Rentrée littéraire 2020

  • Marie-Soeurette Mathieu. Anthologie œuvres choisies de l’autrice, Édition CIDIHCA, Montréal, Octobre 2020.
  • Carole Fréchette  :
    • « Un vent fou s’est levé dans ma tête ». Editions Leméac. Correspondance entre la dramaturge québécoise Lise Vaillancourt et l’auteure et un spectacle tiré de cette correspondance a été présenté les 21 et 22 septembre 2020 à Montréal au Festival International de la littérature,
    • « Nassara ». Editions Leméac-Actes Sud Papiers. Coproduction avec le festival Les Récréâtrales de Ouagadougou.
  • Marijosé Allie. Une semaine et un jour, HC Édition, 2020
  • Marie-Rose Abomo Maurin. Le roman camerounais, Éditions du Channel, septembre 2020
  • Maram al-Masri. Métro, poèmes, Éditions Bruno Doucet, Paris, 2020
  • Muriel Augry-Merlino :
    • Les lignes de l’attente, avec des calligraphies d’Abdallah Akar, Éditions Voix d’encre, Montélimar, 2020. Postface Cécile Ouhmani.
    • Ne me dérêve pas, anthologie poétique, avec des dessins de Dragos Petrascu, Iasi, Éditions Unimea, 2020.
  • Safiatou Ba :
    • Voix Intérieure, Éditions Figuira, Mali, Septembre 2020
    • Élan (Poème a un jeune soldat inconnu – en hommage aux soldats disparus) – Ouvrage collectif, Les Éditions Cauris, Mali, 2020
  • Nassira Belloula. Il ne fallait pas s’en prendre à nous, novembre 2020, éditions Chihab (Algérie)
  • Bettina de Cosnac. Vent Force 10 – Windstärke 10, Éditions Steffen Media, Friedland/Berlin/Usedom (en co-édition), 2020.
  • Catherine Cusset. Trois fois au bout du monde (Népal, Costa Rica, Chine), Éditions Gallimard (Collection « Le sentiment géographique), juin 2020.
  • Sedef Ecer :
    • Ruptures, pièce de théâtre, Lansman Éditeur, novembre 2020. (Production : première Scène Nationale Saint Nazaire, tournées, Sonia Ristic, mise en scène Laurent Maindon).
    • Trésor National , roman, Éditions JC Lattès, Paris, 13 janvier 2021.
  • Dora Carpentier-Latiri. Women and Photography in Africa, Creative Practices and Feminist Challenges (ouvrage collectif), Londres, 2020.
  • Lise Gauvin :
    • Penser le roman francophone contemporain, co-direction avec Romuald Fonkoua et Florian Alix,  Les presses de l’Université de Montréal (PUM), Montréal, 2020
    • Les lieux de Marie-Claire Blais, Entretiens avec Marie-Claire Blais, Éditions Nota bene, Montréal, 2020
    • L’effacement, poèmes avec des photographies de Wanda Mihuelac, préface de Martine Morillon-Carreau, édition courante bilingue,  Paris : Éditions TranSignum, octobre 2020. 
  • Tchassim Marcel :
    • Les enfants de midi, roman, Éditions Awoudy, Lomé, décembre 2020.
    • Immigration et sexe dans les créations artistiques et littéraires (Sous dir.), Essai, Presses de l’IRES-ERDEC, Lomé, Togo, octobre 2020.
  • Madeleine Monette. La mer, au feu / A Sea Fire, suite poétique, gravures et collages de Véronique de Guitarre, traduction de la poète Oana Avasilichioaei, Éditions du Noroît, Montréal, 2020.
  • Fawzia Zouari. Valentine d’Arabie, Éditions du Rocher, novembre 2020.

En soutien à Beyrouth

Quelques sources dans l’actualité du net

Extrait du média numérique culturel News Tank, Paris, 6 août 2020, actualité n° 190297

La Marfa Gallery et la galerie Tanit, situées près du port, ainsi que l’espace d’exposition de l’Opera Gallery installé sur le front de mer, ont été totalement détruits, lors de la double explosion survenue à Beyrouth (Liban) le 04/08/2020. Plusieurs autres institutions culturelles ont été « lourdement endommagées », notamment le musée Sursock et la Ramzi and Saeda Dalloul Art Foundation, la galerie Janine Rubeiz ou encore la galerie Sfeir-Semler.

« Le musée est dévasté, bien plus que durant la guerre civile. Beaucoup de dégâts ont été causés à la structure du bâtiment, à un moment où le dollar au Liban est si élevé que je ne sais pas comment nous allons pouvoir acheter des matériaux pour la reconstruction », déclare Zeina Arida, directrice du musée Sursock, à The Artnewspaper le 05/08/2020. Plusieurs œuvres d’art ont été touchées, dont un portrait de Nicolas Sursock. En revanche, aucune pièce n’a subi de dommages au sein de la Ramzi and Saeda Dalloul Art Foundation.

Les déflagrations ont été causées par l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port. « Au moins 137 personnes ont été tuées et plus de 5 000 autres blessées par les déflagrations », selon le dernier bilan du ministère libanais de la Santé le 06/08/2020.

5 écrivaines libanaises mises à l’honneur, dont Hyam Yared, responsable du Pen club libanais

https://www.actualitte.com/article/livres/books-by-women-tragedie-a-beyrouth-cinq-autrices-du-liban-a-decouvrir/102098

En fin de texte, un appel à témoins de récits, très large (ceux qui ont vécu au Liban, ont visité le Liban)

https://www.ledevoir.com/monde/moyen-orient/583675/tragedie-au-liban-beyrouth-panse-ses-plaies

Le témoignage de Hala Moughanie pour Le Monde

https://www.dakaractu.com/Double-explosion-a-Beyrouth-La-scene-d-horreur-racontee-par-des-temoins_a191680.html

Citation d’Hyam Yared

“On a beau tous être des survivants dans ce pays, on ne peut pas survivre à tout. Et la colère est immense, car le Liban n’en peut plus. Il y a au cours des derniers mois cette nouvelle crise politique qui n’en finit pas, la cherté de la vie qui pousse les gens ordinaires dans la misère, et maintenant, symboliquement, la destruction de notre ville”, a témoigné au Monde l’écrivaine libanaise Hyam Yared. 

ttps://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/04/liban-tres-forte-explosion-a-beyrouth-l-origine-pour-l-instant-inconnue_6048135_3210.html

Témoignage de Hyam Yared

https://www.tekiano.com/2020/08/05/explosion-au-liban-envoi-de-2-avions-militaires-a-beyrouth-et-prise-en-charge-de-100-blesses-en-tunisie/

Réminiscences : Beyrouth, si loin, si proche

4 août 2020, une fin d’après-midi tranquille pour nous autres, dans le climat des premières vacances déconfinées, tragique pour nos collègues écrivaines du Liban et les habitants de Beyrouth. Des écrivaines du Liban se mobilisent pour rendre compte immédiatement de ce qui s’est passé à Beyrouth et de ce que leur inspirent les deux explosions du port. Emotion certes de la parole mise en écrit immédiat, mais aussi têtes bien faites, qui analysent et tirent les leçons en peu de mots, revenant sur l’histoire contemporaine du Liban, une histoire du temps présent telle qu’elle nous nourrit et pourtant si mal connue de certaines d’entre nous. Me reviens immédiatement en tête l’art poétique de Boileau, «  ce que l’on  conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire, arrivent aisément ». C’est une première réminiscence qui me fait dire que l’universalité de l’épreuve humaine collective n’abolit pas, la capacité des écrivains et écrivaines à s’exprimer individuellement. La valeur de l’écriture c’est son surgissement et sa diffusion. Leur écriture de femmes comporte une unicité de l’expérience et une valeur universelle dans sa transmission.

Elles ont, en tant que femmes, éprouvé très vite la détresse des proches et dans ces cas-là, vos proches et ceux de vos voisins de fuite sont des proches. Elles ont mis en exergue les situations incroyables où toute une population se retrouve à la rue, mais aussi celle de ces morts absurdes et injustes, une femme tuée par un bris de glace chez elle, un homme écrasé par son frigidaire. Brusquement, le mot « réminiscences » me vient à nouveau l’esprit. L’histoire du père de l’une de mes amies, écrasé sous un abri bus effondré sur lui à Jérusalem, lors d’une déflagration. L’histoire de la grand-mère d’une cousine : les autorités d’occupation, ou leurs supplétifs de l’époque de Vichy,  entrent chez elle, ils demandent à son mari, où est votre femme, le type répond sans lever les yeux, « dans la pièce d’à côté ».  Années de souffrances en camp d’internement pour un manque d’attention…à l’autre.

Ces morts de Beyrouth dites par des femmes engagées en écriture ne sont pas dans l’absolu des morts vaines, aucune mort, aucune vie, si humble soit-elle n’est d’ailleurs vaine. Mais si les vies n’ont pas de prix, elles ont un coût, celui de la protection et des soins à y apporter. Et on découvre à travers leurs témoignages que ces vies étaient sans doute passées largement au-dessous des radars politiques. Réminiscence à nouveau des grands conflits mondiaux du XXè siècle.

Comme pendant les guerres du XXè siècle qui ont fait des millions de tués civils, sur les routes, dans les rues, dans les fossés des exodes ou à la maison, ces individus sont apparus comme durablement « dé-protégés », pendant des années.

Alors, « que peuvent les écrivaines ? », pour reprendre Patrick Boucheron, historien, quand il dit « ce que peut l’histoire ». Tout comme l’histoire, qui réouvre les dossiers pour élucider, la parole et les écrits des écrivaines réouvrent la grotte de Platon, celle de la réalité et de ses possibles déformations. Aujourd’hui, cette grotte, c’est Internet, ces millions d’images, ces flots d’écrits courts et de paroles sur la toile. Une autre réminiscence, lorsque nous surfons sur la toile, nous pouvons penser, « ça je l’ai déjà lu quelque part ». Mais les témoignages des écrivaines libanaises sont uniques, en ce qu’elles nous rendent proches leur passé, leur présent et aussi leur avenir et nous font penser que ce que nos passés, notre présent et notre avenir ont en commun avec  les leurs, c’est ce que nous ne voulons pas ou plus subir : en arriver à l’os de l’existence humaine.

La réminiscence et son talent à l’écrire démontrent aussi la vacuité de certains courants de pensée dominants sur les bienfaits des épreuves. L’être humain s’habitue à tout et toujours et garde sa capacité à « rebondir » lit-on dans les manuels de survie à l’usage des nouveaux bien-pensants. Ce n’est pas par ce qu’on paraît se remettre de ses traumatismes et que la vie reprend ses droits, que cette réalité d’ordre biologique doit en occulter une autre, plus complexe. Il y a toujours des limites et des épreuves répétées sans avoir le temps de souffler naissent des personnalités blessées, des trous collectifs, comme des trous de mémoire. Ces écrivaines, femmes de culture, ont désigné clairement les limites, le trop plein et les vides, car elles ont la conscience de l’espace et du temps, au-delà du leur. Leur rôle dans la société est inestimable, même si écrire n’est pas apparu ces derniers temps comme une activité « essentielle ». Or écrire, c’est faire trace, dévoiler un dessein, transmettre l’expérience, bousculer les appareils mentaux, ceux qui fonctionnent dans l’automatisme et les doctrines pour qu’apparaisse enfin la nécessité de dire ce que l’on fait et de faire ce que l’on dit.

Sylvie Le Clech

membre du PEF


Gisèle, la Tunisienne

Article par Fawzia Zouari – Libération du 31 juillet 2020

Elle est morte à Paris, mais elle est née à Tunis. Il me semble nécessaire de le rappeler. De même qu’il me semble légitime de poser la question : et si Giselle Halimi n’avait vu pas le jour et grandi sur cette terre berbéro-arabo-musulmane, serait-elle devenue le grande avocate, la femme politique et la figure féministe qu’elle est devenue ? Voilà pourquoi, j’ai envie de la rapatrier. Son esprit, au moins, avec les honneurs. Tant il me semble que c’est du limon de notre Tunisie commune que s’est nourrie la future révoltée et son immense soif de liberté et d’universalité.

Elle s’appelait Zeiza Taïeb. C’est son nom véritable – elle ne prendra celui de Gisèle Halimi qu’en 1949. Elle vit exactement le destin de ses compatriotes d’avant le Code du Statut personnel concocté par Bourguiba, c’est-à-dire au sein d’une société traditionnelle et machiste. A l’instar de la majorité de maghrébines de son époque, elle n’est pas la bienvenue dans un monde qui préfère les garçons ; qui fait marcher tête basse « le père de filles » et pousse les mamans à aduler leur progéniture masculine ; astreint la femme au rang de seconde.  Sauf que Zeiza refuse ce statut. Elle ne veut pas servir ses frères (comme c’est le cas toujours chez nous), finir analphabète ou subir un mariage arrangé. Elle a la chance d’avoir un oncle qui milite au sein du parti communiste et lui montre involontairement l’exemple. Elle a fait des études et décortique le contexte politique. La colonisation, le mépris (la fameuse hogra), la torture des moujahidat, les massacres de l’armée française en Algérie, ce sont autant de d’enfances réprimées et de blessures inguérissables. En plus de vivre dans la minorité juive à laquelle elle appartient. Il lui faudra donc lever le poing, se défendre, défendre les plus faibles, vêtir la robe de l’avocat. Voilà. La rebelle est devenue militante. De toutes les indépendances et de toutes les libertés. De toutes les femmes opprimées, violées, ou tout simplement empêchées de décider de leur sort, comme elle a failli l’être du sien. Son enfance tunisienne aura été le limon de tant de « rage » et de « force sauvage » en elle. Mais oui, ce n’est pas en naissant à Paris ou à Stockholm que Zeiza aurait pu devenir Gisèle. Il fallait partir de ce petit pays pour voir à sa mesure le monde ; posséder des racines aussi profondes dans l’ancienne Ifriqia pour ouvrir grand ses fenêtres sur de lointains continents ; transcender en tout, faire tomber tabous et frontières, bannir les privilèges, militer pour l’humain avant tout.

Certes, ces dernières années, même si elle a gardé un lien très fort avec sa patrie d’origine et d’excellents contacts avec ses compatriotes – dont feu le président Qaïd Sebssi avec qui elle était entrée au Barreau de Tunis-, ses interventions publiques étaient rares. De même que si elle a pris position dans des dossiers liés au monde arabo-musulman, telle que l’affaire du Foulard de Creil, ou sa défense des Palestiniens contre les dérives de l’Etat d’Israël, Gisèle Halimi a de plus en plus été perçue au Maghreb comme une voix de l’extérieur et son combat associé  au militantisme français. Ce n’est pas tant de sa faute que celle d’un discours régional qui a préféré garder d’elle l’image de la militante anti-colonialiste et défenseuse des mouvements de libération que celle de la combattante pour le droit à l’avortement ou la parité. Sans compter une insidieuse mentalité locale, ségrégationniste sur les bords, qui sépare les gens en fonction de leur appartenance religieuse et qui commet l’erreur de minimiser l’apport d’une Tunisienne juive par rapport à une Tunisienne  musulmane.

Pour cette raison, justement, il faudrait que Gisèle Halimi regagne « l’arbre historique » des féministes du monde arabe, mais aussi des figures célèbres qui  ont donné à la Tunisie une dimension universelle, de Aroua la Kairouanaise qui, au 8e siècle, a imposé le premier contrat monogame en terre d’islam à Bchira Ben Mard, première militante féministe et présidente de l’Union musulmane des femmes de Tunisie (UMFT), en passant par Fatima al-Fihriyya, fondatrice de l’une des premières universités au monde, la Quarouiyine de Fez, au Maroc, ou Aziza Othmana qui, au 17e siècle, dans le Tunis des deys, affranchissait les esclaves et les prisonniers de guerre.  

La Tunisie qui a beaucoup tergiversé pour rendre hommage à un autre compatriote à l’œuvre universelle, Albert Memmi, – mort en juin dernier-, ne fera pas la même erreur pour Gisèle, je l’espère. Ce, d’autant plus que le pays ne cesse de céder aux sirènes de l’islamisme et d’entériner le recul des mentalités en matières de droits des femmes.  

Fawzia Zouari

https://www.liberation.fr/debats/2020/07/31/gisele-la-tunisienne_1795720

« Je suis marron à l’intérieur » par Suzanne Dracius

Interview réalisée en décembre 2019

https://www.youtube.com/watch?v=Pt9NhSDQgKo

« Je suis marron à l’intérieur ». (Le contraire d’un bounty.)

En moi, quatre continents et demi : Afrique des esclavés, Amérique des Amérindiens, Europe du colon français, Asie en double (Inde & Chine).

« Il n’y a qu’une seule race, l’humanité », dixit Jaurès. Les personnes comme moi en sont la preuve vivante.

Je suis une humaine, « rien d’humain ne m’est étranger », à l’instar de Terentius Afer (Térence l’Africain), esclave affranchi, dans la Rome antique.

Halte à cette inhumaine aberration qu’est le racisme, qui ne saurait par quel pore de ma peau passer !

Suzanne Dracius

Shumona Sinha : Le Testament russe

Dans « Le Testament russe », le cinquième roman de Shumona Sinha, paru en mars 2020 chez Gallimard (Blanche), décrit la fascination d’une jeune Bengalie, Tania, pour un éditeur juif russe des années 1920 qui fut le fondateur des Éditions Raduga.

Pour la journaliste Claire Devarrieux, Un des sujets de ce roman est la manière dont se perpétue l’internationale des lecteurs. 

https://next.liberation.fr/livres/2020/04/24/la-bengalie-de-la-neva_1786360

https://www.thehansindia.com/featured/womenia/indian-born-authors-passion-for-french-627033

 

https://shumonasinha.wixsite.com/millenium

Chroniques du déconfinement – Suzanne Dracius : Nos beaux demains. Quatorzaine et plages en dynamique. Alizés de liberté. Pas de site, pas d’eau, pas de plage. Pas de brasse, pas de chocolater son corps. Apocalyptique mascarade.

Nos beaux demains

« Si ces hiers allaient manger nos beaux demains ?

Si la vieille folie était encore en route ? »

À l’instar de Verlaine, il y a de quoi s’interroger. Et si dans le déconfinement ne revenaient que les choses moches, comme les embouteillages, les queues devant les magasins, les moitiés de visages masqués dont on ne voit pas les sourires… Il faudra que les yeux sourient vraiment pour que l’on décèle les sourires, alors que les choses plaisantes, bienfaisantes et sympathiques seront toujours interdites, suspectes, considérées comme dangereuses… Pas de théâtre, pas de terrasses de bistrots, pas d’agapes au restaurant, pas de cinéma, pas de colloques, pas d’expos, pas de vernissages, pas de forêts, pas de parcs, pas de plages…

Dimanche 10 mai, 55e et dernier jour de confinement

Quatorzaine et plages en dynamique

Le Conseil Constitutionnel a invalidé « la quarantaine obligatoire des personnes venant de l’étranger ou arrivant dans une collectivité d’Outre-mer ».

Autrement dit, permis de contaminer, si aucun test ni aucun suivi n’est pratiqué ni au départ ni à l’arrivée.

Et le refus de rouvrir nos plages « en dynamique », il l’invalide ?

Je suis lasse que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

2è jour de déconfinement, mardi 12 mai 2020

Alizés de liberté

Un vent de liberté souffle sur les plages françaises… Quid des Antilles ? Un vent de liberté mais pas d’alizés de liberté Outre-mer ?

Vraiment pénible, que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

« Donner son corps à un nègre » signifie « libérer un esclave », sous la plume de Pierre Dessalles, colon français de Martinique, au XIXe siècle.

« Donner leur corps » aux nageurs, baigneurs, surfeurs etc., « en mode actif », corps sages sur des plages dynamiques, pour nager, faire des sports nautiques sans regroupements ni pique-niques, serait-ce vraiment trop demander, en Martinique ? Serions-nous indignes de recouvrer cette liberté ? Pourquoi ne pas nous « donner nos corps » ? Serions-nous les « jouets sombres », plus irresponsables que les hexagonaux ?

3è jour de déconfinement, mercredi 13 mai 2020

Pas de site, pas d’eau, pas de plage

Je suis débordée, y compris par d’inhabituelles tâches ménagères en plus de l’écriture, ma femme de ménage ne venant plus : c’est une malheureuse qui habite loin, il n’y a toujours pas de transports en commun, la pauvre n’a pas de voiture et a un enfant en bas âge… La pandémie ne se contente pas d’infecter, elle affecte plus encore les pauvres gens… Je l’ai payée pendant le confinement, sans pouvoir bénéficier de l’aide de l’État, sous prétexte que je ne l’avais pas depuis janvier ; effectivement je venais d’en changer, situation ubuesque : la précédente m’avait quittée pour partir en croisière, – ces maudites croisières qui ont importé cette saleté de coronavirus en Martinique…

Pas de jardinier non plus… Résultat, ma maison est un capharnaüm et mon jardin une jungle. Chance, mon doudou, excellent maître-queux, fait les courses et la cuisine, je me régale, c’est déjà ça.

Quelle période cauchemardesque ! Mon site Internet est kaputt, en travaux… Sur ces entrefaites, j’apprends que les plages de Martinique sont toujours interdites. Il y a eu hier une réunion avec le préfet, qui propose d’autoriser les plages « dynamiques » du lever du soleil à 11 h, mais les maires ont peur de se mouiller. De pusillanimes édiles se sentent responsables pénalement ; pourtant il semble qu’il ait été voté une immunité… Mais pas d’immunité électorale ! On parle d’organiser le deuxième tour des élections pour très bientôt, on s’empresse d’affirmer que le premier tour desdites municipales n’aurait pas accéléré l’épidémie, une étude à l’appui, quoique plusieurs personnes aient été contaminées au coronavirus après avoir tenu des bureaux de vote… Par contre ils vont pleurnicher à cause du tourisme sinistré. On nage dans les incohérences, à défaut de nager dans la mer. Et l’on prétend se soucier de la santé de la population martiniquaise, en allant à l’encontre d’avis médicaux ?

Avec, pour couronner le tout, en plein corona, la coupure d’eau qui dure au moment même où l’on a encore plus besoin de se laver les mains tout le temps, c’est la totale ! Pas de site, pas d’eau, pas de plage ! Chance, il me reste mes bras et j’ai droit au chocolat, mais sans nage possible, j’enrage. Grâce à la l’écriture, je surnage.

Un filet d’eau coule parcimonieusement mais seulement en bas dans la cuisine. Je file faire des réserves d’eau avant de retourner écrire.

5è jour de déconfinement, vendredi 15 mai 2020

Pas de brasse, pas de chocolater son corps

Pas de brasse, pas de chocolater son corps – à l’inverse du sens créole !

Je croise les doigts, en attendant de pouvoir étendre les bras en nageant la brasse.

Je ne vais pas encore nager dans la mer, mais c’est en route, puisque grâce à la Justice nous avons déjà eu raison du couvre-feu, bon sang, en Martinique nous ne sommes pas plus sauvages que dans l’hexagone ! Secundo, « la question de l’accès aux plages et, en particulier, de la navigation nautique et des activités sportives, est examinée ce samedi matin par le tribunal administratif de Martinique, saisi par deux avocates, au nom d’un professionnel du nautisme. A l’origine, Maîtres Alexandra Chalvin et Alizé Apiou contestaient aussi l’arrêté instaurant le couvre-feu. Une requête sans objet puisque déjà tranchée ce vendredi. »

Et l’eau courante est revenue dans la nuit ! Je cours à la douche !

Puisse le problème de mon site se résoudre aussi !

6è jour de déconfinement, samedi 16 mai 2020

Apocalyptique mascarade

Le délibéré sera rendu demain, lundi 18 mai 2020, pour l’accès aux plages de Martinique. Suspense ! Et ensuite, sachons nous montrer dignes de notre environnement, quittes à ce qu’il ne soit qu’une « version absurdement ratée du paradis » avec un clin d’œil à Césaire, au-dessus du masque, et un sourire sous le masque, dans cette apocalyptique mascarade.

Masculin ou féminin, le ou la Covid peut passer par les yeux, altérer goût et odorat, aiguiser la clairvoyance.
D’un regard aigu on perce l’hypocrisie sous les masques, on détecte les perfidies. Se révèlent les mauvais penchants. En confinement sortent au grand jour les jalousies, les mesquineries ; en déconfinement se déchaînent délires et débordements, incivilités, égoïsmes, mauvaises manières et manquements divers.

N’en jetez plus ! Les masques, plus grave que de ne pas en porter, c’est criminel de les jeter partout !

 « Bas les masques » ne signifie pas « à terre les masques » ! Les gants, idem ! Mettre des gants si on veut mais pas dans la nature ! Ni sur les plages ni dans les forêts ni ailleurs !

Dimanche 17 mai 2020, 7e jour de déconfinement

Chronique du confinement – Sylvie Le Clech : Un confinement peut en cacher un autre.

Le soir du 16 mars, elle avait essayé de convertir Gildas à l’écriture introspective, même brève. Elle supposait qu’il y serait sensible et trouverait là matière à compenser leur séparation subie. Ne s’était-il pas plaint la semaine précédant le confinement, quand elle lui avait interdit de venir la voir, qu’il regrettait amèrement ce rendez-vous manqué, qu’elle lui manquait, son corps, «  l’odeur de chaque centimètre carré de sa peau » ?  Chloé savait qu’une autre épreuve les attendait. Il ne serait plus possible de profiter de ces étreintes durant la crise sanitaire. Il leur faudrait inventer, dans une totale incertitude sur l’issue de cette crise, une autre manière d’être ensemble et de jouir de cette relation fusionnelle et intermittente qu’ils avaient nouée depuis 16 ans bientôt.

Le soir même, Chloé lui envoie un sms, écrit court. C’est le mode d’expression qui convient à ce mathématicien romantique et secret, égaré au pays d’un géant du CAC40. Communiquons par courriel, nous nous écrirons faute de nous voir. Elle avait conçu immédiatement le projet de compenser cette proximité physique si rare mais si brûlante et nourrissante, ces longues conversations ponctuées de silences où leurs âmes se reposaient d’être ce qu’elles étaient l’une à l’autre, par une activité qui lui convenait à elle. Cette adaptation l’empêchait de rompre à nouveau le fil fragile qui reliait leurs existences si différentes. Gildas, comme à l’accoutumée, peu disert dès lors qu’il craignait que le SMS fut découvert par l’ « autre », se contenta de répondre « OK » aux deux propositions que lui fit Chloé. Se parler à 18 heures chaque jour, ne serait-ce que quelques minutes, vécues comme la lumière à éclipses d’un phare, hors de toute oreille malvenue, et s’écrire par courriel de petits textes échappatoires du confinement.

Le premier texte de Chloé fut sans surprise un texte angoissé sur l’air du « sur quel chemin nous engageons-nous encore, te reverrai-je, comment tout ceci finira-t-il ? ». Maladresse de l’amoureuse ou, comme le lui avait dit Bertrand son vieil ami, l’ « amante religieuse ». Terrible méprise qui jette à la face de l’autre le désespoir de l’absence brutale et tente misérablement de le retenir dans sa sphère.  L’adversité est pourtant là. Il va bien falloir affronter plusieurs démons, et non les repousser comme Chloé le faisait depuis 16 ans. L’art de la feinte psychologique et de l’évasion par l’écriture ou la parole incantatoire était sa drogue. Elle le savait. Gildas, au début de leur relation, avait été franc et avait timidement répondu à un : « je t’ennuie avec toutes ces questions » un « …un peu. ». Cet aveu avait été proféré les yeux mi-clos, de l’air de l’homme qui, ayant donné et pris plaisir plusieurs fois, est objectivement détendu. Il ne veut pas que l’amante religieuse vienne troubler la somnolence dans laquelle il peut à loisir poursuivre en rêve l’aventure. Il l’aimait comme cela lui avait-il dit, parce qu’elle posait des questions que lui n’osait pas poser, parce qu’elle mettait des mots sur ses maux, par ce que depuis 16 ans lui avait-il dit, « tu as gagné en profondeur », « tu t’es enrichie », par ce que « tu es impertinente ». Mais ça c’était avant le 16 mars. En imposant à Gildas non seulement la pratique de la littérature qu’elle affectionnait  mais en prenant l’initiative nocturne de lui jeter à la figure ces quelques mots, de nouveau elle s’exposait à un silence pesant, désemparé sans doute, mais qui ne faisait qu’accentuer son angoisse.

Ainsi donc démarra le confinement. Gildas, évincé d’une proposition de visite surprise la semaine d’avant, au motif qu’il revenait de voyages incessants entre Paris et le Cluster du corona avait peine à comprendre qu’il pourrait introduire dans le chez soi de Chloé un virus dont elle se passerait bien, elle et ses proches. Passé la déception de ne pouvoir mordre dans la pâtisserie dont il ne se lassait pas, il reprit les habitudes que Chloé lui connaissait. Il ne le fit pas par méchanceté, mais simplement parce que c’était, comme le décrivait Simone de Beauvoir, un « homme de l’organisation ». D’abord, il se mura dans le silence. Ensuite, en réponse au message littéraire de Chloé, lui envoya trois jours après un lien débile vers une vidéo on ne peut plus débile, comme on jette une croquette à un chien affamé et baveux pour éviter qu’il ne vous saute dessus en mettant ses pattes sur votre beau costume d’homme d’affaires. Chloé ne le laissa pas faire. Les crises d’angoisse étaient chez elles courtes, virales, comme un pic, mais sa seconde nature de descendante de paysans individualistes et entreprenants la faisaient réagir différemment. Ce lourdaud, l’esprit embrumé sans doute par les visioconférences imposées par un management cynique, donnant l’impression d’être indispensables à l’économie mondiale, lui répondait par un truc bateau glané sur la novlangue internet. Il ne l’emporterait pas au paradis. Pour qui se prenait-il le mousquetaire, reclus dans son 150 m 2 des beaux quartiers avec une épouse confinée et une fille unique tyrannique, pour répondre à l’ « amante religieuse » de cette façon ? D’un trait de plume électronique, Chloé lui rendit son camouflet d’un ton peu amène : «  ce n’était pas vraiment ce que j’attendais de toi ». Immédiatement, sentant que ça chauffait, il revint à un comportement plus sociable. Sa réponse était enfin conforme à ce qu’elle attendait. Il était lui-même et acceptait de se dévêtir de cet uniforme social qui lui pesait tant. D’ailleurs, il réagissait comme lorsqu’il la rejoignait. Il se déshabillait prestement, non sans avoir préalablement rangé et plié soigneusement chemise de marque, complet à l’élégance discrète et cravate. C’était un homme de méthode, y compris dans l’oubli amoureux.

Qu’on ne se méprenne pas sur cette ironie congénitale de Chloé, son mécanisme de défense naturel contre le cynisme. Elle admirait vraiment comme un signe rare d’authenticité cet esprit de méthode cher au mathématicien. Celui-ci, pour rejoindre un être cher, met tout ce dont il est capable pour réussir et règle le jeu au millimètre près. Pour lui, premier de cordée, c’est le préalable indispensable du plaisir et de la tendresse à venir et à se souvenir. Sa passion pudique était à ce prix. Chloé l’acceptait de manière inconditionnelle. Il lui envoya quelques lignes qu’elle jugea touchantes. C’était bien lui, c’est tout ce qui comptait. Une jeune collaboratrice avait eu un bébé, « un petit rayon de soleil », il prenait en charge des entrepreneurs déboussolés, angoissés à l’idée de voir sombrer leur boîte. Il ne mentait pas, il le faisait, ou du moins essayait de le faire avec l’arrosoir troué que super héros manager,  lui avait confié il y a maintenant 5 ans. Il était épuisé. Il souffrait d’insomnies.

Petit à petit, le confinement s’organisa et Chloé s’évertua à tenir à distance un faux ami bien connu : le virus du doute. Celui-ci niche habituellement dans les âmes inquiètes et s’acoquine avec celui du scrupule. Chloé savait que pour entrer en connexion avec cet oiseau si étrange qu’était Gildas, il fallait à la fois lui dire les choses, en une fois et le laisser revenir à son rythme en gardant le silence sans insister ni revenir à la charge. En effet, en agissant ainsi, ce qui était parfaitement dans son style à elle, elle ne savait faire autrement, Chloé agissait exactement à l’inverse des tendances de fond de Gildas. Et donc, il acceptait. Depuis le départ, ils avaient reconnus qu’ils n’étaient qu’un paradoxe à eux deux, unis mais différents, chacun sur sa planète, chacun dans sa bulle, acceptant de « coincer la bulle » régulièrement l’un dans la bulle de l’autre. Fortes têtes l’un et l’autre. Gildas, ergoteur jusqu’à l’extrême, aurait perdu jusqu’aux plus infimes indices de son calme olympien apparent pour le plaisir d’avoir raison sur une démonstration implacable et d’écraser l’adversaire intellectuel. Son visage de sphinx s’animait et il devenait volubile. Chloé était une conteuse qui parlait avec les mains et les yeux. Elle partait d’une pelote complexe pour la dévider et la rembobiner dans l’ordre et en fiche plein la vue au mathématicien. Deux enfants orgueilleux en somme, en rébellion contre la société et atteints d’un léger complexe de supériorité. Pour ne pas être « le con » de l’autre, chacun prenait garde à toujours introduire une montagne russe dans un parcours désormais si rodé de relation intermittente.  Celle-ci aurait pu devenir comme une conjugalité de traverse au long cours. Ils s’adaptaient mutuellement l’un à l’autre pour ne pas se perdre. Chloé semblait la plus angoissée mais devant son silence imposé, le grand muet sortait de sa réserve et révélait à son tour le fond de son âme inquiète. Il était culpabilisé de devoir lui dire et reconnaître qu’elle lui manquait.

 Les entretiens téléphoniques prirent la forme d’une sinusoïde harmonieuse, les échanges de ces deux hyper actifs tournaient autour de sujets sur lesquels il était tentant pour l’un et l’autre de débattre et de démontrer l’un à l’autre l’acuité du raisonnement. Le sphinx était rassuré, sa luciole ne manquait pas d’activité, « c’est comme ça que je t’aime » avait-il osé.  Ils avaient besoin de cet accord intellectuel profond. Ils n’auraient en aucun cas pu venir aux mots d’amour proférés à voix basse en conclusion de ces quelques minutes volées s’ils n’avaient pas commencé par partager les faits divers de leurs vies de séparés. En fin d’entretien, Gildas faisait, à distance désormais, comme ce qu’il faisait dans la vie d’avant : l’embrasser brusquement pour lui couper la parole quand il avait décidé qu’il fallait passer aux choses sérieuses, celles du corps. Adaptant le scénario aux contraintes, il l’interrompait désormais au moyen de la formule : « j’avais très envie d’entendre ta voix ». Cette précaution oratoire expédiée, il passait au discours amoureux ou aux sous-entendus charnels. La conclusion pouvait prendre une forme de brusquerie, en raison de détails pratiques de type « je vais devoir te laisser, je rentre dans la boulangerie ».

 En fait, Chloé, forte de ce recul imposé par les circonstances, finit par analyser ce que le « confinement » révélait de leur relation. Elle se livra à un inventaire. N’était-elle pas déjà confinée, ne serait-ce que par le schéma d’intermittence des entrevues, des lieux où les rencontres se déroulaient, du tempo qui lui était imposé à elle, qui déteste suivre les tempos imposés, sauf quand il s’agit de danser ? N’éprouvait elle pas déjà à la fin de chaque entrevue, pire, au moment de ces multiples rendez-vous manqués qui l’avait laissée triste et angoissée, la sensation d’avoir le cœur qui rétrécissait, de manquer d’air et de s’étioler telle une plante dont Gildas coupait méthodiquement les branches pour éviter qu’elle ne prenne trop d’ampleur dans sa vie ?

Un jour Caroline son amie, qui avait enchaîné les amants jusqu’à tomber sur le seul divorcé de 60 ans de la petite ville bourbonnaise où elle habitait, lui avait parlé de la fin brutale d’un amour. Si j’ai bien compris avait-elle dit à l’homme du moment, «  je suis comme une poupée, que tu sors du tiroir à chaque fois que tu en éprouves le besoin et que tu remets après usage dans ce même tiroir ? » Elle l’avait laissé là. Elle avait décrit à Chloé qui à l’époque, souhaitait mettre fin à une relation problématique, le visage blême et flaccide de l’homme pris au dépourvu par cette révélation. Le malheureux brusquement comprenait ce que signifiait « se servir de » mais n’avait rien trouvé à répliquer tant la vérité nue n’appelait aucun commentaire.

Chloé se mit donc à grandir. Prendre conscience de cette logique de confinement dans leur relation l’aidait vraiment, tant pour l’instant présent que pour l’avenir. C’était même la seule pensée qu’elle estimait digne d’intérêt pour verser au chapitre de ce qu’elle importerait dans le « monde d’après ». Elle suivait avec un certain agacement cette logorrhée sur les réseaux sociaux, où des gourous experts en management newlook et développement personnel vous expliquent doctement que « plus rien ne sera comme avant », « après ». Par esprit de contradiction, elle pensait que non, ce qu’il importait à ses yeux était déjà de bien comprendre son monde « de maintenant », car ce « maintenant » était bien fugitif et les fulgurances qu’il permettait ne reviendraient jamais. Il se dévoilait des inédits de la pensée et de l’expression dans ces instants d’exception qui se cachent sous les oripeaux de la banalité épuisante. Elle repensait à ce roi qui se fait passer pour un mendiant pour mieux nous révéler à nous-mêmes.

Ce qu’elle comprenait « maintenant » c’est qu’un confinement peut en cacher un autre. Le vrai confinement n’était pas ce qu’ils vivaient en ce moment, éloignés l’un de l’autre mais incapables de ne pas penser l’un à l’autre, éprouvant une joie infinie à se parler de rien, leurs riens, pour finir sur des mots d’enfants amoureux en cachette des parents. Ce confinement était subi, et par tous, cela les déchargeaient d’une forme de culpabilité. Le vrai confinement c’était avant et c’est eux qui l’avaient créé. Ils se plaisaient finalement dans ce confinement d’ « avant », puisqu’ils avaient décidé d’un commun accord de ne pas briser leurs familles respectives. Ils se l’étaient dit explicitement, c’était là le pacte de confiance. C’était leur mode de relation, ni plus ni moins. A quoi bon se demander s’ils iraient brûler dans un enfer perpétuel après leurs morts respectives ? Gildas avait un jour dit sur le ton sentencieux que Chloé lui connaissait, « ma morale, tu l’as bien écornée » propos qu’elle lui remémorait de temps en temps pour lui faire prendre conscience de son attitude de pharisien. Cette rosserie avait pour effet de la soulager, elle le reconnaissait, à la mine penaude de Gildas qui ne trouvait qu’à répondre « mais est ce que je t’ai blessée ? » L’enfer était ce qu’ils vivaient déjà et ils ne voulaient pas le reconnaître, ils en redemandaient ces fous, ces immatures. C’était donc qu’il y avait dans cet enfer confiné de drame à huis clos comme l’essence même de l’amour : sans espoir de construire un univers matériel ou social rassurant, promis à l’angoisse perpétuelle de constater la disparition inopinée de son cher autre, faute de pouvoir prendre des nouvelles, totalement désintéressé, têtu à surmonter le moindre obstacle matériel ou logistique sur la route, orgueilleux donc de la vie et cabochard.

 Un jour le confinement cesserait, un autre pourrait survenir si la pandémie connaissait une seconde vague. Qu’importe ? Si l’un d’entre eux n’était pas emporté par la maladie, ils poursuivraient ce chemin chaotique et hasardeux sans espoir de retour à la case départ ou feraient le bilan sans concession de ce qui ne devrait plus être sous la forme d’avant, un conte moral à la Rhomer. Cette histoire rappelait celle d’une « Passion simple » d’Annie Ernaux, qu’elle avait vue dans un théâtre minuscule et étouffant, comme l’enfermement dans lequel elle se complaisait.

Gildas connaissait cette case départ : c’était le jour où il l’avait abandonnée une première fois, mais où elle avait laissé faire et durer ce silence de plusieurs mois sans chercher à le joindre, par fierté. Il l’avait rappelé, s’était excusé, elle avait mis du temps à revenir mais elle ne lui en voulait pas. Cependant, le virus du doute qu’elle pourrait être une nouvelle fois abandonnée ne la quitterait pas. C’était son « instant t ». Pour Chloé, elle s’était donc conditionnée à revivre cet « instant t ». Chaque entrevue était l’instant « t », qui effaçait tous les autres. Remettre une pièce dans le juke box mais choisir une chanson différente était sa volonté, pour ne pas rester prisonnière. Elle avait multiplié dans cette histoire étrange mais profonde, des « instants t » comme le petit poucet sème des cailloux derrière lui pour retrouver son chemin. Paysanne prévoyante elle était persuadée qu’une femme reste libre, confinement ou pas, quand c’est elle qui décide de raconter l’histoire autrement, après le 11 mai.

Chroniques du confinement – Muriel Augry : Demain sera lueur. Une île. En inconnu.

– I –

Demain sera lueur

Le printemps n’a plus de visage

Les ombres se sont rétrécies

Furtives elles frôlent l’asphalte

Sans mot

Le temps a décidé de s’arrêter 

         Sans préavis

         Aux quatre coins cardinaux

Solennité de l’inaccoutumé

L’heure est à l’attente

Demain sera lueur

Le 28 mars 2020

– II-

Une île

Une île sans badauds ni troubadours

Une île vide de rumeurs, de rameurs

Une île couleur sepia, couleur d’hier, couleur de guerre

Senteurs aseptisées

Odeurs âpres, ivres de rien

Une île sans jour sans heure ni minute

Nuits croisées sur des jours trop longs

Monologues au vent au bout du vent

Vitres sans tain pour existence sans faim

Soupirs des fenêtres aux volets entr’ouverts

Aboiement d’un chien inconscient

Dans l’ornière asséchée

Hululement du vaisseau sirène

Sur l’asphalte complice

Une île au souffle intermittent

A l’œil fébrile

 Un phare balaie le néant sur l’île de ce printemps

Sans nom

               -III-

  En inconnu

Fier comme un drapeau il essaie d’attraper la lune

Ce printemps

A trois doigts du ciel

Nuit de mer légère et croustillante

A l’enveloppe outremer

            Insolente

Au balcon de l’hôtel Capsa l’air est saupoudré de gris

La ville se hausse sur les talons

En bas l’orchestre reste sans mot

L’ouvreuse a déposé son sac sur la rangée sans spectateur

Rideau tiré sur une scène malade

Meubles entassés

Comédien en deuil

La fièvre rôde

Les existences s’enroulent 

    en inconnu

Le 08 mai 2020

Chronique du confinement – Fatoumata Keïta : Saison d’espoir infini


Dans la vie, les épreuves viennent à nous pour nous tester, pour tester notre capacité de nous réinventer afin de continuer à être accueilli par la terre. 

L’anthropologie nous fait comprendre qu’il y a eu avant nous beaucoup d’autres espèces vivantes sur la terre. Certaines, comme les dinosaures ont disparu. Seules celles qui ont prouvé une capacité d’adaptation ont pu continuer à survivre sur terre. Toutes celles qui n’ont pas pu s’adapter aux changements, et Dieu sait qu’elles étaient nombreuses, ont péri. C’est pourquoi les araignées et les cafards, qui ont survécu jusque-là, ont beaucoup de choses à apprendre aux autres espèces vivantes, particulièrement aux humains, pour leur permettre de renforcer éventuellement leur capacité d’adaptation, donc de survie.

Ce qui arrive à l’humanité en ces temps de Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour son avancée si on en tirait les leçons nécessaires.  À chaque fois que l’humanité fut éprouvée et arrêtée dans son élan, après, elle a pu mieux repenser son existence en dépit de la douleur et des pertes. En attestent les guerres et les épidémies qui ont marqué le monde mais qui ont permis de le repenser, de le re-panser en trouvant des remèdes par le biais d’une réorganisation ou de la recherche. Voilà pourquoi il est peut-être nécessaire que l’humanité s’arrête de temps en temps pour se retourner sur le chemin parcouru et capitaliser son expérience en termes d’acquis, de stratégies, de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-enseigner. 

Le Covid-19 peut être un facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si cette maladie arrive à nous rappeler pour de bon que les êtres humains, qu’ils soient noirs, blancs, jaunes ou rouges, partagent une destinée commune face à la vie et face à la mort. Si cette maladie arrivait à nous faire saisir une fois pour toutes qu’il y a nécessité d’agir ensemble pour sauver le monde au risque de périr collectivement du moment où la santé de nos voisins ou leur mal-être peut nous sauver ou nous affecter. 

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si nous arrivons à nous rendre compte que l’opportunité nous est ainsi donnée de tester notre capacité de résilience et d’adaptation aux situations nouvelles, et de reconsidérer en termes de connaissances et de capacité d’invention dans différents domaines de la vie afin de mettre à la disposition d’une humanité confinée les moyens de sa survie. Cette maladie nous donne l’occasion d’explorer nos potentiels comme c’est le cas devant toutes les dures épreuves de la vie. Elles nous donnent la chance de dépasser nos propres limites et de pousser notre imaginaire.

Notre destin d’être humain, c’est de résoudre les problèmes que nous rencontrons quotidiennement sur le chemin de la vie, en nous réinventant et en réinventant de nouvelles stratégies, de nouvelles façons de faire, de penser, d’agir, de nous conduire et de nous réorganiser. 

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité, car cette pandémie nous aurait permis de rassembler tout ce que l’humanité possède en termes de capital de connaissances et de potentiel de résilience. Elle nous aurait poussés à nous surpasser et à réunir nos forces pour une solidarité transfrontière. 

Il était impensable pour certains continents d’imaginer l’ensemble de ses habitants un seul jour à la maison, enfermés, comme des prisonniers. La France, l’Espagne, l’Italie, la Chine, les USA ont vécu cette expérience plus d’un mois maintenant. Ils n’en sont pas morts, ils n’en mourront pas.  Ils s’en sortiront d’ailleurs fortifiés et humbles en vivant autrement désormais, avec de nouvelles habitudes, de nouvelles priorités, un nouvel ordre. Espérons que cela permette qu’on fasse plus attention à l’humain, à l’humanité et à la terre, notre hôtesse. 

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si elle nous permet de nous aimer davantage, de refouler notre égocentrisme en manifestant de la compassion et de la solidarité à l’égard de ceux et celles à qui on a manqué de le faire si souvent. 

Le Covid-19 nous fait aussi avoir une pensée positive à l’égard de tous ceux et de toutes celles qui ont risqué leur vie au Mali pour aller voter et qui manifestent aujourd’hui une révolte dans les rues de Bamako, dans toutes les communes et dans toutes les villes consécutivement aux arrêts de la cour constitutionnelle.  Elle est à comprendre, leur colère, face au détournement de leur vote. Il est à comprendre et à prendre au sérieux, leur ras-le-bol à propos du couvre-feu de 21h qui les empêche de trouver leur pain de survie dans un contexte déjà difficile où, avec la maladie du Covid-19, aucun moyen d’accompagnement n’a été encore mis en place pour assister les familles. Elle est à comprendre, leur rage face aux délestages de l’énergie du Mali, une énergie qui ne s’améliore pas et qui reste inefficace depuis des décennies.

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables si elle peut permettre de revoir nos attitudes et nos habitudes, de repenser un système malsain qui met les médiocres au centre de la vie publique, dans des instances de décision où ils manquent la clairvoyance nécessaire pour conduire efficacement la destinée d’un pays. Les politiques ont montré leurs limites presque dans tous les pays du monde, face aux grands défis que l’humanité connait. Cependant, la présence d’hommes et de femmes lucides, porteurs et porteuses de valeurs d’honnêteté, de loyauté à l’égard du peuple, de paix et de travail demeure indispensable pour le progrès des nations. Car les dirigeants doivent être les premiers à donner l’exemple et à permettre qu’on se réfère à eux. 

Le Covid-19, ce petit virus invisible et terrifiant devant lequel le monde tremble a fait une entrée fracassante dans nos vies. Cependant, sa présence nous permet de partager des moments avec nos conjoints et conjointes et à ouvrir une fenêtre de quiétude pour inviter les enfants afin de leur raconter une histoire. Elle nous permet de visiter les jardins de projets de nos enfants et de pouvoir en discuter avec eux. Elle nous permet d’être davantage câlins avec nos parents que nous portons au fond de nos inquiétudes et de nos peurs depuis l’annonce de cette maladie. 

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si elle arrive à implanter définitivement dans nos vies cette unité tant cherchée et l’habitude de tendre une coupe de tendresse à nos amis, à nos frères et sœurs, en les appelant désormais pour savoir comment ils vont. Et c’est cela le bon changement, celui qui permet de mettre l’être humain au centre des préoccupations, avant tout autre intérêt.  

Préservons nos vies en respectant les gestes barrières, en nous protégeant pour nos enfants et toutes ces personnes que nous avons encore à chérir. Cependant, la dramatisation et l’exagération peuvent avoir aussi pour conséquence la terreur et le traumatisme qui pourraient avoir leur lot de morts. Il est utile pour illustrer cette partie de conter cette histoire qu’on tient d’un humoriste durant le temps de la peste. La peste sortit un matin et dit à un homme qu’il rencontra dans la rue : « je pars de ce pas au pays des humains et je vais y prendre 5000 vies aujourd’hui. Le soir, quand la peste quittait le pays des humains, 50 000 vies avaient été prises. L’homme qu’elle rencontra alors qu’elle sortait le matin pour prendre 5000 vies dans le pays des humains l’apostropha à son retour en ces termes ; « tu avais dit en partant ce matin que tu partais pour prendre 5000 vies mais j’apprends que tu en as pris 50 000. Tu n’as donc pas respecté ta parole. » La peste répliqua alors à l’homme en ces termes : « Moi, pourtant, je n’ai pris que 5000 vies, le reste des 45000 vies qui sont mortes à cause de la peur de me voir si prêt et de la mauvaise gestion de cette peur ».

Donc au lieu d’avoir la phobie de mourir, le pourcentage de mortalité s’étant avéré faible avec le Covid-19, et nous savons tous et toutes que nous ne sommes pas venus pour rester éternellement sur terre, alors ce dont nous devons avoir peur, c’est de vivre sans servir à rien, sans être utile à aucune cause. Ne nous préoccupons donc pas de la mort. Nous sommes venus sur la terre sans que personne ne nous demande notre avis et nous nous en irons, bon gré mal gré, sans que personne n’ait besoin de savoir quand est-ce que nous embarquons. Cependant, nous ne serons appelés que lorsque sonnera notre heure. Au lieu donc de nous préoccuper de notre mort, préoccupons-nous des personnes qui n’ont pas les mêmes capacités de défense immunitaires que nous, et qui peuvent se trouver atteintes par cette maladie, si nous ne nous protégeons pas, ou pas correctement. Préoccupons-nous de ce que nous pouvons faire pour un meilleur devenir de l’humanité, en luttant contre le Covid-19.

L’humanité a traversé bien d’épreuves sans savoir comment elle a trouvé la résilience nécessaire pour survivre face à certaines expériences difficiles.  Cette capacité dépend de notre désir de survie. La vie est toujours belle et c’est pourquoi nous allons continuer à la vivre, même si c’est pour la vivre autrement. Nous ne sommes pas dans des cachots, ni sur les chemins de l ‘exil. Nous ne sommes pas dans les bateaux d’exportation ni même dans les camps de concentration.  Certes les frontières sont fermées sur nous mais dans notre petit monde nous voyons et entendons ce qui se passe chez nos voisins. Nous pleurons avec eux ; nous nous inquiétons pour eux et ils s’inquiètent pour nous. Alors profitons de la vie qui nous est encore laissée et qui est la seule chose indispensable au bonheur. Préservons-la, le meilleur est pour demain.

 L’humanité est passée par bien de déserts plus rudes. 

Rappelons-nous le peuple de Moïse. Il n’y a pas de sécheresses qu’il n’ait pas connues, ni d’arides combats qu’il n’ait faits, ni de maladies qu’il n’ait affrontées. Cependant, il a survécu à toutes les atrocités.

 Rappelons-nous les guerres mondiales, les guerres d’Israël, d’Irak, de Palestine, de la Côte d’Ivoire, du Libéria…

Rappelons-nous le temps de la peste qui a ravagé trente à cinquante millions de vies humaines.  L’humanité a toujours survécu et survivra toujours. Elle en a les moyens et aujourd’hui encore plus qu’hier. Elle en a l’intelligence et le pouvoir. Moi, je ne crois pas en la fin du monde ; je crois en la fin d’un monde donné. Je crois à la fin d’un ordre établi. Je ne crois pas au triomphe d’un complot. Aucun complot ne peut décider de notre survie, car si nous sommes là, sur la terre, c’est que nous devrons y être.
Partirons toujours ceux qui doivent partir, ceux pour qui il est temps de partir, et demeureront ceux qui doivent encore continuer le chemin. 

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si nous refusons de nous laisser abattre, si nous refusons de nous laisser sucer. Et nous ne nous laisserons pas abattre, nous ne nous laisserons plus sucer. Nous demanderons des comptes pour les milliards de CFA qui ont été collectés au nom de la lutte contre cette maladie. L’avenir sera radieux. Continuons à espérer, à chercher les solutions communes, à travers la solidarité collective. Les lendemains seront peut-être difficiles mais le chemin sera mieux fourché et la vie mieux repensée et re-pansée, osons l’espérer. Nous mettrons le Covid-19 au chaos et nous le dirons à nos enfants qui raconteront cet exploit à leurs enfants, nos petits-enfants. Il a fallu le Covid-19 pour que nous fassions le bilan du matériel éducatif développé pour enseigner à nos enfants à distance, de façon virtuelle. Il a fallu le Covid-19 pour que nous nous rendions compte que c’était utile de faire ce que nous avons fait dans le domaine de la formation à distance avec les émissions interactives audios, avec les leçons de calcul à la radio. Cependant, nous nous rendons compte aussi que nous aurions pu mieux faire, que nous aurons pu créer depuis longtemps, comme il avait été décidé, une télévision éducative qui n’aurait eu pour mission que l’éducation et l’enseignement de tout ordre, en cette période de crise sanitaire et sécuritaire. Après le Covid-19, des efforts seront certainement consentis dans le sens de l’enseignement et du travail à distance, afin de prévoir d’autres lendemains incertains. Des voies seront explorées pour mieux relever le défi de l’éducation en dehors des salles de classe, pour mieux faire le travail loin du bureau, afin de mieux outiller le monde en général, le malien en particulier, face au contexte de crise et de risque d’insécurité de toute sorte dans le monde. Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée de l’humanité si les milliards collectés par nos autorités au nom de cette crise sanitaire permettaient de construire des hôpitaux et de préparer des espaces dignes de confinement. L’ensemble du pays ne disposait que d’une cinquantaine de respirateurs, outils indispensables à la prise en charge des cas compliqués de Covid-19. Alors, cette épidémie nous a montré notre état d’impréparation, comme il fut le cas dans beaucoup d’autres pays, pour la prise en charge des cas de maladies compliquées en réanimation.

Ce que nous vivons avec le Covid-19 est venu pour nous éprouver, mais cela peut aussi nous changer et nous faire changer d’angle de vue. Le Mali doit être repenser de façon à guérir les blessures et à ouvrir la fenêtre d’un avenir où les dirigeants se rapprochent du peuple au point de soigner leurs plaies, où les problèmes sont recensés pour y trouver de façon stratégique et pérenne des solutions durables.
Avant que cela ne se passe, travaillons même si c’est à distance de façon à constituer une société civile moins indifférente aux problèmes du peuples, moins négligent du devenir du pays. Inventons de nouvelles façons de nous saluer, de coopérer, de collaborer, de travailler, de nous respecter en nous souciant les uns des autres et en nous souciant du pays.

Lisons le livre de la vie pour y découvrir les miracles du travail bien fait ; écrivons le livre de nos jours pour graver nos expériences, nos peurs mais aussi nos espérances et nos rêves.

Méditons afin de nous apercevoir des merveilles que la vie nous octroie chaque jour et grâce à la seule santé ; rions de nos bêtises mais de nos malices à pouvoir tirer une fleur du mal que nous vivons.

Bricolons un toit pour nos lendemains dans la transparence et dans le souci de l’autre; collectionnons ce qu’il nous faut pour réussir nos projets de demain, regardons ensemble un film en famille pour recentrer nos vies ; déclamons un poème pour y tisser nos rêves, jouons à un instrument pour adoucir nos jours, chantons une symphonie pour agrémenter nos nuits, dansons avec les anges pour égayer les Dieux, faisons un jeu pour tromper le temps et oublier nos rides, réfléchissons à la manière d’inventer des jours meilleurs pour nos enfants, expérimentons de nouvelles choses pour vivre différemment l’avenir, explorons de nouveaux horizons pour rappeler la paix qui nous manque tant ; pensons de nouveaux projets pour construire un futur certain, mais tout cela dans l’engagement et le respect des mesures barrières.

Le Covid-19 peut être facteur de changements favorables pour l’avancée du monde si nous voyions au fait de nous arrêter une opportunité de nous reposer, de prendre du recul pour mieux sauter.

 Nous méritons de nous arrêter, de nous poser un peu, de souffler, car nous avons trop longtemps marché, couru, sué, trop longtemps été essoufflés, épuisés, écrasés et nous sommes si souvent passer à côté de l’essentiel : le bonheur.

Mais, dites-moi IBK, comment pouvons-nous être heureux si nos enfants sont privés de s’instruire et de se construire un avenir merveilleux ? Dites-moi comment et que le Covid-19 ne nous fasse pas oublier nos anciennes plaies qui puent ?

Fatoumata KEÏTA

Le 11 mai 2020

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