Nos écrivaines dans les médias | Fawzia Zouari

L’actualité littéraire des membres du Parlement des écrivaines francophones

Fawzia Zouari, présidente du Parlement des écrivaines francophones, se livre dans un essai intitulé « La rencontre avec une langue est parfois un destin » sur le Parlement des écrivaines francophones, les raisons de sa création, ses réalisations et plus largement sur la francophonie.

Parution dans Le Courrier de l’Atlas, Septembre 2023.

Conférence « La Littérature, la femme et la Francophonie » avec Fawzia Zouari, lundi 3 avril 2023

Dans le cadre du cycle de conférences « Culture et Francophonie » 

Michelle MAUDUIT-PALLANCA, Présidente du Comité d’Entraide des Français de Monaco et Patrice ZEHR, Président de l’Union de la Presse Francophone, ont le plaisir de vous inviter à la conférence :

« La Littérature, la Femme et la Francophonie »

avec Fawzia Zouari, Présidente du Parlement des Ecrivaines Francophones.

Sous le Haut Patronage de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France à Monaco, Laurent STEFANINI

Thèmes abordés lors de la conférence  :

  • La Littérature : L’Avènement de l’écriture, l’usage de la langue française et son choix de la langue arabe.
  • La Francophonie au féminin : La francophonie au féminin ou l‘apport des femmes à cette langue.

Entrée gratuite

Réservation obligatoire  (enregistrement dans l’ordre d’inscription) :

CEFM (Comité d’Entraide des Français à Monaco)

42, rue Grimaldi, 98000, Monaco

cefm.reservations@gmail.com

Tel : 06 18 83 58 71

Copyright : CEFM- Conférence « La Litterature, la Femme et la Francophonie » le 3 avril 2023

« Par le fil je t’ai cousue  » de Fawzia Zouari | Lu par Sophie Bessis

Fawzia Zouari : « Par le fil je t’ai cousue « . Paris. Editions Plon. 2022

            Si l’on a envie de comprendre comment les femmes tunisiennes se sont libérées – au moins en partie – de la tradition dans les quelques décennies ayant suivi l’indépendance acquise en 1956, sans pour autant lire de lourds ouvrages d’histoire et de sociologie, il faut se plonger dans ce récit de Fawzia Zouari. La femme mûre, libre, éclatante, qui a écrit ce livre commence par y raconter comment une mère qui ne plaisante pas avec les interdits et tient à protéger la virginité de sa fille lui fait subir un rituel de fermeture symbolique de l’hymen avant de l’envoyer au lycée de la ville, enfer de danger et de perdition. Mais elle y va, au lycée, la petite bonne élève, contrairement à ses soeurs aînées que l’on a retirées précocement de l’école, estimant qu’elles en savaient assez pour être mariées. Elle a la chance d’être la plus jeune et de pouvoir ainsi bénéficier des mesures prises par le premier chef de l’Etat tunisien, Habib Bourguiba, pour desserrer le carcan des coutumes légitimées par la religion, toutes deux veillant jalousement à ce que rien ne bouge.

            Dans ce village du nord-ouest du pays on n’aime pas les changements, ni les étrangers, ni les juifs, ni tout ce qui pourrait toucher à la pureté supposée du groupe social ou familial. Et le fait d’appartenir à une famille de notables comme celle de Fawzia n’y change rien. Il y a les gardiens et les gardiennes, comme cette mère redoutable, dragon protecteur, qui veillent au grain pour mettre un terme à toute velléité de liberté. Ce mot terrible est exclu de leur vocabulaire. Mais il y a les autres, des oncles, des tantes, des cousins qui veulent devenir « modernes », vivre comme ils veulent, faire des mariages d’amour – quelle idée ! – et qui entament peu à peu la carapace de la contrainte sociale faisant jusque là tenir toute une société figée dans son immobilisme. Et puis il y a la ville, la capitale d’où l’on revient en racontant que tout y semble permis.

            A supposer que le contexte s’y prête, comme dans la Tunisie des années 1960-70, peut-on toutefois se libérer aisément du poids de traditions transmises par tous les canaux possibles, de la persuasion, de la peur du nouveau et de l’obligation ? Avec une finesse mêlant à la fois audace et pudeur, Fawzia Zouari raconte comment s’intériorise la contrainte, comment le corps et l’esprit mettent un temps infini à s’en libérer, et jamais complètement. Ainsi, en remontant dans l’enfance, cette enfance qui toujours revient, elle nous donne à voir les arcances, les failles, les contradictions de toute une société, à la fois figée et en mouvement, où tout vacille sans que parfois rien ne bouge.

            Ce livre acerbe mais tendre, plein d’humour allant parfois jusqu’au cocasse mais avec quelques traces de triste lucidité se lit d’un trait, avec le plaisir que procure une belle écriture et l’intérêt pour un récit qui dit beaucoup avec l’air de presque rien.

Sophie Bessis

Rencontre sur L’Engagement dans l’écriture de quatre écrivaines francophones

L’Association Femmes Monde, en partenariat avec La Commission Nationale Française pour l’UNESCO, vous invite à une Rencontre sur L’Engagement dans l’écriture de quatre écrivaines francophones

Fawzia Zouari, Tanella Boni, Carmen Boustani, Madeleine Monette 

Membres du Parlement des Ecrivaines francophones 

Lundi 14 mars 2022 de 18h à 19h30

https://us02web.zoom.us/j/83949949135?pwd=bnc2QWtHNlVhVDBLWDRXM1BnTnNSZz09

Après la présentation par chacune de son engagement dans l’écriture, aura lieu un échange et une discussion avec le public présent.  

FAWZIA ZOUARI, écrivaine et romancière tunisienne, docteure en littérature comparée (Sorbonne nouvelle) elle a travaillé à l’institut du monde arabe avant d’intégrer le journal Jeune Afrique. Elle préside actuellement le Parlement des Ecrivaines francophones et a été nommée en 2019 Chevalier de l’ordre des Arts et des lettres. Elle a à son actif une vingtaine de romans et essais dont certains ayant trait à la femme d’origine maghrébine installée en Europe Occidentale, ( La Caravane des Chimères (1990) Ce pays dont je meurs (1999)La Retournée (2002), Le voile islamique (2002) La deuxième épouse (2006) qui reçoit Le Comar d’or, plus haute distinction littéraire en Tunisie, Valentine d’Arabie (2020). Enfin le 6 décembre 2016 elle reçoit le Prix des cinq continents de la francophonie pour sa biographie Le corps de ma mère. Elle vient de publier un récit autobiographique Par le fil je t’ai cousue (2022) sur son enfance, à des moments clefs de l’Histoire de la Tunisie. Dans ce roman magnifique Fawzia Zouari raconte son histoire familiale dans la Tunisie rurale au moment du départ des colons français, de l’arrivée de Bourguiba et de l’école obligatoire pour les filles. Fawzia Zouari est également lauréate du Grand Prix littéraire de Provence. 

TANELLA BONI, professeure de philosophie à l’université Felix-Houphouet-Boigny à Abidjan, est poétesse, romancière, novelliste, essayiste et critique d’art, enfin philosophe et écrivaine ivoirienne. Elle écrit également des ouvrages pour enfants. En 2005 elle a été lauréate du prix Ahmadou-Kourouma pour son roman « Matins de couvre-feu ». En juin2009, elle reçoit le prix international de poésie Antonion Viccaro à l’occasion du 27èmeMarché de la poésie. Elle est membre du l’Académie mondiale de la Poésie depuis 2001, de l’Académie des sciences, des arts, des cultures d’Afrique et des diasporas africainesn(ASCAD), membre du conseil scientifique de plusieurs revues et de l’Institut international de philosophie notamment. Elle a reçu la médaille de bronze de l’Académie française en 2018 pour le recueil de poèmes Là où il fait si clair en moi. Ses ouvrages traitent de la place des femmes en Afrique, les stratégies de résistance et de révolte féminine. 

CARMEN BOUSTANI, est une universitaire et écrivaine franco-libanaise. Professeure des universités, romancière, féministe, elle a reçu la Médaille d’honneur des écrivains de langue française en 2001, les Palmes académiques en 2006, et la Médaille d’or et le prix d’excellence du CNRS, à l’occasion de son jubilé d’or, en juin 2012. Elle est notamment spécialiste de l’écrivaine libanaise Andrée Chedid, auquel elle a consacré un volume. Elle a également placé la condition des femmes et l’intérêt pour le langage au centre de son oeuvre. Ses romans ont pour contexte historique la guerre au Moyen-Orient. Elle présente des femmes qui luttent pour faire triompher une culture d’entente sur la culture de discorde. Elle a notamment publié Effets du féminin:variations narratives francophones, Des femmes et de l’écriture: le bassin méditerranéen, La Guerre m’a surprise à Beyrouth, Dictionnaire des créatrices (directrice et rédactrice du secteur Moyen-Orient).  

MADELEINE MONETTE est une romancière et poétesse née au Québec et qui vit à New York. Elle est l’auteure de plusieurs romans : Elle a signé les romans Le Double suspect (Prix Robert-Cliche), Petites ViolencesAmandes et MelonLa Femme furieuseLes Rouleurs repris sous le titre Skatepark à Paris et à Montréal. Le recueil de poésie Ciel à outrances et sa traduction Lashing Skies ont inspiré une expérience multimédia actuellement en cours au Centre PHI de Montréal. Elle a collaboré à des livres d’artiste en France, dont La mer, au feu/A Sea Fire (Collection de livres d’artistes de BAnQ). Un recueil d’essais-témoignages, L’Amérique est aussi un roman québécois (Vues de l’intérieur), verra le jour en 2022. Ses textes ont paru dans des publications littéraires au Québec, au Canada anglais, aux États-Unis, en Italie, en France et en Roumanie. Elle est membre de l’Académie des lettres du Québec et du Parlement des écrivaines francophones. Madeleine Monette est lauréate du prix Robert-Cliche du premier roman en 1980, nominée pour de nombreux autres prix littéraires dont le Prix Marguerite Yourcenar (États-Unis), le Prix France-Québec Philippe-Rossillon (France), les Prix Molson et Ringuet de l’Académie des lettres du Québec et le Prix des lectrices d’Elle Québec (Canada). Cf son site (www.madeleinemonette.com) 

Fawzia Zouari : Voyage du sud vers le nord, un itinéraire féminin. Mardi 22 mars 2022, 19h

Conférence de Fawzia Zouari présentée par l’ambassade de Tunisie en Suisse en partenariat avec l’Alliance française de Berne.

Conférence de Fawzia Zouari, écrivaine tunisienne de langue française.

Essayiste et romancière tunisienne, Fawzia Zouari est née dans le Nord-ouest de la Tunisie. Docteur en littérature comparée, elle écrit aujourd’hui pour le journal Jeune Afrique et a publié une douzaine de romans, principalement sur la condition de la femme maghrébine. En 2016 elle obtient le Prix des cinq continents de la Francophonie pour Le Corps de ma mère (Éditions Joëlle Losfeld, 2016). Tout récemment, Fawzia Zouari a publié Par le fil je t’ai cousue paru chez Plon (2022).

Fawzia Zouari préside le Parlement des écrivaines francophones.

Nos écrivaines à l’affiche | Fawzia Zouari : « Par le fil je t’ai cousue ».

L’actualité littéraire des membres du Parlement des écrivaines francophones

Fawzia Zouari : « Par le fil je t’ai cousue »

Editions Plon, Paris – 06 Janvier 2022

Résumé :  » Une petite fille grandit dans l’ombre d’une famille traditionnelle et dans la soumission à une mère toute-puissante. Mais ce coin de Tunisie rurale est bousculée par la modernité, avec l’avènement de l’Indépendance, le départ des colons français, l’arrivée de Bourguiba, l’école obligatoire pour les filles. Alors, l’enfant, destinée à vivre et à mourir voilée et analphabète comme ses soeurs aînées, va, première de sa tribu, prendre le long chemin de l’émancipation. Le prix à payer sera lourd pour celle qui devra se libérer des sortilèges, des interdits et des secrets maternels« .

Source : 4ème de couverture

Pour en savoir plus :

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/tunisie/par-le-fil-je-tai-cousue-fawzia-zouari-raconte-l-emancipation-des-jeunes-filles-en-tunisie-a-l-ere-bourguiba_4916621.html

Les Voix d’Orléans – Carte blanche au Parlement des écrivaines francophones

Les Voix d’Orléans – Carte blanche au PEF ! par Fawzia Zouari

https://www.orleans-metropole.fr/actualites/detail/les-voix-dorleans-font-resonner-la-parole

Les filles, où que vous soyez, oyez les nouvelles de nos trois jours passés à Orléans !

Nous étions une quarantaine d’intervenantes : 30 membres du Parlement des écrivaines francophones et 10 invitées, notamment pour le Procès des écrivaines.

Les débats et les rencontres ont d’une très grande qualité. La ville d’Orléans a été à la hauteur au point de vue de l’accueil : elle nous a ouvert tous ses lieux  de prestige : hôtel Dupanloup, musée des beaux-arts, conservatoire, médiathèque, FRAC et même la Cour d’appel d’Orléans !

L’événement a été couvert par France 3, le Parisien, France Culture, RFI, TV5 et les journaux locaux.

La venue de la féministe afghane Shoukria Haidar et L’Appel d’Orléans ont clôturé cette édition qui s’est déroulée du 07 au 09 octobre 2021

Cet événement nous a donné la preuve que nous existons, agissons et comptons désormais dans le paysage littéraire et sur le terrain du combat des femmes. Que nous avons crée un espace de sororité rare. Et que nous nous « aimons », si j’ose le dire...

Fawzia Zouari, le 10 octobre 2021

Pour voir les

6 vidéos des Voix d’Orléans :

https://www.youtube.com/watch?v=5w94qQXx9Cs&list=PLfpJLzLdxUB8D_XZihnFUF1zuXfu_vJjP&index=1

Valentine d’Arabie. La nièce oubliée de Lamartine par Fawzia Zouari

L’étrange destin de Valentine d’Arabie

Arrière-petite-nièce de Lamartine, d’un anticonformiste aussi affiché dans ses publications et ses chorégraphies que dans sa vie privée, elle fut l’égérie de l’avant-garde artistique et littéraire de la Belle Époque. La beauté et les provocations de Valentine de Saint-Point, tout comme ses liaisons illustres, lui offrirent l’image d’une scandaleuse à la mode. Elle posa pour Mucha et Rodin, Satie et Ravel mirent en musique ses vers. Apollinaire, Stravinski, Picabia, Chagall, Léger, Sonia et Robert Delaunay fréquentèrent son salon.

Mais la Grande Guerre fut pour cette idéaliste effrontée une prise de conscience du matérialisme et de la violence du monde occidental. Convertie à l’islam, elle s’installa au Caire, devint intime de René Guénon et fut l’une des premières voix européennes à dénoncer la colonisation et à militer pour l’indépendance des pays arabes. Dérangeante, combattue de tous les côtés, elle mourra dans la misère et l’anonymat.

Sa vie passionnante, sa pensée avant-gardiste et son parcours à la Lawrence d’Arabie méritent d’être redécouverts.

Paru le 18.11.2020 aux Editions du Rocher

Fawzia Zouari est une romancière et journaliste franco-tunisienne. Prenant parti pour les droits des femmes, chevalier des Arts et des Lettres, elle a déjà publié, entre autres, La deuxième épouse, Ce voile qui déchire la France, et Le corps de ma mère (Prix des cinq continents).

Critiques

https://www.nouvelobs.com/critique/20201211.OBS37379/valentine-de-saint-point-la-grande-scandaleuse-qui-avait-fini-par-epouser-la-foi-au-caire.html

Gisèle, la Tunisienne

Article par Fawzia Zouari – Libération du 31 juillet 2020

Elle est morte à Paris, mais elle est née à Tunis. Il me semble nécessaire de le rappeler. De même qu’il me semble légitime de poser la question : et si Giselle Halimi n’avait vu pas le jour et grandi sur cette terre berbéro-arabo-musulmane, serait-elle devenue le grande avocate, la femme politique et la figure féministe qu’elle est devenue ? Voilà pourquoi, j’ai envie de la rapatrier. Son esprit, au moins, avec les honneurs. Tant il me semble que c’est du limon de notre Tunisie commune que s’est nourrie la future révoltée et son immense soif de liberté et d’universalité.

Elle s’appelait Zeiza Taïeb. C’est son nom véritable – elle ne prendra celui de Gisèle Halimi qu’en 1949. Elle vit exactement le destin de ses compatriotes d’avant le Code du Statut personnel concocté par Bourguiba, c’est-à-dire au sein d’une société traditionnelle et machiste. A l’instar de la majorité de maghrébines de son époque, elle n’est pas la bienvenue dans un monde qui préfère les garçons ; qui fait marcher tête basse « le père de filles » et pousse les mamans à aduler leur progéniture masculine ; astreint la femme au rang de seconde.  Sauf que Zeiza refuse ce statut. Elle ne veut pas servir ses frères (comme c’est le cas toujours chez nous), finir analphabète ou subir un mariage arrangé. Elle a la chance d’avoir un oncle qui milite au sein du parti communiste et lui montre involontairement l’exemple. Elle a fait des études et décortique le contexte politique. La colonisation, le mépris (la fameuse hogra), la torture des moujahidat, les massacres de l’armée française en Algérie, ce sont autant de d’enfances réprimées et de blessures inguérissables. En plus de vivre dans la minorité juive à laquelle elle appartient. Il lui faudra donc lever le poing, se défendre, défendre les plus faibles, vêtir la robe de l’avocat. Voilà. La rebelle est devenue militante. De toutes les indépendances et de toutes les libertés. De toutes les femmes opprimées, violées, ou tout simplement empêchées de décider de leur sort, comme elle a failli l’être du sien. Son enfance tunisienne aura été le limon de tant de « rage » et de « force sauvage » en elle. Mais oui, ce n’est pas en naissant à Paris ou à Stockholm que Zeiza aurait pu devenir Gisèle. Il fallait partir de ce petit pays pour voir à sa mesure le monde ; posséder des racines aussi profondes dans l’ancienne Ifriqia pour ouvrir grand ses fenêtres sur de lointains continents ; transcender en tout, faire tomber tabous et frontières, bannir les privilèges, militer pour l’humain avant tout.

Certes, ces dernières années, même si elle a gardé un lien très fort avec sa patrie d’origine et d’excellents contacts avec ses compatriotes – dont feu le président Qaïd Sebssi avec qui elle était entrée au Barreau de Tunis-, ses interventions publiques étaient rares. De même que si elle a pris position dans des dossiers liés au monde arabo-musulman, telle que l’affaire du Foulard de Creil, ou sa défense des Palestiniens contre les dérives de l’Etat d’Israël, Gisèle Halimi a de plus en plus été perçue au Maghreb comme une voix de l’extérieur et son combat associé  au militantisme français. Ce n’est pas tant de sa faute que celle d’un discours régional qui a préféré garder d’elle l’image de la militante anti-colonialiste et défenseuse des mouvements de libération que celle de la combattante pour le droit à l’avortement ou la parité. Sans compter une insidieuse mentalité locale, ségrégationniste sur les bords, qui sépare les gens en fonction de leur appartenance religieuse et qui commet l’erreur de minimiser l’apport d’une Tunisienne juive par rapport à une Tunisienne  musulmane.

Pour cette raison, justement, il faudrait que Gisèle Halimi regagne « l’arbre historique » des féministes du monde arabe, mais aussi des figures célèbres qui  ont donné à la Tunisie une dimension universelle, de Aroua la Kairouanaise qui, au 8e siècle, a imposé le premier contrat monogame en terre d’islam à Bchira Ben Mard, première militante féministe et présidente de l’Union musulmane des femmes de Tunisie (UMFT), en passant par Fatima al-Fihriyya, fondatrice de l’une des premières universités au monde, la Quarouiyine de Fez, au Maroc, ou Aziza Othmana qui, au 17e siècle, dans le Tunis des deys, affranchissait les esclaves et les prisonniers de guerre.  

La Tunisie qui a beaucoup tergiversé pour rendre hommage à un autre compatriote à l’œuvre universelle, Albert Memmi, – mort en juin dernier-, ne fera pas la même erreur pour Gisèle, je l’espère. Ce, d’autant plus que le pays ne cesse de céder aux sirènes de l’islamisme et d’entériner le recul des mentalités en matières de droits des femmes.  

Fawzia Zouari

https://www.liberation.fr/debats/2020/07/31/gisele-la-tunisienne_1795720