Gisèle, la Tunisienne

Article par Fawzia Zouari – Libération du 31 juillet 2020

Elle est morte à Paris, mais elle est née à Tunis. Il me semble nécessaire de le rappeler. De même qu’il me semble légitime de poser la question : et si Giselle Halimi n’avait vu pas le jour et grandi sur cette terre berbéro-arabo-musulmane, serait-elle devenue le grande avocate, la femme politique et la figure féministe qu’elle est devenue ? Voilà pourquoi, j’ai envie de la rapatrier. Son esprit, au moins, avec les honneurs. Tant il me semble que c’est du limon de notre Tunisie commune que s’est nourrie la future révoltée et son immense soif de liberté et d’universalité.

Elle s’appelait Zeiza Taïeb. C’est son nom véritable – elle ne prendra celui de Gisèle Halimi qu’en 1949. Elle vit exactement le destin de ses compatriotes d’avant le Code du Statut personnel concocté par Bourguiba, c’est-à-dire au sein d’une société traditionnelle et machiste. A l’instar de la majorité de maghrébines de son époque, elle n’est pas la bienvenue dans un monde qui préfère les garçons ; qui fait marcher tête basse « le père de filles » et pousse les mamans à aduler leur progéniture masculine ; astreint la femme au rang de seconde.  Sauf que Zeiza refuse ce statut. Elle ne veut pas servir ses frères (comme c’est le cas toujours chez nous), finir analphabète ou subir un mariage arrangé. Elle a la chance d’avoir un oncle qui milite au sein du parti communiste et lui montre involontairement l’exemple. Elle a fait des études et décortique le contexte politique. La colonisation, le mépris (la fameuse hogra), la torture des moujahidat, les massacres de l’armée française en Algérie, ce sont autant de d’enfances réprimées et de blessures inguérissables. En plus de vivre dans la minorité juive à laquelle elle appartient. Il lui faudra donc lever le poing, se défendre, défendre les plus faibles, vêtir la robe de l’avocat. Voilà. La rebelle est devenue militante. De toutes les indépendances et de toutes les libertés. De toutes les femmes opprimées, violées, ou tout simplement empêchées de décider de leur sort, comme elle a failli l’être du sien. Son enfance tunisienne aura été le limon de tant de « rage » et de « force sauvage » en elle. Mais oui, ce n’est pas en naissant à Paris ou à Stockholm que Zeiza aurait pu devenir Gisèle. Il fallait partir de ce petit pays pour voir à sa mesure le monde ; posséder des racines aussi profondes dans l’ancienne Ifriqia pour ouvrir grand ses fenêtres sur de lointains continents ; transcender en tout, faire tomber tabous et frontières, bannir les privilèges, militer pour l’humain avant tout.

Certes, ces dernières années, même si elle a gardé un lien très fort avec sa patrie d’origine et d’excellents contacts avec ses compatriotes – dont feu le président Qaïd Sebssi avec qui elle était entrée au Barreau de Tunis-, ses interventions publiques étaient rares. De même que si elle a pris position dans des dossiers liés au monde arabo-musulman, telle que l’affaire du Foulard de Creil, ou sa défense des Palestiniens contre les dérives de l’Etat d’Israël, Gisèle Halimi a de plus en plus été perçue au Maghreb comme une voix de l’extérieur et son combat associé  au militantisme français. Ce n’est pas tant de sa faute que celle d’un discours régional qui a préféré garder d’elle l’image de la militante anti-colonialiste et défenseuse des mouvements de libération que celle de la combattante pour le droit à l’avortement ou la parité. Sans compter une insidieuse mentalité locale, ségrégationniste sur les bords, qui sépare les gens en fonction de leur appartenance religieuse et qui commet l’erreur de minimiser l’apport d’une Tunisienne juive par rapport à une Tunisienne  musulmane.

Pour cette raison, justement, il faudrait que Gisèle Halimi regagne « l’arbre historique » des féministes du monde arabe, mais aussi des figures célèbres qui  ont donné à la Tunisie une dimension universelle, de Aroua la Kairouanaise qui, au 8e siècle, a imposé le premier contrat monogame en terre d’islam à Bchira Ben Mard, première militante féministe et présidente de l’Union musulmane des femmes de Tunisie (UMFT), en passant par Fatima al-Fihriyya, fondatrice de l’une des premières universités au monde, la Quarouiyine de Fez, au Maroc, ou Aziza Othmana qui, au 17e siècle, dans le Tunis des deys, affranchissait les esclaves et les prisonniers de guerre.  

La Tunisie qui a beaucoup tergiversé pour rendre hommage à un autre compatriote à l’œuvre universelle, Albert Memmi, – mort en juin dernier-, ne fera pas la même erreur pour Gisèle, je l’espère. Ce, d’autant plus que le pays ne cesse de céder aux sirènes de l’islamisme et d’entériner le recul des mentalités en matières de droits des femmes.  

Fawzia Zouari

https://www.liberation.fr/debats/2020/07/31/gisele-la-tunisienne_1795720

Libre

Édito par Alexandra Schwartzbrod

Gisèle Halimi était une résistante. Pour elle, vivre, c’était pousser les murs et se battre, et il y avait tant de causes à soutenir en cette seconde partie du XXe siècle : l’indépendance, la lutte contre le racisme, l’arrêt de la torture et de la peine de mort, et surtout les droits des femmes dont elle a été l’une des plus ardentes défenseuses plusieurs décennies durant. Ses combats ont été ceux de Libération à une époque où les règles établies tombaient, le monde se transformait. Gisèle Halimi était féministe car elle ne supportait pas l’injustice. Pour elle, rien ne justifiait qu’une femme soit victime parce que femme. Un combat viscéral dans lequel elle a mis toute son énergie. Féministe avant même que le terme ne se popularise, c’était une défricheuse. Avec Simone Veil, elle a ouvert la voie à toutes ces femmes qui aujourd’hui manifestent leur colère contre l’impunité persistante de certains hommes ou la fragilisation des droits durement acquis. Sa grande force, c’était son métier d’avocate. C’est ce qui lui a permis de donner de la voix et de se faire entendre, et surtout de rallier bon nombre des plus grands intellectuels de l’époque, mais aussi des politiques ou des artistes. Car c’était une de ses qualités : Gisèle Halimi était ferme sur ses convictions mais ouverte aux autres, à tous les autres. Elle s’était constitué au fil du temps un réseau sur lequel elle pouvait s’appuyer pour faire avancer les causes auxquelles elle tenait. Elle savait de quoi elle parlait, elle connaissait les règles du droit sur le bout des doigts, la loi et rien que la loi, elle était républicaine et en imposait à n’importe quel interlocuteur, du plus modeste au plus puissant. Pour l’écrivaine Geneviève Brisac, «elle nous a transmis cette certitude : chaque combat contre chaque injustice mérite d’être mené. Et doit l’être». La conviction d’une femme libre, qui n’avait peur de rien et ne craignait personne.

Alexandra Schwartzbrod

https://www.liberation.fr/france/2020/07/28/libre_1795493

Asli Erdogan : Membre d’Honneur du Parlement des Écrivaines Francophones

  • Communiqué de presse

Le Parlement des écrivaines francophones, qui s’est réuni pour sa première session à Orléans en septembre 2018, a publié alors son manifeste « Liberté, égalité, féminité » dans le journal Le Monde.

Il s’est donné, entre autres, pour objectifs de :

•         s’exprimer sur ce qui porte atteinte à l’intégrité morale ou physique des écrivaines et des écrivains, et contre les menaces dont elles/ils font l’objet ;

•         défendre la liberté et le droit des hommes et des femmes partout où ils se trouvent attaqués.

L’écrivaine Asli Erdogan est, depuis août 2016, la cible du gouvernement turc. Même en exil, sa liberté continue d’être menacée, alors que l’acquittement prononcé le 14 février 2020 par un tribunal d’Istanbul vient d’être remis en question par un procureur. Elle est l’une des figures majeures de la littérature turque contemporaine, engagée depuis de longues années dans la défense des droits humains.

Le Parlement des écrivaines francophones est solidaire d’Asli Erdogan. Il a donc pris la décision de la nommer membre d’honneur, alors que l’acharnement des autorités turques la poursuit jusque dans son exil.

Le 8 juillet 2020,

Le Parlement des écrivaines francophones

Safiatou Ba – Voix intérieure – Recueil de poèmes

A paraître bientôt aux Editions Figuira, le dernier ouvrage de Safiatou Ba, un recueil de poèmes intitulé « Voix intérieure ».

Avec ce premier recueil, la roman­cière Safiatou BA nous fait découvrir sa passion pour l’écriture.

Je ne cesserai jamais assez de vous remercier, vous qui êtes là à m’aider, m’encourager dans cette passion. Vous êtes tous gravés dans mon cœur car peut-être sans le savoir vous-même, vous avez contribué à votre façon à faire de moi, la petite personne que je suis aujourd’hui. Aucun mot ne peut exprimer ma gratitude. Merci du fond de mon cœur. Safiatou Ba

Extrait du poème de la 4ème de couverture du recueil :

Je suis des mots

Doux et cruels

Mais je suis plus que ces mots

On me défie

On me calomnie

On me méprise

Émotions incontrôlées

Les mots cruels sortiront de moi

En cascade

Par vagues

Ils seront violents

Et cloueront le bec au fortuné

Aux jaloux

Ils leur brûleront la peau

Ils l’auront cherché

« Voix intérieure »

Ce recueil de poèmes est édité par la maison d’édition de l’écrivaine malienne Fatoumata Keita, également membre du Parlement des Ecrivaines Francophones : http://bamada.net/culture-fatoumata-keita-lance-une-maison-dedition-couple-a-la-dedicace-dun-recueil-de-2-tomes

Pour rappel, Safiatou Ba a également contribué à un collectif paru en janvier 2020 aux éditions Cauris, intitulé « Poèmes à un jeune soldat inconnu« .

Dont voici un extrait avec le poème Elan :

Partir…

Tu l’avais décidé           

Cet élan de patriotisme t’appelait

Le choix était tien, mon fils

Tu ne tenais plus sur place

Nous avons prié ensemble pour que cela soit

Dieu nous a répondu

Mon fils à moi, mon bébé à peine né

Te voilà prêt, mon fils

Face au destin, ton destin

Quand vint le moment des aux-revoir

Je n’ai pas eu le courage de t’accompagner

Ce jour-là, tu souriais

Alors que derrière, retentissait le vacarme de tes camarades

Engouffrés dans le camion

Prêts et pressés de partir

Tu m’as dit : « Mère, n’aie pas peur, j’existe enfin !

C’est mon bonheur, donc le tien aussi

Je me battrais aux côtés de mes camarades soldats

Pour défendre la patrie. »

L’Etat et tout le peuple s’étaient déjà dotés des plus belles armes

Celles du dialogue, du consensus

De la cohésion, de la tolérance

De la transparence, du respect

De la détermination, de la volonté

La paix doit prévaloir

Elle est le socle du développement du Mali

L’ennemi restait sourd

 « Il est temps d’agir

En ces jours sombres

Réveillons-nous, camarades soldats, peuple du Mali

Battons-nous pour notre bien commun, le Mali

La patrie, la nation, le pays. »

Mon fils, ces mots étaient tiens !

Ils vibrent encore en moi

Je les fais miens désormais

 Cet élan de patriotisme que tu avais, t’a finalement anéanti

Un jour de saison chaude

Tu es tombé sous les armes de l’ennemi

On sonna à la porte

Le regard  triste de celui venu m’annoncer la nouvelle

Cet oiseau de mauvais augure  

Les larmes offusquèrent sa vue

La peur de la vérité m’envahit

Elle se logea dans ma conscience

Déversant et se propageant dans mon ventre

Comme des boules chaudes et rugueuses

Déployant ses ailes tièdes

Silence mortel !

J’ai compris que tu n’étais plus

A cette nouvelle, ma poitrine s’alourdit

Mes jambes aussi

Le monde m’est apparu à la fois clos et infini

Mes forces m’ont lâchée

Il ne me reste plus rien

Oh désespoir !

Oh vide !

Je me rappelle encore le moment des aux-revoir

Je t’ai tenu blotti au creux de moi

Tiède et vivant

Je sens encore ton souffle

Cette mort cruelle sans pitié

Destin inévitable pour les forts et les faibles

Ah douleur !

Tu ne me quitteras plus

A moi de te ménager

De t’amadouer

De m’accommoder

Toi et tes camarades, tombés sur le champ d’honneur

Vous n’avez pas vécu pour rien

Vous avez peint le sable de votre sang

De votre sueur

De votre soupir

Que chaque goutte de sang versé

Brille sur ta tombe et sur celle de tes camarades !

Que le Mali dont tu rêvais soit !

Il le sera

Amen !

Asli Erdogan à nouveau accusée

L’auteure Asli Erdogan est à nouveau accusée en Turquie de « propagande terroriste » – quatre mois après son acquittement et après l’expiration du délai légal. Le PEN allemand  critique vivement la procédure intentée contre la bénéficiaire de son programme Écrivains-en-Exil. »

https://www.boersenblatt.net/news/literaturszene/asli-erdogan-erneut-angeklagt-109497

Elle a besoin de notre solidarité.

« Je suis marron à l’intérieur » par Suzanne Dracius

Interview réalisée en décembre 2019

https://www.youtube.com/watch?v=Pt9NhSDQgKo

« Je suis marron à l’intérieur ». (Le contraire d’un bounty.)

En moi, quatre continents et demi : Afrique des esclavés, Amérique des Amérindiens, Europe du colon français, Asie en double (Inde & Chine).

« Il n’y a qu’une seule race, l’humanité », dixit Jaurès. Les personnes comme moi en sont la preuve vivante.

Je suis une humaine, « rien d’humain ne m’est étranger », à l’instar de Terentius Afer (Térence l’Africain), esclave affranchi, dans la Rome antique.

Halte à cette inhumaine aberration qu’est le racisme, qui ne saurait par quel pore de ma peau passer !

Suzanne Dracius

Shumona Sinha : Le Testament russe

Dans « Le Testament russe », le cinquième roman de Shumona Sinha, paru en mars 2020 chez Gallimard (Blanche), décrit la fascination d’une jeune Bengalie, Tania, pour un éditeur juif russe des années 1920 qui fut le fondateur des Éditions Raduga.

Pour la journaliste Claire Devarrieux, Un des sujets de ce roman est la manière dont se perpétue l’internationale des lecteurs. 

https://next.liberation.fr/livres/2020/04/24/la-bengalie-de-la-neva_1786360

https://www.thehansindia.com/featured/womenia/indian-born-authors-passion-for-french-627033

 

https://shumonasinha.wixsite.com/millenium

RÉSISTER, ANTHOLOGIE DE POÉSIE LATINO-AMÉRICAINE, 2020

LE PEN CLUB FRANÇAIS  et  LE PEN COLOMBIE

Vous invitent à la visio-conférence

RÉSISTER, ANTHOLOGIE DE POÉSIE LATINO-AMÉRICAINE, 2020

– chapitre PEN COLOMBIE –

Animée par

ROCÍO DURÁN-BARBA

Mercredi 17 juin 2020

(Zoom : 11H COLOMBIE, 18H FRANCE)

Avec la participation de :

Emmanuel Pierrat, Président du PEN FRANCE

Carlos Vásquez, Président du PEN COLOMBIE

Bernard Fournier, auteur de la préface dédiée à la Colombie

Alix Parodi, traductrice de ce chapitre au français 

El les poètes colombiens :

Rodrigo Argüello, Édgar Bastidas Urresty, Lidia Corcione Crescini, 

Renata Durán, Rubén Darío Flórez Arcila, María Clara Ospina, Philip Potdevin, Clara Schoenborn, Carlos Vásquez-Zawadzki, Bella Clara Ventura.

VOICI LE LINK ZOOM:

Tema: Reunión Zoom PEN COLOMBIA

Hora: 17 jun 2020 05:30 PM París

SÉANCE 18H PARIS

Unirse a la reunión Zoom

https://us02web.zoom.us/j/82054911893

Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Les Editions Amalthée, Capital et Charité, Les revers de l’amour, Emma ou la rage de vivre, Chemins de vie, chemins d’amour vous annoncent la parution le 10 Juin 2020 de l’ouvrage de Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Un livre illustré en français et en anglais, poésie jeunesse, Editions Amalthée, Distribution Hachette

Le soleil et la mer est positionné dans la collection Les p’tits explorateurs, collection de 6 à 12 ans, catalogue Jeunesse. Il s’agit d’une Poésie jeunesse présentée en français et en anglais, livre illustré.

Résumé :

Trois jeunes enfants ne comprennent pas comment les adultes ne prennent pas toujours le temps d’admirer la nature. Ils aiment la poésie et voudraient absolument partager leurs impressions sur le soleil et la mer avec d’autres. Ils sont persuadés que la vie serait plus heureuse si l’on s’attardait un peu sur la poésie des choses. Pour eux, il y a de la poésie en toute chose. La mer, le soleil, les enfants. Chacun a son rôle à jouer ! Redécouvrons notre environnement avec des yeux d’enfants et laissons place à l’émerveillement. Le mouvement des vagues, la chaleur du soleil, la fraîcheur de l’eau, les couleurs du coucher de soleil, c’est un véritable spectacle naturel qui s’offre à nous et que nous pouvons voir ! Alors, pourquoi les adultes l’oublient parfois ?

Un recueil de poésie illustré et didactique pour sensibiliser les petits comme les grands à la protection de l’environnement.

Euphrasie CALMONT : 1er Prix du « Grand Prix Poétique du Kaïlcédrat Royal » 2015, Aimé Césaire Le Visionnaire

http://aimecesairecelebrations2013.eklablog.com/remise-du-grand-prix-du-kailcedrat-royal-a-euphrasie-calmont-aux-champ-a119685040

http://www.fxgpariscaraibe.com/article-salon-du-livre-116486613.html

https://www.facebook.com/pages/Euphrasie-Calmont/220513513935

www.euphrasium.fr

Chroniques du déconfinement – Suzanne Dracius : Nos beaux demains. Quatorzaine et plages en dynamique. Alizés de liberté. Pas de site, pas d’eau, pas de plage. Pas de brasse, pas de chocolater son corps. Apocalyptique mascarade.

Nos beaux demains

« Si ces hiers allaient manger nos beaux demains ?

Si la vieille folie était encore en route ? »

À l’instar de Verlaine, il y a de quoi s’interroger. Et si dans le déconfinement ne revenaient que les choses moches, comme les embouteillages, les queues devant les magasins, les moitiés de visages masqués dont on ne voit pas les sourires… Il faudra que les yeux sourient vraiment pour que l’on décèle les sourires, alors que les choses plaisantes, bienfaisantes et sympathiques seront toujours interdites, suspectes, considérées comme dangereuses… Pas de théâtre, pas de terrasses de bistrots, pas d’agapes au restaurant, pas de cinéma, pas de colloques, pas d’expos, pas de vernissages, pas de forêts, pas de parcs, pas de plages…

Dimanche 10 mai, 55e et dernier jour de confinement

Quatorzaine et plages en dynamique

Le Conseil Constitutionnel a invalidé « la quarantaine obligatoire des personnes venant de l’étranger ou arrivant dans une collectivité d’Outre-mer ».

Autrement dit, permis de contaminer, si aucun test ni aucun suivi n’est pratiqué ni au départ ni à l’arrivée.

Et le refus de rouvrir nos plages « en dynamique », il l’invalide ?

Je suis lasse que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

2è jour de déconfinement, mardi 12 mai 2020

Alizés de liberté

Un vent de liberté souffle sur les plages françaises… Quid des Antilles ? Un vent de liberté mais pas d’alizés de liberté Outre-mer ?

Vraiment pénible, que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

« Donner son corps à un nègre » signifie « libérer un esclave », sous la plume de Pierre Dessalles, colon français de Martinique, au XIXe siècle.

« Donner leur corps » aux nageurs, baigneurs, surfeurs etc., « en mode actif », corps sages sur des plages dynamiques, pour nager, faire des sports nautiques sans regroupements ni pique-niques, serait-ce vraiment trop demander, en Martinique ? Serions-nous indignes de recouvrer cette liberté ? Pourquoi ne pas nous « donner nos corps » ? Serions-nous les « jouets sombres », plus irresponsables que les hexagonaux ?

3è jour de déconfinement, mercredi 13 mai 2020

Pas de site, pas d’eau, pas de plage

Je suis débordée, y compris par d’inhabituelles tâches ménagères en plus de l’écriture, ma femme de ménage ne venant plus : c’est une malheureuse qui habite loin, il n’y a toujours pas de transports en commun, la pauvre n’a pas de voiture et a un enfant en bas âge… La pandémie ne se contente pas d’infecter, elle affecte plus encore les pauvres gens… Je l’ai payée pendant le confinement, sans pouvoir bénéficier de l’aide de l’État, sous prétexte que je ne l’avais pas depuis janvier ; effectivement je venais d’en changer, situation ubuesque : la précédente m’avait quittée pour partir en croisière, – ces maudites croisières qui ont importé cette saleté de coronavirus en Martinique…

Pas de jardinier non plus… Résultat, ma maison est un capharnaüm et mon jardin une jungle. Chance, mon doudou, excellent maître-queux, fait les courses et la cuisine, je me régale, c’est déjà ça.

Quelle période cauchemardesque ! Mon site Internet est kaputt, en travaux… Sur ces entrefaites, j’apprends que les plages de Martinique sont toujours interdites. Il y a eu hier une réunion avec le préfet, qui propose d’autoriser les plages « dynamiques » du lever du soleil à 11 h, mais les maires ont peur de se mouiller. De pusillanimes édiles se sentent responsables pénalement ; pourtant il semble qu’il ait été voté une immunité… Mais pas d’immunité électorale ! On parle d’organiser le deuxième tour des élections pour très bientôt, on s’empresse d’affirmer que le premier tour desdites municipales n’aurait pas accéléré l’épidémie, une étude à l’appui, quoique plusieurs personnes aient été contaminées au coronavirus après avoir tenu des bureaux de vote… Par contre ils vont pleurnicher à cause du tourisme sinistré. On nage dans les incohérences, à défaut de nager dans la mer. Et l’on prétend se soucier de la santé de la population martiniquaise, en allant à l’encontre d’avis médicaux ?

Avec, pour couronner le tout, en plein corona, la coupure d’eau qui dure au moment même où l’on a encore plus besoin de se laver les mains tout le temps, c’est la totale ! Pas de site, pas d’eau, pas de plage ! Chance, il me reste mes bras et j’ai droit au chocolat, mais sans nage possible, j’enrage. Grâce à la l’écriture, je surnage.

Un filet d’eau coule parcimonieusement mais seulement en bas dans la cuisine. Je file faire des réserves d’eau avant de retourner écrire.

5è jour de déconfinement, vendredi 15 mai 2020

Pas de brasse, pas de chocolater son corps

Pas de brasse, pas de chocolater son corps – à l’inverse du sens créole !

Je croise les doigts, en attendant de pouvoir étendre les bras en nageant la brasse.

Je ne vais pas encore nager dans la mer, mais c’est en route, puisque grâce à la Justice nous avons déjà eu raison du couvre-feu, bon sang, en Martinique nous ne sommes pas plus sauvages que dans l’hexagone ! Secundo, « la question de l’accès aux plages et, en particulier, de la navigation nautique et des activités sportives, est examinée ce samedi matin par le tribunal administratif de Martinique, saisi par deux avocates, au nom d’un professionnel du nautisme. A l’origine, Maîtres Alexandra Chalvin et Alizé Apiou contestaient aussi l’arrêté instaurant le couvre-feu. Une requête sans objet puisque déjà tranchée ce vendredi. »

Et l’eau courante est revenue dans la nuit ! Je cours à la douche !

Puisse le problème de mon site se résoudre aussi !

6è jour de déconfinement, samedi 16 mai 2020

Apocalyptique mascarade

Le délibéré sera rendu demain, lundi 18 mai 2020, pour l’accès aux plages de Martinique. Suspense ! Et ensuite, sachons nous montrer dignes de notre environnement, quittes à ce qu’il ne soit qu’une « version absurdement ratée du paradis » avec un clin d’œil à Césaire, au-dessus du masque, et un sourire sous le masque, dans cette apocalyptique mascarade.

Masculin ou féminin, le ou la Covid peut passer par les yeux, altérer goût et odorat, aiguiser la clairvoyance.
D’un regard aigu on perce l’hypocrisie sous les masques, on détecte les perfidies. Se révèlent les mauvais penchants. En confinement sortent au grand jour les jalousies, les mesquineries ; en déconfinement se déchaînent délires et débordements, incivilités, égoïsmes, mauvaises manières et manquements divers.

N’en jetez plus ! Les masques, plus grave que de ne pas en porter, c’est criminel de les jeter partout !

 « Bas les masques » ne signifie pas « à terre les masques » ! Les gants, idem ! Mettre des gants si on veut mais pas dans la nature ! Ni sur les plages ni dans les forêts ni ailleurs !

Dimanche 17 mai 2020, 7e jour de déconfinement

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