Libre

Édito par Alexandra Schwartzbrod

Gisèle Halimi était une résistante. Pour elle, vivre, c’était pousser les murs et se battre, et il y avait tant de causes à soutenir en cette seconde partie du XXe siècle : l’indépendance, la lutte contre le racisme, l’arrêt de la torture et de la peine de mort, et surtout les droits des femmes dont elle a été l’une des plus ardentes défenseuses plusieurs décennies durant. Ses combats ont été ceux de Libération à une époque où les règles établies tombaient, le monde se transformait. Gisèle Halimi était féministe car elle ne supportait pas l’injustice. Pour elle, rien ne justifiait qu’une femme soit victime parce que femme. Un combat viscéral dans lequel elle a mis toute son énergie. Féministe avant même que le terme ne se popularise, c’était une défricheuse. Avec Simone Veil, elle a ouvert la voie à toutes ces femmes qui aujourd’hui manifestent leur colère contre l’impunité persistante de certains hommes ou la fragilisation des droits durement acquis. Sa grande force, c’était son métier d’avocate. C’est ce qui lui a permis de donner de la voix et de se faire entendre, et surtout de rallier bon nombre des plus grands intellectuels de l’époque, mais aussi des politiques ou des artistes. Car c’était une de ses qualités : Gisèle Halimi était ferme sur ses convictions mais ouverte aux autres, à tous les autres. Elle s’était constitué au fil du temps un réseau sur lequel elle pouvait s’appuyer pour faire avancer les causes auxquelles elle tenait. Elle savait de quoi elle parlait, elle connaissait les règles du droit sur le bout des doigts, la loi et rien que la loi, elle était républicaine et en imposait à n’importe quel interlocuteur, du plus modeste au plus puissant. Pour l’écrivaine Geneviève Brisac, «elle nous a transmis cette certitude : chaque combat contre chaque injustice mérite d’être mené. Et doit l’être». La conviction d’une femme libre, qui n’avait peur de rien et ne craignait personne.

Alexandra Schwartzbrod

https://www.liberation.fr/france/2020/07/28/libre_1795493

Asli Erdogan : Membre d’Honneur du Parlement des Écrivaines Francophones

  • Communiqué de presse

Le Parlement des écrivaines francophones, qui s’est réuni pour sa première session à Orléans en septembre 2018, a publié alors son manifeste « Liberté, égalité, féminité » dans le journal Le Monde.

Il s’est donné, entre autres, pour objectifs de :

•         s’exprimer sur ce qui porte atteinte à l’intégrité morale ou physique des écrivaines et des écrivains, et contre les menaces dont elles/ils font l’objet ;

•         défendre la liberté et le droit des hommes et des femmes partout où ils se trouvent attaqués.

L’écrivaine Asli Erdogan est, depuis août 2016, la cible du gouvernement turc. Même en exil, sa liberté continue d’être menacée, alors que l’acquittement prononcé le 14 février 2020 par un tribunal d’Istanbul vient d’être remis en question par un procureur. Elle est l’une des figures majeures de la littérature turque contemporaine, engagée depuis de longues années dans la défense des droits humains.

Le Parlement des écrivaines francophones est solidaire d’Asli Erdogan. Il a donc pris la décision de la nommer membre d’honneur, alors que l’acharnement des autorités turques la poursuit jusque dans son exil.

Le 8 juillet 2020,

Le Parlement des écrivaines francophones

Safiatou Ba – Voix intérieure – Recueil de poèmes

A paraître bientôt aux Editions Figuira, le dernier ouvrage de Safiatou Ba, un recueil de poèmes intitulé « Voix intérieure ».

Avec ce premier recueil, la roman­cière Safiatou BA nous fait découvrir sa passion pour l’écriture.

Je ne cesserai jamais assez de vous remercier, vous qui êtes là à m’aider, m’encourager dans cette passion. Vous êtes tous gravés dans mon cœur car peut-être sans le savoir vous-même, vous avez contribué à votre façon à faire de moi, la petite personne que je suis aujourd’hui. Aucun mot ne peut exprimer ma gratitude. Merci du fond de mon cœur. Safiatou Ba

Extrait du poème de la 4ème de couverture du recueil :

Je suis des mots

Doux et cruels

Mais je suis plus que ces mots

On me défie

On me calomnie

On me méprise

Émotions incontrôlées

Les mots cruels sortiront de moi

En cascade

Par vagues

Ils seront violents

Et cloueront le bec au fortuné

Aux jaloux

Ils leur brûleront la peau

Ils l’auront cherché

« Voix intérieure »

Ce recueil de poèmes est édité par la maison d’édition de l’écrivaine malienne Fatoumata Keita, également membre du Parlement des Ecrivaines Francophones : http://bamada.net/culture-fatoumata-keita-lance-une-maison-dedition-couple-a-la-dedicace-dun-recueil-de-2-tomes

Pour rappel, Safiatou Ba a également contribué à un collectif paru en janvier 2020 aux éditions Cauris, intitulé « Poèmes à un jeune soldat inconnu« .

Dont voici un extrait avec le poème Elan :

Partir…

Tu l’avais décidé           

Cet élan de patriotisme t’appelait

Le choix était tien, mon fils

Tu ne tenais plus sur place

Nous avons prié ensemble pour que cela soit

Dieu nous a répondu

Mon fils à moi, mon bébé à peine né

Te voilà prêt, mon fils

Face au destin, ton destin

Quand vint le moment des aux-revoir

Je n’ai pas eu le courage de t’accompagner

Ce jour-là, tu souriais

Alors que derrière, retentissait le vacarme de tes camarades

Engouffrés dans le camion

Prêts et pressés de partir

Tu m’as dit : « Mère, n’aie pas peur, j’existe enfin !

C’est mon bonheur, donc le tien aussi

Je me battrais aux côtés de mes camarades soldats

Pour défendre la patrie. »

L’Etat et tout le peuple s’étaient déjà dotés des plus belles armes

Celles du dialogue, du consensus

De la cohésion, de la tolérance

De la transparence, du respect

De la détermination, de la volonté

La paix doit prévaloir

Elle est le socle du développement du Mali

L’ennemi restait sourd

 « Il est temps d’agir

En ces jours sombres

Réveillons-nous, camarades soldats, peuple du Mali

Battons-nous pour notre bien commun, le Mali

La patrie, la nation, le pays. »

Mon fils, ces mots étaient tiens !

Ils vibrent encore en moi

Je les fais miens désormais

 Cet élan de patriotisme que tu avais, t’a finalement anéanti

Un jour de saison chaude

Tu es tombé sous les armes de l’ennemi

On sonna à la porte

Le regard  triste de celui venu m’annoncer la nouvelle

Cet oiseau de mauvais augure  

Les larmes offusquèrent sa vue

La peur de la vérité m’envahit

Elle se logea dans ma conscience

Déversant et se propageant dans mon ventre

Comme des boules chaudes et rugueuses

Déployant ses ailes tièdes

Silence mortel !

J’ai compris que tu n’étais plus

A cette nouvelle, ma poitrine s’alourdit

Mes jambes aussi

Le monde m’est apparu à la fois clos et infini

Mes forces m’ont lâchée

Il ne me reste plus rien

Oh désespoir !

Oh vide !

Je me rappelle encore le moment des aux-revoir

Je t’ai tenu blotti au creux de moi

Tiède et vivant

Je sens encore ton souffle

Cette mort cruelle sans pitié

Destin inévitable pour les forts et les faibles

Ah douleur !

Tu ne me quitteras plus

A moi de te ménager

De t’amadouer

De m’accommoder

Toi et tes camarades, tombés sur le champ d’honneur

Vous n’avez pas vécu pour rien

Vous avez peint le sable de votre sang

De votre sueur

De votre soupir

Que chaque goutte de sang versé

Brille sur ta tombe et sur celle de tes camarades !

Que le Mali dont tu rêvais soit !

Il le sera

Amen !

Asli Erdogan à nouveau accusée

L’auteure Asli Erdogan est à nouveau accusée en Turquie de « propagande terroriste » – quatre mois après son acquittement et après l’expiration du délai légal. Le PEN allemand  critique vivement la procédure intentée contre la bénéficiaire de son programme Écrivains-en-Exil. »

https://www.boersenblatt.net/news/literaturszene/asli-erdogan-erneut-angeklagt-109497

Elle a besoin de notre solidarité.

« Je suis marron à l’intérieur » par Suzanne Dracius

Interview réalisée en décembre 2019

https://www.youtube.com/watch?v=Pt9NhSDQgKo

« Je suis marron à l’intérieur ». (Le contraire d’un bounty.)

En moi, quatre continents et demi : Afrique des esclavés, Amérique des Amérindiens, Europe du colon français, Asie en double (Inde & Chine).

« Il n’y a qu’une seule race, l’humanité », dixit Jaurès. Les personnes comme moi en sont la preuve vivante.

Je suis une humaine, « rien d’humain ne m’est étranger », à l’instar de Terentius Afer (Térence l’Africain), esclave affranchi, dans la Rome antique.

Halte à cette inhumaine aberration qu’est le racisme, qui ne saurait par quel pore de ma peau passer !

Suzanne Dracius

Shumona Sinha : Le Testament russe

Dans « Le Testament russe », le cinquième roman de Shumona Sinha, paru en mars 2020 chez Gallimard (Blanche), décrit la fascination d’une jeune Bengalie, Tania, pour un éditeur juif russe des années 1920 qui fut le fondateur des Éditions Raduga.

Pour la journaliste Claire Devarrieux, Un des sujets de ce roman est la manière dont se perpétue l’internationale des lecteurs. 

https://next.liberation.fr/livres/2020/04/24/la-bengalie-de-la-neva_1786360

https://www.thehansindia.com/featured/womenia/indian-born-authors-passion-for-french-627033

 

https://shumonasinha.wixsite.com/millenium

RÉSISTER, ANTHOLOGIE DE POÉSIE LATINO-AMÉRICAINE, 2020

LE PEN CLUB FRANÇAIS  et  LE PEN COLOMBIE

Vous invitent à la visio-conférence

RÉSISTER, ANTHOLOGIE DE POÉSIE LATINO-AMÉRICAINE, 2020

– chapitre PEN COLOMBIE –

Animée par

ROCÍO DURÁN-BARBA

Mercredi 17 juin 2020

(Zoom : 11H COLOMBIE, 18H FRANCE)

Avec la participation de :

Emmanuel Pierrat, Président du PEN FRANCE

Carlos Vásquez, Président du PEN COLOMBIE

Bernard Fournier, auteur de la préface dédiée à la Colombie

Alix Parodi, traductrice de ce chapitre au français 

El les poètes colombiens :

Rodrigo Argüello, Édgar Bastidas Urresty, Lidia Corcione Crescini, 

Renata Durán, Rubén Darío Flórez Arcila, María Clara Ospina, Philip Potdevin, Clara Schoenborn, Carlos Vásquez-Zawadzki, Bella Clara Ventura.

VOICI LE LINK ZOOM:

Tema: Reunión Zoom PEN COLOMBIA

Hora: 17 jun 2020 05:30 PM París

SÉANCE 18H PARIS

Unirse a la reunión Zoom

https://us02web.zoom.us/j/82054911893

Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Les Editions Amalthée, Capital et Charité, Les revers de l’amour, Emma ou la rage de vivre, Chemins de vie, chemins d’amour vous annoncent la parution le 10 Juin 2020 de l’ouvrage de Euphrasie CALMONT : LE SOLEIL ET LA MER

Un livre illustré en français et en anglais, poésie jeunesse, Editions Amalthée, Distribution Hachette

Le soleil et la mer est positionné dans la collection Les p’tits explorateurs, collection de 6 à 12 ans, catalogue Jeunesse. Il s’agit d’une Poésie jeunesse présentée en français et en anglais, livre illustré.

Résumé :

Trois jeunes enfants ne comprennent pas comment les adultes ne prennent pas toujours le temps d’admirer la nature. Ils aiment la poésie et voudraient absolument partager leurs impressions sur le soleil et la mer avec d’autres. Ils sont persuadés que la vie serait plus heureuse si l’on s’attardait un peu sur la poésie des choses. Pour eux, il y a de la poésie en toute chose. La mer, le soleil, les enfants. Chacun a son rôle à jouer ! Redécouvrons notre environnement avec des yeux d’enfants et laissons place à l’émerveillement. Le mouvement des vagues, la chaleur du soleil, la fraîcheur de l’eau, les couleurs du coucher de soleil, c’est un véritable spectacle naturel qui s’offre à nous et que nous pouvons voir ! Alors, pourquoi les adultes l’oublient parfois ?

Un recueil de poésie illustré et didactique pour sensibiliser les petits comme les grands à la protection de l’environnement.

Euphrasie CALMONT : 1er Prix du « Grand Prix Poétique du Kaïlcédrat Royal » 2015, Aimé Césaire Le Visionnaire

http://aimecesairecelebrations2013.eklablog.com/remise-du-grand-prix-du-kailcedrat-royal-a-euphrasie-calmont-aux-champ-a119685040

http://www.fxgpariscaraibe.com/article-salon-du-livre-116486613.html

https://www.facebook.com/pages/Euphrasie-Calmont/220513513935

www.euphrasium.fr

Chroniques du déconfinement – Suzanne Dracius : Nos beaux demains. Quatorzaine et plages en dynamique. Alizés de liberté. Pas de site, pas d’eau, pas de plage. Pas de brasse, pas de chocolater son corps. Apocalyptique mascarade.

Nos beaux demains

« Si ces hiers allaient manger nos beaux demains ?

Si la vieille folie était encore en route ? »

À l’instar de Verlaine, il y a de quoi s’interroger. Et si dans le déconfinement ne revenaient que les choses moches, comme les embouteillages, les queues devant les magasins, les moitiés de visages masqués dont on ne voit pas les sourires… Il faudra que les yeux sourient vraiment pour que l’on décèle les sourires, alors que les choses plaisantes, bienfaisantes et sympathiques seront toujours interdites, suspectes, considérées comme dangereuses… Pas de théâtre, pas de terrasses de bistrots, pas d’agapes au restaurant, pas de cinéma, pas de colloques, pas d’expos, pas de vernissages, pas de forêts, pas de parcs, pas de plages…

Dimanche 10 mai, 55e et dernier jour de confinement

Quatorzaine et plages en dynamique

Le Conseil Constitutionnel a invalidé « la quarantaine obligatoire des personnes venant de l’étranger ou arrivant dans une collectivité d’Outre-mer ».

Autrement dit, permis de contaminer, si aucun test ni aucun suivi n’est pratiqué ni au départ ni à l’arrivée.

Et le refus de rouvrir nos plages « en dynamique », il l’invalide ?

Je suis lasse que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

2è jour de déconfinement, mardi 12 mai 2020

Alizés de liberté

Un vent de liberté souffle sur les plages françaises… Quid des Antilles ? Un vent de liberté mais pas d’alizés de liberté Outre-mer ?

Vraiment pénible, que nos différences ultramarines ne soient jamais prises en compte qu’en notre défaveur.

« Donner son corps à un nègre » signifie « libérer un esclave », sous la plume de Pierre Dessalles, colon français de Martinique, au XIXe siècle.

« Donner leur corps » aux nageurs, baigneurs, surfeurs etc., « en mode actif », corps sages sur des plages dynamiques, pour nager, faire des sports nautiques sans regroupements ni pique-niques, serait-ce vraiment trop demander, en Martinique ? Serions-nous indignes de recouvrer cette liberté ? Pourquoi ne pas nous « donner nos corps » ? Serions-nous les « jouets sombres », plus irresponsables que les hexagonaux ?

3è jour de déconfinement, mercredi 13 mai 2020

Pas de site, pas d’eau, pas de plage

Je suis débordée, y compris par d’inhabituelles tâches ménagères en plus de l’écriture, ma femme de ménage ne venant plus : c’est une malheureuse qui habite loin, il n’y a toujours pas de transports en commun, la pauvre n’a pas de voiture et a un enfant en bas âge… La pandémie ne se contente pas d’infecter, elle affecte plus encore les pauvres gens… Je l’ai payée pendant le confinement, sans pouvoir bénéficier de l’aide de l’État, sous prétexte que je ne l’avais pas depuis janvier ; effectivement je venais d’en changer, situation ubuesque : la précédente m’avait quittée pour partir en croisière, – ces maudites croisières qui ont importé cette saleté de coronavirus en Martinique…

Pas de jardinier non plus… Résultat, ma maison est un capharnaüm et mon jardin une jungle. Chance, mon doudou, excellent maître-queux, fait les courses et la cuisine, je me régale, c’est déjà ça.

Quelle période cauchemardesque ! Mon site Internet est kaputt, en travaux… Sur ces entrefaites, j’apprends que les plages de Martinique sont toujours interdites. Il y a eu hier une réunion avec le préfet, qui propose d’autoriser les plages « dynamiques » du lever du soleil à 11 h, mais les maires ont peur de se mouiller. De pusillanimes édiles se sentent responsables pénalement ; pourtant il semble qu’il ait été voté une immunité… Mais pas d’immunité électorale ! On parle d’organiser le deuxième tour des élections pour très bientôt, on s’empresse d’affirmer que le premier tour desdites municipales n’aurait pas accéléré l’épidémie, une étude à l’appui, quoique plusieurs personnes aient été contaminées au coronavirus après avoir tenu des bureaux de vote… Par contre ils vont pleurnicher à cause du tourisme sinistré. On nage dans les incohérences, à défaut de nager dans la mer. Et l’on prétend se soucier de la santé de la population martiniquaise, en allant à l’encontre d’avis médicaux ?

Avec, pour couronner le tout, en plein corona, la coupure d’eau qui dure au moment même où l’on a encore plus besoin de se laver les mains tout le temps, c’est la totale ! Pas de site, pas d’eau, pas de plage ! Chance, il me reste mes bras et j’ai droit au chocolat, mais sans nage possible, j’enrage. Grâce à la l’écriture, je surnage.

Un filet d’eau coule parcimonieusement mais seulement en bas dans la cuisine. Je file faire des réserves d’eau avant de retourner écrire.

5è jour de déconfinement, vendredi 15 mai 2020

Pas de brasse, pas de chocolater son corps

Pas de brasse, pas de chocolater son corps – à l’inverse du sens créole !

Je croise les doigts, en attendant de pouvoir étendre les bras en nageant la brasse.

Je ne vais pas encore nager dans la mer, mais c’est en route, puisque grâce à la Justice nous avons déjà eu raison du couvre-feu, bon sang, en Martinique nous ne sommes pas plus sauvages que dans l’hexagone ! Secundo, « la question de l’accès aux plages et, en particulier, de la navigation nautique et des activités sportives, est examinée ce samedi matin par le tribunal administratif de Martinique, saisi par deux avocates, au nom d’un professionnel du nautisme. A l’origine, Maîtres Alexandra Chalvin et Alizé Apiou contestaient aussi l’arrêté instaurant le couvre-feu. Une requête sans objet puisque déjà tranchée ce vendredi. »

Et l’eau courante est revenue dans la nuit ! Je cours à la douche !

Puisse le problème de mon site se résoudre aussi !

6è jour de déconfinement, samedi 16 mai 2020

Apocalyptique mascarade

Le délibéré sera rendu demain, lundi 18 mai 2020, pour l’accès aux plages de Martinique. Suspense ! Et ensuite, sachons nous montrer dignes de notre environnement, quittes à ce qu’il ne soit qu’une « version absurdement ratée du paradis » avec un clin d’œil à Césaire, au-dessus du masque, et un sourire sous le masque, dans cette apocalyptique mascarade.

Masculin ou féminin, le ou la Covid peut passer par les yeux, altérer goût et odorat, aiguiser la clairvoyance.
D’un regard aigu on perce l’hypocrisie sous les masques, on détecte les perfidies. Se révèlent les mauvais penchants. En confinement sortent au grand jour les jalousies, les mesquineries ; en déconfinement se déchaînent délires et débordements, incivilités, égoïsmes, mauvaises manières et manquements divers.

N’en jetez plus ! Les masques, plus grave que de ne pas en porter, c’est criminel de les jeter partout !

 « Bas les masques » ne signifie pas « à terre les masques » ! Les gants, idem ! Mettre des gants si on veut mais pas dans la nature ! Ni sur les plages ni dans les forêts ni ailleurs !

Dimanche 17 mai 2020, 7e jour de déconfinement

Chronique du confinement – Sylvie Le Clech : Un confinement peut en cacher un autre.

Le soir du 16 mars, elle avait essayé de convertir Gildas à l’écriture introspective, même brève. Elle supposait qu’il y serait sensible et trouverait là matière à compenser leur séparation subie. Ne s’était-il pas plaint la semaine précédant le confinement, quand elle lui avait interdit de venir la voir, qu’il regrettait amèrement ce rendez-vous manqué, qu’elle lui manquait, son corps, «  l’odeur de chaque centimètre carré de sa peau » ?  Chloé savait qu’une autre épreuve les attendait. Il ne serait plus possible de profiter de ces étreintes durant la crise sanitaire. Il leur faudrait inventer, dans une totale incertitude sur l’issue de cette crise, une autre manière d’être ensemble et de jouir de cette relation fusionnelle et intermittente qu’ils avaient nouée depuis 16 ans bientôt.

Le soir même, Chloé lui envoie un sms, écrit court. C’est le mode d’expression qui convient à ce mathématicien romantique et secret, égaré au pays d’un géant du CAC40. Communiquons par courriel, nous nous écrirons faute de nous voir. Elle avait conçu immédiatement le projet de compenser cette proximité physique si rare mais si brûlante et nourrissante, ces longues conversations ponctuées de silences où leurs âmes se reposaient d’être ce qu’elles étaient l’une à l’autre, par une activité qui lui convenait à elle. Cette adaptation l’empêchait de rompre à nouveau le fil fragile qui reliait leurs existences si différentes. Gildas, comme à l’accoutumée, peu disert dès lors qu’il craignait que le SMS fut découvert par l’ « autre », se contenta de répondre « OK » aux deux propositions que lui fit Chloé. Se parler à 18 heures chaque jour, ne serait-ce que quelques minutes, vécues comme la lumière à éclipses d’un phare, hors de toute oreille malvenue, et s’écrire par courriel de petits textes échappatoires du confinement.

Le premier texte de Chloé fut sans surprise un texte angoissé sur l’air du « sur quel chemin nous engageons-nous encore, te reverrai-je, comment tout ceci finira-t-il ? ». Maladresse de l’amoureuse ou, comme le lui avait dit Bertrand son vieil ami, l’ « amante religieuse ». Terrible méprise qui jette à la face de l’autre le désespoir de l’absence brutale et tente misérablement de le retenir dans sa sphère.  L’adversité est pourtant là. Il va bien falloir affronter plusieurs démons, et non les repousser comme Chloé le faisait depuis 16 ans. L’art de la feinte psychologique et de l’évasion par l’écriture ou la parole incantatoire était sa drogue. Elle le savait. Gildas, au début de leur relation, avait été franc et avait timidement répondu à un : « je t’ennuie avec toutes ces questions » un « …un peu. ». Cet aveu avait été proféré les yeux mi-clos, de l’air de l’homme qui, ayant donné et pris plaisir plusieurs fois, est objectivement détendu. Il ne veut pas que l’amante religieuse vienne troubler la somnolence dans laquelle il peut à loisir poursuivre en rêve l’aventure. Il l’aimait comme cela lui avait-il dit, parce qu’elle posait des questions que lui n’osait pas poser, parce qu’elle mettait des mots sur ses maux, par ce que depuis 16 ans lui avait-il dit, « tu as gagné en profondeur », « tu t’es enrichie », par ce que « tu es impertinente ». Mais ça c’était avant le 16 mars. En imposant à Gildas non seulement la pratique de la littérature qu’elle affectionnait  mais en prenant l’initiative nocturne de lui jeter à la figure ces quelques mots, de nouveau elle s’exposait à un silence pesant, désemparé sans doute, mais qui ne faisait qu’accentuer son angoisse.

Ainsi donc démarra le confinement. Gildas, évincé d’une proposition de visite surprise la semaine d’avant, au motif qu’il revenait de voyages incessants entre Paris et le Cluster du corona avait peine à comprendre qu’il pourrait introduire dans le chez soi de Chloé un virus dont elle se passerait bien, elle et ses proches. Passé la déception de ne pouvoir mordre dans la pâtisserie dont il ne se lassait pas, il reprit les habitudes que Chloé lui connaissait. Il ne le fit pas par méchanceté, mais simplement parce que c’était, comme le décrivait Simone de Beauvoir, un « homme de l’organisation ». D’abord, il se mura dans le silence. Ensuite, en réponse au message littéraire de Chloé, lui envoya trois jours après un lien débile vers une vidéo on ne peut plus débile, comme on jette une croquette à un chien affamé et baveux pour éviter qu’il ne vous saute dessus en mettant ses pattes sur votre beau costume d’homme d’affaires. Chloé ne le laissa pas faire. Les crises d’angoisse étaient chez elles courtes, virales, comme un pic, mais sa seconde nature de descendante de paysans individualistes et entreprenants la faisaient réagir différemment. Ce lourdaud, l’esprit embrumé sans doute par les visioconférences imposées par un management cynique, donnant l’impression d’être indispensables à l’économie mondiale, lui répondait par un truc bateau glané sur la novlangue internet. Il ne l’emporterait pas au paradis. Pour qui se prenait-il le mousquetaire, reclus dans son 150 m 2 des beaux quartiers avec une épouse confinée et une fille unique tyrannique, pour répondre à l’ « amante religieuse » de cette façon ? D’un trait de plume électronique, Chloé lui rendit son camouflet d’un ton peu amène : «  ce n’était pas vraiment ce que j’attendais de toi ». Immédiatement, sentant que ça chauffait, il revint à un comportement plus sociable. Sa réponse était enfin conforme à ce qu’elle attendait. Il était lui-même et acceptait de se dévêtir de cet uniforme social qui lui pesait tant. D’ailleurs, il réagissait comme lorsqu’il la rejoignait. Il se déshabillait prestement, non sans avoir préalablement rangé et plié soigneusement chemise de marque, complet à l’élégance discrète et cravate. C’était un homme de méthode, y compris dans l’oubli amoureux.

Qu’on ne se méprenne pas sur cette ironie congénitale de Chloé, son mécanisme de défense naturel contre le cynisme. Elle admirait vraiment comme un signe rare d’authenticité cet esprit de méthode cher au mathématicien. Celui-ci, pour rejoindre un être cher, met tout ce dont il est capable pour réussir et règle le jeu au millimètre près. Pour lui, premier de cordée, c’est le préalable indispensable du plaisir et de la tendresse à venir et à se souvenir. Sa passion pudique était à ce prix. Chloé l’acceptait de manière inconditionnelle. Il lui envoya quelques lignes qu’elle jugea touchantes. C’était bien lui, c’est tout ce qui comptait. Une jeune collaboratrice avait eu un bébé, « un petit rayon de soleil », il prenait en charge des entrepreneurs déboussolés, angoissés à l’idée de voir sombrer leur boîte. Il ne mentait pas, il le faisait, ou du moins essayait de le faire avec l’arrosoir troué que super héros manager,  lui avait confié il y a maintenant 5 ans. Il était épuisé. Il souffrait d’insomnies.

Petit à petit, le confinement s’organisa et Chloé s’évertua à tenir à distance un faux ami bien connu : le virus du doute. Celui-ci niche habituellement dans les âmes inquiètes et s’acoquine avec celui du scrupule. Chloé savait que pour entrer en connexion avec cet oiseau si étrange qu’était Gildas, il fallait à la fois lui dire les choses, en une fois et le laisser revenir à son rythme en gardant le silence sans insister ni revenir à la charge. En effet, en agissant ainsi, ce qui était parfaitement dans son style à elle, elle ne savait faire autrement, Chloé agissait exactement à l’inverse des tendances de fond de Gildas. Et donc, il acceptait. Depuis le départ, ils avaient reconnus qu’ils n’étaient qu’un paradoxe à eux deux, unis mais différents, chacun sur sa planète, chacun dans sa bulle, acceptant de « coincer la bulle » régulièrement l’un dans la bulle de l’autre. Fortes têtes l’un et l’autre. Gildas, ergoteur jusqu’à l’extrême, aurait perdu jusqu’aux plus infimes indices de son calme olympien apparent pour le plaisir d’avoir raison sur une démonstration implacable et d’écraser l’adversaire intellectuel. Son visage de sphinx s’animait et il devenait volubile. Chloé était une conteuse qui parlait avec les mains et les yeux. Elle partait d’une pelote complexe pour la dévider et la rembobiner dans l’ordre et en fiche plein la vue au mathématicien. Deux enfants orgueilleux en somme, en rébellion contre la société et atteints d’un léger complexe de supériorité. Pour ne pas être « le con » de l’autre, chacun prenait garde à toujours introduire une montagne russe dans un parcours désormais si rodé de relation intermittente.  Celle-ci aurait pu devenir comme une conjugalité de traverse au long cours. Ils s’adaptaient mutuellement l’un à l’autre pour ne pas se perdre. Chloé semblait la plus angoissée mais devant son silence imposé, le grand muet sortait de sa réserve et révélait à son tour le fond de son âme inquiète. Il était culpabilisé de devoir lui dire et reconnaître qu’elle lui manquait.

 Les entretiens téléphoniques prirent la forme d’une sinusoïde harmonieuse, les échanges de ces deux hyper actifs tournaient autour de sujets sur lesquels il était tentant pour l’un et l’autre de débattre et de démontrer l’un à l’autre l’acuité du raisonnement. Le sphinx était rassuré, sa luciole ne manquait pas d’activité, « c’est comme ça que je t’aime » avait-il osé.  Ils avaient besoin de cet accord intellectuel profond. Ils n’auraient en aucun cas pu venir aux mots d’amour proférés à voix basse en conclusion de ces quelques minutes volées s’ils n’avaient pas commencé par partager les faits divers de leurs vies de séparés. En fin d’entretien, Gildas faisait, à distance désormais, comme ce qu’il faisait dans la vie d’avant : l’embrasser brusquement pour lui couper la parole quand il avait décidé qu’il fallait passer aux choses sérieuses, celles du corps. Adaptant le scénario aux contraintes, il l’interrompait désormais au moyen de la formule : « j’avais très envie d’entendre ta voix ». Cette précaution oratoire expédiée, il passait au discours amoureux ou aux sous-entendus charnels. La conclusion pouvait prendre une forme de brusquerie, en raison de détails pratiques de type « je vais devoir te laisser, je rentre dans la boulangerie ».

 En fait, Chloé, forte de ce recul imposé par les circonstances, finit par analyser ce que le « confinement » révélait de leur relation. Elle se livra à un inventaire. N’était-elle pas déjà confinée, ne serait-ce que par le schéma d’intermittence des entrevues, des lieux où les rencontres se déroulaient, du tempo qui lui était imposé à elle, qui déteste suivre les tempos imposés, sauf quand il s’agit de danser ? N’éprouvait elle pas déjà à la fin de chaque entrevue, pire, au moment de ces multiples rendez-vous manqués qui l’avait laissée triste et angoissée, la sensation d’avoir le cœur qui rétrécissait, de manquer d’air et de s’étioler telle une plante dont Gildas coupait méthodiquement les branches pour éviter qu’elle ne prenne trop d’ampleur dans sa vie ?

Un jour Caroline son amie, qui avait enchaîné les amants jusqu’à tomber sur le seul divorcé de 60 ans de la petite ville bourbonnaise où elle habitait, lui avait parlé de la fin brutale d’un amour. Si j’ai bien compris avait-elle dit à l’homme du moment, «  je suis comme une poupée, que tu sors du tiroir à chaque fois que tu en éprouves le besoin et que tu remets après usage dans ce même tiroir ? » Elle l’avait laissé là. Elle avait décrit à Chloé qui à l’époque, souhaitait mettre fin à une relation problématique, le visage blême et flaccide de l’homme pris au dépourvu par cette révélation. Le malheureux brusquement comprenait ce que signifiait « se servir de » mais n’avait rien trouvé à répliquer tant la vérité nue n’appelait aucun commentaire.

Chloé se mit donc à grandir. Prendre conscience de cette logique de confinement dans leur relation l’aidait vraiment, tant pour l’instant présent que pour l’avenir. C’était même la seule pensée qu’elle estimait digne d’intérêt pour verser au chapitre de ce qu’elle importerait dans le « monde d’après ». Elle suivait avec un certain agacement cette logorrhée sur les réseaux sociaux, où des gourous experts en management newlook et développement personnel vous expliquent doctement que « plus rien ne sera comme avant », « après ». Par esprit de contradiction, elle pensait que non, ce qu’il importait à ses yeux était déjà de bien comprendre son monde « de maintenant », car ce « maintenant » était bien fugitif et les fulgurances qu’il permettait ne reviendraient jamais. Il se dévoilait des inédits de la pensée et de l’expression dans ces instants d’exception qui se cachent sous les oripeaux de la banalité épuisante. Elle repensait à ce roi qui se fait passer pour un mendiant pour mieux nous révéler à nous-mêmes.

Ce qu’elle comprenait « maintenant » c’est qu’un confinement peut en cacher un autre. Le vrai confinement n’était pas ce qu’ils vivaient en ce moment, éloignés l’un de l’autre mais incapables de ne pas penser l’un à l’autre, éprouvant une joie infinie à se parler de rien, leurs riens, pour finir sur des mots d’enfants amoureux en cachette des parents. Ce confinement était subi, et par tous, cela les déchargeaient d’une forme de culpabilité. Le vrai confinement c’était avant et c’est eux qui l’avaient créé. Ils se plaisaient finalement dans ce confinement d’ « avant », puisqu’ils avaient décidé d’un commun accord de ne pas briser leurs familles respectives. Ils se l’étaient dit explicitement, c’était là le pacte de confiance. C’était leur mode de relation, ni plus ni moins. A quoi bon se demander s’ils iraient brûler dans un enfer perpétuel après leurs morts respectives ? Gildas avait un jour dit sur le ton sentencieux que Chloé lui connaissait, « ma morale, tu l’as bien écornée » propos qu’elle lui remémorait de temps en temps pour lui faire prendre conscience de son attitude de pharisien. Cette rosserie avait pour effet de la soulager, elle le reconnaissait, à la mine penaude de Gildas qui ne trouvait qu’à répondre « mais est ce que je t’ai blessée ? » L’enfer était ce qu’ils vivaient déjà et ils ne voulaient pas le reconnaître, ils en redemandaient ces fous, ces immatures. C’était donc qu’il y avait dans cet enfer confiné de drame à huis clos comme l’essence même de l’amour : sans espoir de construire un univers matériel ou social rassurant, promis à l’angoisse perpétuelle de constater la disparition inopinée de son cher autre, faute de pouvoir prendre des nouvelles, totalement désintéressé, têtu à surmonter le moindre obstacle matériel ou logistique sur la route, orgueilleux donc de la vie et cabochard.

 Un jour le confinement cesserait, un autre pourrait survenir si la pandémie connaissait une seconde vague. Qu’importe ? Si l’un d’entre eux n’était pas emporté par la maladie, ils poursuivraient ce chemin chaotique et hasardeux sans espoir de retour à la case départ ou feraient le bilan sans concession de ce qui ne devrait plus être sous la forme d’avant, un conte moral à la Rhomer. Cette histoire rappelait celle d’une « Passion simple » d’Annie Ernaux, qu’elle avait vue dans un théâtre minuscule et étouffant, comme l’enfermement dans lequel elle se complaisait.

Gildas connaissait cette case départ : c’était le jour où il l’avait abandonnée une première fois, mais où elle avait laissé faire et durer ce silence de plusieurs mois sans chercher à le joindre, par fierté. Il l’avait rappelé, s’était excusé, elle avait mis du temps à revenir mais elle ne lui en voulait pas. Cependant, le virus du doute qu’elle pourrait être une nouvelle fois abandonnée ne la quitterait pas. C’était son « instant t ». Pour Chloé, elle s’était donc conditionnée à revivre cet « instant t ». Chaque entrevue était l’instant « t », qui effaçait tous les autres. Remettre une pièce dans le juke box mais choisir une chanson différente était sa volonté, pour ne pas rester prisonnière. Elle avait multiplié dans cette histoire étrange mais profonde, des « instants t » comme le petit poucet sème des cailloux derrière lui pour retrouver son chemin. Paysanne prévoyante elle était persuadée qu’une femme reste libre, confinement ou pas, quand c’est elle qui décide de raconter l’histoire autrement, après le 11 mai.

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