dans cette histoire

Sans lieu, sans temps

Sans auteur pour nous réclamer.

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