Prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes

Le Collectif 490 des « hors-la-loi », Maroc Lauréat du Prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes 2020

Le 9 janvier 2020, à 11 heures, à la Maison de l’Amérique Latine, Paris

Le Prix Simone-de-Beauvoir pour la Liberté des femmes 2020 sera remis par Sylvie Le Bon de Beauvoir à Leïla Slimani, Sonia Terrab et Karima Nadir, représentant le « Collectif 490 » des femmes et des hommes revendiquant la liberté sexuelle au Maroc.

490 femmes et hommes ont dénoncé, dans un manifeste, l’article 490 du code pénal marocain qui punit « d’emprisonnement d’un mois à un an toutes personnes de sexe différent qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles ».

Révélant leur identité en signant de leur nom, ces femmes et ces hommes se déclarent hors-la-loi et assument publiquement une liberté sexuelle qui leur est refusée :

« Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ? »

Initié par l’écrivaine Leila Slimani et la réalisatrice Sonia Terrab, le Manifeste s’inscrit dans un contexte de durcissement de la répression sexuelle au Maroc. L’écriture et la diffusion du texte ont accompagné la mobilisation pour la défense de la journaliste Hajar Raissouni, arrêtée le 31 août 2019 pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage », puis libérée en octobre dernier. En 2018, 14.503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage, 3048 pour adultère et 170 pour homosexualité. On compte 600 à 800 avortements clandestins par jour.

Signé aussi par des hommes – les journalistes Abdellah Tourabi et Ali Baddou, l’écrivain Abdellah Taïa, l’artiste Mahi Binebine, l’acteur Fahd Benchemsi, etc. – le Manifeste compte aujourd’hui plus de 15.000 signatures. 70% des témoignages recueillis par le Collectif 490 proviennent de jeunes âgés de 18 à 25 ans. La campagne « L’amour n’est pas un crime » sera lancée en décembre. Elle vise à obtenir un débat au Parlement marocain sur la dépénalisation des relations sexuelles et « l’abrogation des lois liberticides relatives à l’amour ».

La liberté sexuelle est déniée aux deux sexes, mais plus systématiquement aux femmes. Lutter pour cette liberté, c’est lutter pour l’émancipation des femmes et pour la reconnaissance de l’universalité de leurs droits. L’attribution du Prix au Collectif 490 rappelle que liberté sexuelle et liberté de disposer de son corps sont des questions fondamentales dans la pensée de Simone de Beauvoir.

Créé il y a douze ans, le Prix Simone-de-Beauvoir a été attribué à des personnalités qui défendent et font progresser la liberté des femmes : Taslima Nasreen, Malala Yousafzai (depuis lors Prix Nobel de la Paix), Barbara Nowacka (Mouvement pour les droits des femmes à l’avortement en Pologne), Giusi Nicolini, maire de Lampedusa, pour son action en faveur des migrants rescapés de la Méditerranée, Michelle Perrot, historienne, Asli Erdogan, écrivaine et journaliste, Sara Garcia Gross (Mouvement de dépénalisation de l’avortement au Salvador).

Contact : prixsimonedebeauvoir@gmail.com

+33 (0)42727436

Avec le soutien de la Fondation des Femmes

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Paris, le 9 décembre 2019

Virago ou prophétesse Femmes du Moyen Age et nous

Sylvie Le Clech, historienne, 21 décembre 2019

Il est de ces occasions où des colloques d’histoire abordent certains thèmes, souvent traités par le courant des « gender stories », en ménageant la mixité des points de vue et en s’attachant à revisiter des périodes anciennes. Le colloque organisé par l’Institut catholique de Paris les 12 et 13 décembre dernier sur « La femme au Moyen Age », fut de ceux-là. Quel bonheur de relire les sources au prisme de ce qu’elles nous apprennent sur la nature de l’amour (amour mystique, amour courtois), le rôle des clercs dans la construction d’une misogynie toujours d’actualité au XXIè siècle, y compris dans les laïques études historiques, le rôle des juristes dans l’encadrement des femmes et la question controversée de la « fragilité » des femmes. Notre vision d’historiennes est remise en cause car nous avons la plupart du temps été formées par une historiographie majoritairement masculine. Les pionnières médiévistes ou modernistes qui furent nos mères spirituelles ont moins abordé la question des femmes au Moyen Age, du point de vue en particulier des paroles et écrits des femmes, sur le monde, sur elles-mêmes, sur leurs contemporaines.  Le bonheur d’entendre citer la grande ethnologue Françoise Héritier en synthèse de ces journées est un bonheur qui se partage : selon elle, dans toutes les cultures, la société exprime une valeur différentielle des sexes, qui s’exprime par une dialectique associant des caractéristiques à chaque pôle, le féminin, le masculin. Au final, les civilisations ont toujours tenté de créer une supériorité du masculin sur le féminin. La puissance exclusive des femmes d’enfanter génère un besoin de contrôle masculin sur le corps des femmes, leurs biens, leurs droits, leur spiritualité. Le langage binaire qui permet ce contrôle vient d’Aristote. Mais au Moyen Age, même si le souvenir des écrits d’Aristote reste actif, la situation est plus complexe, la société concrète n’est pas exactement celle des théoriciens : si les clercs continuent à employer un registre binaire, souvent dépréciatif à l’endroit des femmes, il existe des écrits plus nuancés, tels ceux d’Hugues de Saint Victor qui définit l’union des époux comme un « engagement volontaire », où dans « toute la force de la consolation et la fidélité du dévouement, chacun sera pour l’autre ce qu’il est pour lui-même » (œuvre éditée par Bernadette Jolles, Turnhout, 2002, allocution de Dominique Poirel, organisateur du colloque). De ce fait, les relations des hommes et des femmes autorisent des discours plus personnels, davantage fondés sur l’équivalence dans la différenciation. Des figures attachantes telles que celle de la moniale Hildegarde de Bingen (1098-1179), étudiée par Laurence Moulinier, Marguerite Porrée ou Porrette, étudiée par Marie-Pascale Halary, Christine de Pisan ou Yolande de Flandre, étudiées par Michèle Bubenicek ont été passées au crible de points de vues croisés. Si Hildegarde est connue aujourd’hui comme autrice  de chants liturgiques de grande qualité, femme médecin, la qualité d’autrice fut longtemps déniée à cette brillante gestionnaire de monastère, qui n’hésitait pas à témoigner par écrit de sa vive affection pour Richarde, une de ses consœurs et à s’aliter dans des maladies que l’on pourrait qualifier de « diplomatiques », lorsqu’elle entrait en conflit avec un ecclésiastique de haut rang qui lui opposait un refus. Hildegarde décrit le plaisir féminin, donne de la maternité une vision positive, emprunte de sensualité, recommande d’avoir de l’amour pour son corps et donne une galerie de portraits de quatre hommes et quatre femmes. Elle y met en valeur la « faiblesse » d’Eve, qui se retourne en force. Eve, faible, devient plus forte car elle peut s’améliorer, tandis qu’Adam se durcit sous l’épreuve et ne s’améliore pas. Consultée dans toute l’Europe pour ses « visions », l’image de la prophétesse a-t-elle ainsi éclipsé celle de l’autrice, de la femme médecin ? Sa critique de l’écriture sainte fait d’elle une docteure, au même titre que les docteurs de l’Eglise. A la fin du XIXè siècle, l’éditeur de ses œuvres, cardinal, la qualifie de « virago », dans le sens où, femme, elle a exercé des fonctions habituellement réservées aux hommes. Curieux retournement d’usage, ultérieurement et dans le langage commun, que ce qualificatif de « virago », qui de factuel (une femme ayant accès à des responsabilités d’homme), devient un jugement dépréciatif. Ce retournement augure mal, dans ce XIXè siècle pudibond, de la fortune de la « virago », associée à la « prophétesse ». Toutes deux sont renvoyées par la société dos à dos et on ne dira jamais assez combien le XIXè siècle continue d’influencer l’écriture contemporaine de l’histoire, en dépit de visions alternatives plus récentes. La prophétesse a donc un double visage : femme inspirée par Dieu, elle est titulaire d’une « science femenine » (Marguerite de Navarre à propos de Marguerite Porrée et de son écriture érotique et fictionnelle) que les clercs enferment volontiers dans le champ de l’expérience affective irrationnelle. Une autrice comme Marguerite de Navarre, sœur de François premier au début du XVIè siècle, est elle-même ambiguë. Comme Hildegarde finalement, elle justifie le génie de la prophétesse en privilégiant le recours à la simplicité d’âme, voire à la supposée instruction sommaire de Marguerite Porée, attaquée en justice pour ses écrits. L’intellectualité de la femme se voile pour que paradoxalement, on reconnaisse la capacité de la femme simple à enseigner différemment. Ces stratégies du Moyen Age sont révélatrices de permanences voire de préjugés : peur devant l’emploi de la raison « froide » par des femmes, admiration ambivalente de la douceur féminine, reconnaissance de la capacité des femmes à enseigner aux petits enfants et finalement, statutairement…seulement aux petits enfants. Qu’en est-il des femmes qui ne sont pas rangées dans la catégorie des « prophétesses » ? Deux exemples de femmes de l’aristocratie ont démontré, par leurs écrits et leur vie, qu’elles faisaient la promotion de la « virago » : la laïque Christine de Pisan,  n’écrit-elle pas en 1405 dans la Cité des dames que les femmes exerçant l’autorité dans des situations où il y a absence d’homme (par exemple le veuvage) « fournissent la preuve irréfutable qu’il n’est aucune tâche trop lourde pour une femme intelligente » ? Yolande de Flandre (1326-1395), comtesse de Bar et dame de Cassel, veuve à 18 ans avec des enfants en bas âge, fut évincée de son héritage et eut recours à son intelligence tactique en épousant ultérieurement un homme plus jeune qu’elle, Philippe de Navarre – Longueville, dont elle décida de se séparer de corps trois ans plus tard. Philippe, quoique chef de guerre, n’avait pas rempli le service que son épouse attendait de lui, la protéger, elle et ses intérêts politiques et fonciers. Elle s’en chargerait donc elle – même et suivant les conseils de Christine de Pisan, elle connaîtrait assez de droit, assez des documents qui définiraient ses biens et ses droits, serait assez fine psychologue pour se montrer distante envers ceux qui la méprisent, circonvenir ses ennemis en flattant leur  narcissisme,  en faisant mine de les consulter et redoubler de bonté envers ceux qui dépendent d’elles et sont loyaux. Séparée de corps, la femme aristocrate aménage sa liberté. Mais au cours du colloque, la question attendue survint : qu’en était-il des femmes de condition modeste ? Les sources, en particulier judiciaires, révèlent une autre réalité sociale. Plus les femmes figurent bas dans l’échelle sociale, plus elles ont besoin de …protecteurs. Pourtant on voit des femmes qui reprennent avec courage l’imprimerie de leur défunt mari, des femmes commerçantes. A ces « virago » laïques, la société permet une surface sociale et une activité économique d’importance, mais l’ambivalence médiévale de la « faiblesse féminine », mise en valeur par les autrices elles-mêmes, reste une force de rédemption et un possible handicap social. Les femmes sont résilientes, ont des vertus antiques de courage et d’abnégation, mais apparaissent aussi comme « dé- protégées », une situation qui, sans anachronisme, n’est pas sans rappeler notre situation actuelle. Réfugiées dans un univers culturel de privilégiées, les intellectuelles peuvent tour à tour user de l’image de la « virago », plus souvent de la « prophétesse », avec toutes les ambivalences que ces deux images projettent sur leur identité multiple. Mais les femmes en difficulté, ballottées par les incertitudes et crises de notre monde ? On ne compte plus dans le vocabulaire managérial en vogue, les occurrences de l’expression « femme inspirante », pendant, dans la société sécularisée, de la « femme inspirée ». Très douce, cette expression  fabrique aussi  des « virago » modernes, êtres hybrides de notre XXIè siècle. Moderne Moyen Age aurait-on envie de conclure ou épopée postmoderne du soft power à l’usage d’un certain entre -soi ?

Barbaricum (Nés d’avant le monde) – Ysiaka Anam –

Barbaricum (Nés d’avant le monde)

– Ysiaka Anam –

Nous sommes nés d’avant le monde,

D’avant les secousses et les cris

D’avant la joie féroce

Et ses incessants soubresauts.

Nous sommes nés d’avant les frontières,

D’avant les guerres et leurs abysses  

Bien avant le jour insidieux

Réfugiés dans l’inépuisable nuit.

Nous sommes nés d’avant la mémoire,

D’avant la parole et ses effractions 

D’avant les liens et leurs éclats

Avant que la solitude puisse se dire. 

Nous sommes nés dans l’errance,

Errance sans lieu ni odeur

Nés sans terre aucune

Etrangers à nos propres empreintes.

Nous sommes éternels exilés,

Bringuebalant dans cette histoire

Sans lieu, sans temps

Sans auteur pour nous réclamer.

Puis le monde est arrivé.

Déplacés,

Nous.

Dérangés,

Nous.

Projetés dans ces foules réclamant du sens, entier, pour arrimer leur vie.

Nous sommes nés d’avant le monde,

Cet instant précis, juste avant

L’instant où tout était possible encore

Avant d’être percutés par le réel.

Nous sommes nés d’avant la mort,

Avant qu’elle soulève les épidermes

D’avant les larmes et l’oubli

Et les vers qui emportent tout.

Nous sommes ceux dont la terre a enfanté,

Lorsqu’elle cherchait des confidents

Pour bercer, pour consoler  

Son implacable esseulement.

Nous sommes nés de ce sol désemparé,

En quête d’un autre pour sentir

Un poids, tout petit, tout infime

Peser tout contre sa peau.

Nous sommes nés dans l’arrière-monde,

Répandant au gré du vent

Semences stériles, chaos fertiles

Et quémandant la poésie.

On était cette masse à la couleur méconnaissable, couleur suie, couleur cendre.

On est devenus parias, se déversant dans vos rues, une fois le monde engendré.

On nous a vomis.

Puis on nous a redemandés. Encore.

Séparés, démunis.

Dépourvus, incomplets.

Privés d’appendice à porter contre nos ventres.

En quête

D’une terre pour lover nos songes.

En quête

D’autres corps pour nous porter.

En quête

De témoins pour nous faire exister.

En quête

De mélodies pour irriguer nos vies.

En quête

D’eaux neuves pour nous saouler d’allégresse.

En quête

D’une langue qui puisse accueillir nos silences.

On était cette masse informe.

Solidement ferrés aux précipices qui bordaient le monde. 

On se balançait agglutinés, sans voix propre, sans encombre.

Eaux, vents, et terres, se mêlaient.

On s’y mêlait aussi.

Viscéralement vissés à la matière, à la vie, au monde d’avant le monde.

On était complets. Moches, mais complets.

À l’aurore du monde, de langue il n’y avait pas.

Juste les murmures de la mer berçant le sable.

Les vagues susurraient des mots tendres et incompréhensibles à des oreilles absentes.

La mer écrivait ses propres pages sur le lit de ce pays amnésique.

La mer écrivant, effaçant et redonnant au monde, à chaque instant, la possibilité de se recréer.

Puis le monde est arrivé.

Oubliée,

La mer.

Délavé,

Le sable.

Amputés,

Nos corps.

Perforée,

Notre histoire.

Nous sommes nés d’avant le monde,

D’avant les secousses et les cris

D’avant la joie féroce

Et ses incessants soubresauts.

Nous sommes nés d’avant la mémoire,

D’avant la parole et ses effractions 

D’avant les liens et leurs éclats

Avant que la solitude puisse se dire. 

Nous sommes nés d’avant la mort,

Avant qu’elle soulève les épidermes

D’avant les larmes et l’oubli

Et les vers qui emportent tout.

Nous sommes les éternels exilés,

Bringuebalant dans cette histoire

Sans lieu, sans temps

Sans auteur pour nous réclamer.

Matrimoine oh ! oui !

C’est vrai que l’idée de se retrouver sous les ors de la république avec des femmes de multiples paroles , pour ouvrir le livre de l’héritage des femmes au monde , est une idée précieuse  portée par Gisèle Bourquin, elle même  grande  défenderesse des outremers au féminin

C’est vrai que l’idée d’un « matrimoine » qui regrouperait les gestes , les traditions artisanales culinaires spirituelles esthétiques artistiques musicales de ces pays éparpillés au monde, est une étape essentielle à nos ancrages .

C’est vrai aussi que ce qui nous lie, Martinique Guadeloupe Saint pierre et Miquelon Mayotte la Réunion Wallis et Futuna la Nouvelle Calédonie la Polynésie , c’est la république française dont nous serions une extension au 4 coins de la planète ….

Histoire folle , poétique et tellement  douloureuse …

Au sénat ce soir la , un vent du large a soufflé certes il arrivait du passé mais il disait l’avenir

Pour ma part et de la d’où je viens au delà des marqueurs , objets, saveurs, œuvres, sons, qui signent nos cultures , mon histoire, notre histoire partagée Antilles Guyane Réunion , m’a ouvert le chemin du matrimoine immatériel .

 Des gestes oui, mais surtout des nécessités d’arrondir nos danses autour de nos enfants pour les protéger de tout…la plantation esclavagiste qui est notre lieu commun  de  rencontre contrariée , nous a insufflé une énergie particulière une certitude, nous étions les seules à protéger nos petits êtres : contre les abus des maitres, contre le regard douloureux des hommes esclaves ,

Car puisque notre ventre n’était qu’une usine à fabriquer d’autres esclaves, puisque parfois manger de la terre ne suffisait pas à tuer la vie que le viol avait mise en nous, puisque parfois l’amour nous consumait dans les bras d’un grand nègre qui savait que ni ses enfants ni cette femme qu’on lui accordait ou qu’il arrachait à la vigilance des autres, ne pouvaient être avec lui de lui pour lui

Puisque au bout du compte cet être au creux de nos entrailles nous aspirait et  nous convoquait à l amour il fallait lui préparer des rêves , l’éloigner de tous les vents mauvais , lui donner la force lui dire son importance lui dire la liberté lui dire l humanité le nourrir le protéger , lui inventer un futur lui donner l’envie de vivre , être la déesse aux mille bras, le couteau suisse.. et c’est cet héritage que nous femmes  d’ici et de la  nous transmettons  dans un souffle inconscient, sans les mots

La est notre matrimoine

Le couteau suisse…ha !ha !ha !

Aujourd’hui encore et sans doute demain je rencontre des déesses Shiva aux mille mains pour lesquelles le temps est une variable d’ajustement d’une sur-occupation permanente , et même s’ il n’en ait plus besoin, elles ont éduqué les hommes à les laisser faire , ils y ont trouvé leur compte sans urgence

Mais elles continuent car elles savent difficilement faire autrement

La est notre matrimoine

Il appartient au futur car il nous a permis une résilience créatrice inventive qui secoue le monde de nouvelles audaces d’un nouveau langage

Femme joke nous sommes, femmes de paroles et de gestes sacrés , d’amour et de combat , le seul qui vaille celui d’une humanité réconciliée

Voilà ce que nous sommes

Et cela ne date pas d’hier

C’est une transfusion qui transcende le temps et nous savons ou elle est née…

Nous sommes les Shiva aux mille bras

Eïa mes sœurs eïa….

Marijosé alie

Paris 11 decembre 2019

« Le féminisme n’a pas de couleur »

Angela Davis en Martinique : polémique ou questionnement ?

Bouleversante, au son du tambour, l’arrivée, hier soir, au parc Aimé Césaire à Fort-de-France, d’Angela Davis, la grande dame qui proclame avec toujours autant de flamme qu’elle veut « Put down the capitalism », « à bas le capitalisme » du haut de ses 75 ans !

Affligeant, cependant, de l’entendre affirmer, lorsqu’elle est interrogée sur sa vision du féminisme, qu’elle ne souscrit pas au féminisme de la « bourgeoise blanche ».

Le féminisme n’a pas de couleur.

Le féminisme est la lutte des suffragettes britanniques qui ont risqué de se faire tuer, au début du vingtième siècle, pour avoir le droit de voter, à l’instar d’Emily Davison, morte renversée par le cheval du roi George V. (Tiens, « Davison » sonne comme « Davis », au début, tel un Big Ben, magistrale cloche sonnant le glas de la misogynie.) Le féminisme se bat pour la petite Nigériane excisée à la lame de rasoir rouillée, l’Indienne violée et tuée parce qu’elle est une fille, « fardeau » pour la famille, l’Iranienne obligée d’épouser son violeur, la fillette mariée de force qui ne pourra plus aller à l’école, sous toutes les latitudes, la Russe, femme battue qui n’a pas le droit de porter plainte sous prétexte que cela détruirait la famille d’envoyer son bourreau en prison, et cetera, et ceterae, la Chilienne qui hurle « Le coupable ce n’est pas moi, ni où j’étais, ni ce que je portais ; le violeur, c’est toi, l’État oppresseur, le machiste violeur ; j’ai le droit de m’habiller comme je veux », – elle est de quelle couleur, la Chilienne ? Est-ce que ça compte ? Non. Seules nos vies comptent. Nos corps comptent. Nos corps de toutes les couleurs. Nos corps de femmes.

Le féminisme est la levée de boucliers contre les féminicides, au seuil du vingt et unième siècle comme au seuil d’un foyer conjugal où l’on devrait être en sécurité, à l’orée du XXIe siècle comme à l’orée d’une forêt où la femme cesserait d’être la proie de l’homme, traquée comme au coin d’un bois, et où le Petit Chaperon rouge aurait appris les gestes d’autodéfense qui sauvent, fille debout, femme levée en posture de féminitude à la Beauvoir.

Noire, blanche, jaune, rouge, la féministe n’a pas de couleur, sa bannière est multicolore. La « bourgeoise blanche » subit de plein fouet l’omnipotent patriarcat, dans le quotidien, le monde du travail, dans le monde entier, avec des salaires inférieurs dans quasiment tous les métiers. S’il y a une internationale, c’est bien celle-là, et il ne faut pas oublier que si nous sommes arrivées là, – même si ce n’est pas encore parfait –, c’est tout de même grâce aux progrès et aux droits des femmes gagnés au péril de leur vie par toute espèce de « bourgeoises blanches » ou café au lait. L’antiracisme va de pair avec le féminisme, à portée universelle, sinon cela n’a pas de sens. La couleur du féminisme ? Un vain mot, délétère et stérile.

Navrant de prôner la désunion en célébrant l’Union des Femmes, en l’occurrence l’Union des Femmes de Martinique, première association féministe de la Caraïbe, qui fête ses 75 ans !

Toute souffrance est respectable, et celle de nos consœurs afro-américaines m’émeut profondément, mais j’ai peur qu’elles ne se fourvoient, ce qui me chagrine encore plus. L’intersectionnalité, il faut la penser puis la panser, elle ne doit pas être exclusive et facteur de désunion. L’union fait la force. Je fais partie de ces personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de stratification, de domination ou de discrimination, j’ai cette sensibilité, depuis marquis d’Antin je subis à la fois le sexisme et le racisme, voire le classisme et depuis longtemps je le crie, l’intersectionnalité avant la lettre tinte dans ma tête depuis les sorbets de l’enfance suivis des neiges de l’en France, mais n’étant ni assez noire par ici ni assez blanche là-bas, quel féminisme serait pour moi ?  Ni l’afro-féminisme radical ni le féminisme des « bourgeoises blanches ». Comme en algèbre et en latin, toutes ces négations se détruisent et créent une affirmation. Affirmer son corps au monde, son corps de femme, quelle que soit son identité, voilà en quoi, idéalement, consiste le féminisme et, partant, la féminitude, qui fait du bien aux hommes aussi. Donner un nom à l’intersectionnalité, – ce que j’appelais « la multiple peine » en 1989, lors du Bicentenaire de la Révolution française, celle d’une « bourgeoisie blanche », dit-on, dont la Convention abolit tout de même « l’esclavage des Noirs », ce fut un passage obligé. Mais désormais, foin des nouvelles formes de ségrégation et nouveaux apartheids !

La féministe ne doit pas se tromper d’ennemi, doit avoir la peau du machisme mais n’a pas de couleur de peau. Elle est au combat, et voilà, foi de volcanique calazaza.

Suzanne Dracius,

Pointe des Nègres, Fort-de-France, Martinique, 4 décembre 2019

Pourquoi je ne suis pas une «autrice»

Extrait d’un article de Libération – Par Claire Gratias — 26 novembre 2019 à 18:06

A trop vouloir se focaliser sur la féminisation des noms de métier, on peut en oublier l’appauvrissement général de la langue mais aussi la fragilisation des droits des femmes.

A l’occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Libération ouvre ses pages aux auteurs et illustrateurs jeunesse ce mercredi, sous la direction de Marie Desplechin.

Depuis quelque temps, on me demande de plus en plus souvent : «Comment doit-on vous appeler ? Ecrivaine ? Auteure ? Autrice ?» J’ai commencé par répondre : «Je suis auteur, ce mot désigne une fonction, cela ne me dérange pas qu’il soit au masculin.» J’ajoutais parfois : «On a d’autres chats à fouetter et ce genre de pinaillages a tendance à m’agacer.» Mais aujourd’hui je m’interroge. Pourquoi ces mots provoquent-ils chez moi une telle réticence ? Certes, la musicalité de la langue a toujours été capitale pour moi. Quand je dis «une autrice», j’entends «une motrice» ou «une eau triste». Le son que rend «une femme écrivain» me séduit infiniment plus que celui d’une «écrivaine» que je trouve plus lourd. Spontanément, mon oreille rejette ces formes, qu’elle estime disgracieuses. Ne serait-ce cependant pas une question d’habitude, voire de préjugés ? Et n’y a-t-il pas autre chose qui me gêne dans ce débat ?

Afin de nourrir ma réflexion, j’ai effectué quelques recherches. Premier point, les crispations sur le sujet ne datent pas d’hier. En 1983, Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme, crée un groupe de travail chargé de plancher sur les noms de métiers et de fonctions. En février 1986 paraît une circulaire officielle préconisant la féminisation dans les textes réglementaires, mais elle n’est pas appliquée. En 1994, Benoîte Groult déclare : «Ce n’est pas la langue qui refuse la féminisation, ce sont les têtes.» Elle rappelle que la France est le dernier pays francophone à être bloqué là-dessus. Question de mentalités. En 1997, à l’instigation de Lionel Jospin, Ségolène Royal et Elisabeth Guigou, une nouvelle commission travaille sur la question. On autorise alors «auteure», déjà usuel au Québec. En février 2019, après avoir freiné pendant quatre siècles, l’Académie consent enfin à féminiser les noms de métiers, fonctions et grades. Elle précise toutefois que la féminisation d’«auteur» représente un cas épineux, et indique que «le caractère tout à fait spécifique de la notion, qui enveloppe une grande part d’abstraction, peut justifier le maintien de la forme masculine». Ce à quoi la comédienne Aurore Evain répond (1) que quand on ne peut pas être nommée dans une fonction, on a beaucoup de mal à s’y sentir légitime et donc à revendiquer quoi que ce soit. Elle y voit une violence symbolique non négligeable.

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De nombreux féminins sont maintenant passés dans l’usage, mais «autrice» demeure le plus controversé. Cette forme est pourtant attestée jusqu’au XVIIe siècle, époque à laquelle Richelieu la fait disparaître (tout comme «mairesse» et de nombreux autres féminins) via l’Académie française. Le but est clair : contrer l’influence des femmes dans la vie politique et intellectuelle et affirmer leur illégitimité dans les professions valorisées. Le linguiste Bernard Cerquiglini (2) nous le rappelle, la langue révèle l’état des sociétés et du statut de la femme.

Il est vrai que si j’étais un homme, je me serais peut-être empressé d’adopter «écrivaine» ou «autrice» afin de prévenir toute accusation de sexisme. Mais je suis une femme, dont écrire est le métier, je me dois donc d’être d’accord avec ce nouvel usage, ma réticence devenant suspecte. Or, ce qui me gêne, ce n’est pas que la langue évolue, c’est cette pression exercée au nom de la bien-pensance. Il me semble au contraire que l’égalité entre hommes et femmes sera avérée le jour où la féminisation systématique ne sera plus nécessaire. A l’instar de la parité, elle ne fait selon moi que souligner l’impuissance d’un corps de métier à accéder à la même considération que son pendant masculin. Loin d’adhérer à une pensée conservatrice adepte du patriarcat, je rejoins Audrey Jougla quand elle dit que c’est justement son «désir d’égalité qui revendique l’utilisation du masculin par le féminin pour lui faire la nique !» (3)

Je ne voudrais pas non plus que cette bataille linguistique se substitue à d’autres luttes, elles aussi en lien avec la langue ou avec la condition de la femme. Il est indéniable que le langage du plus grand nombre s’appauvrit, alors que la maîtrise de la langue est cruciale, non seulement comme facteur de réussite et d’insertion professionnelle, mais également comme élément de cohésion sociale. Se battre pour la féminisation des noms de métier, c’est bien, mais ne perdons pas de vue une autre évolution de la langue, plutôt inquiétante celle-là (vocabulaire de plus en plus indigent, orthographe plus que hasardeuse et syntaxe des plus boiteuses). Et que dire de la fragilisation grandissante, partout dans le monde, des droits chèrement acquis par les femmes ?

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A titre personnel, je ne ressens pas le besoin que l’on reconnaisse linguistiquement ma féminité. Je peux comprendre que certaines affirment haut et fort qu’elles sont «écrivaines» ou «autrices» parce que ce qui se dit dans la langue est le reflet du fonctionnement de la société, mais je ne voudrais pas que cela devienne une posture, voire un alibi qui autorise à négliger d’autres luttes. Et j’aimerais que nous gardions à l’esprit ces mots de Margaret Atwood (4) : «La question à résoudre, c’est l’avenir de la planète. Si on n’arrive pas à la résoudre, peu importent les droits des femmes, car il n’y aura plus de femmes.»

(1) «Autrice : la très vieille histoire d’un mot controversé» (France Culture, le 4 mars 2019)

« Cours petite fille »

Extrait de l’ouvrage collectif intitulé « Argentine, la révolution des filles » paru en 2019 aux Editions des Femmes – Antoinette Fouque, préfacé par Asia Argento.

Par Alicia Dujovne Ortiz

« Comparable aux luttes pour l’avortement des années 1970 et pour la parité, dans les années 1990, le mouvement de protestation féminine récent déclenché par l’affaire Weinstein » fait partie des moments d’Histoire, où se condensent les colères, où naissent les révoltes. Cet ouvrage pluridisciplinaire précise les enjeux des débats et des mobilisations, et les met en perspective au regard des réflexions récentes sur les violences de genre, le consentement, l’émancipation des femmes, et l’égalité des sexes« .

Elle a couru, oui, en rentrant de l’école, la petite fille que j’ai été dans les années 1940 et 1950, à Buenos Aires, se pliant à l’injonction du titre de ce livre, sans l’avoir bien sûr deviné mais mue par la nécessité d’échapper à ces hommes qui, soir après soir, la poursuivaient dans la rue obscure. C’était une course folle : cent mètres à parcourir avant d’arriver à la maison, cent ans avant de réussir à introduire la clé dans la serrure, de refermer la porte vitrée donnant sur le couloir et de voir se dessiner derrière la vitre le rire triomphant de l’exhibitionniste avec son morceau violacé à la main, bien en vue. Et lorsque ledit morceau lui était dévoilé à bord d’un autobus, c’était encore la petite fille qui devait descendre en courant, les joues en feu et sans broncher, car malheur à celle qui oserait élever la voix sachant que l’agresseur prononcerait alors la phrase sacro-sainte, approuvée par l’ensemble des passagers : « C’est elle qui m’a cherché ».   

Le Monde : « Les corps en feu de femmes iraniennes crient leur refus de l’ordre infernal qui leur est imposé »

Chahla Chafiq, écrivaine et sociologue, partage cet article du journal Le Monde : « Les corps en feu de femmes iraniennes crient leur refus de l’ordre infernal qui leur est imposé »

Après le suicide par le feu d’une jeune Iranienne condamnée pour avoir assisté à un match de football, l’écrivaine et sociologue lie cette immolation au combat plus général pour la liberté et contre l’oppression islamiste dans ce pays.

Publié le 23 septembre 2019 à 06h30 – Mis à jour le 24 septembre

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/23/chahla-chafiq-les-corps-en-feu-de-femmes-iraniennes-crient-leur-refus-de-l-ordre-infernal-qui-leur-est-impose_6012643_3232.html

Le Parlement des écrivaines francophones, de retour à Orléans

Un an après sa création en septembre 2018, à Orléans, le Parlement des écrivaines francophones est de retour dans la cité ligérienne, les 16 et 17 octobre 2019, pour participer à différentes commissions de travail. L’édition comptera moins de participantes, notamment en raison des impératifs et engagements de chacune, mais s’annonce tout aussi intense. À commencer par la réunion d’ouverture, en salle du conseil municipal, qui permettra de retracer les temps forts de cette première année d’existence du Parlement. Deux rencontres avec le public sont également programmées : le 16 octobre, à 17h, au Frac-Centre Val de Loire, dans le cadre de la Biennale d’architecture#2, et le 17 octobre, à 17h, à la médiathèque d’Orléans.

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