Tanella Boni – Article paru dans le journal LE MONDE
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Emna Belhaj Yahia : « La France de la fraternité, de l’égalité, de la liberté m’appartient autant qu’à vous »
Par Frédéric Bobin – Le Monde
« De Dakar à Djibouti, radioscopie de la relation Afrique-France » (2).
L’écrivaine tunisienne témoigne de son rapport à la langue française et de l’ouverture au monde qu’elle lui a permis.
Interview d’Emeline Pierre dans « France-Antilles » à propos de « VINGT ANS APRÈS LE 11 SEPTEMBRE – Twenty Years After 9/11«
Ouvrage collectif bilingue français-anglais sous la direction de Suzanne Dracius, mi-essai politico-philosophique, mi-recueil de nouvelles offrant l’agrément de la narration, mi-anthologie poétique réunissant, entre autres, quelques membres du PEF : Catherine Cusset, Madeleine Monette, Emeline Pierre…
Publié aux éditions Idem en septembre 2021.
D’un « Parlement » à l’autre, la commande dans l’écriture, par Sylvie Le Clech (juillet 2022)
En ce début d’été où les festivals reprennent de la vigueur, j’ai eu envie de partager très simplement quelques idées comparatives entre la commande photographique et celle de l’écriture, autour du mot « Parlement ».
L’occasion m’en est donnée par le « Parlement de la photographie », instance de débat des photographes professionnels accueillie cette année au Palais de Tokyo. Les photographes, dont le métier est en crise depuis des années, répondent présents à la commande photographique qui, loin d’être synonyme de formatage, permet de jouer avec les contraintes et de libérer une créativité individuelle qui rencontre la société de notre temps dans ce qu’elle peut aussi avoir de terrible. L’actualité en est la pourvoyeuse, à travers les événements dramatiques connus par l’Ukraine.
Nous autres écrivaines, sommes aussi réunies en « Parlement » depuis 2018, et avons écrit séparément ou en ligne, collectivement, sur les sujets qui touchent la situation des femmes aujourd’hui comme hier.
Tout comme les photographes qui pratiquent une esthétique et une écriture visuelle, nous pouvons retourner vers nos visions intérieures, celles de notre chambre noire, la « camera » et nous poser la question de l’importance dans nos vies littéraires de la commande, et si elle constitue, comme pour les photographes, un « déclencheur d’esthétiques » (Guy Tortosa).
Cette question a été abordée très récemment, en 2020, par Eléonore Devevey, à propos des « affres » et la « phobie » éprouvées par le surréaliste André Breton et l’anthropologue Michel Leiris. Dans son article en ligne (https://doi.org/10.4000/contextes.9701), A l’épreuve de la commande, Genèse de L’Art magique d’André Breton et d’Afrique noire : la création plastique de Michel Leiris. L’autrice interroge les « injonctions contradictoires » communes à ces deux monstres sacrés, « entre adaptation aux exigences du commanditaire et souveraineté du commandité, entre désir d’autonomie et besoin de renfort externe, entre conformisme et subversion », dans le contexte intellectuel de leur époque, l’après-guerre.
Nous nous croyons plus souvent portées à être nos propres commanditaires, puisant dans l’imaginaire ou le désir d’écrire l’histoire, une force qui n’aurait pas besoin de commande extérieure à nous-même. C’est peut-être car nous aussi, comme Breton et Leiris sommes en prise avec nos conflits intérieurs.
Nombreuses pourtant sont les écrivaines, qui, pour bâtir un récit de fiction, partent d’abord d’un univers familier qu’elles « photographient » de manière intérieure, presque documentaire, pour le transformer en esthétique à partager.
Nombreuses sont les historiennes pour qui le réel d’aujourd’hui invite à l’humilité pour comprendre le réel d’hier.
Nombreuses sommes-nous à produire durant nos sessions de Parlement à Orléans, une œuvre collective au cours des lectures, tables-rondes et textes sur le site, qui interrogent la société à ces moments précis de « Parlement », comme le font les photographes actuellement.
Ces formes de commandes culturelles permettent aussi au Parlement de faire Parlement et d’intégrer les nouvelles venues dans des moments de rencontres avec les publics. Que fait enfin la commande dans ce processus de création littéraire qui passe pour le plus solitaire qui soit ? Si nous raisonnons comme des juristes, aucune commande, relation contractuelle de l’autrice avec son commanditaire, ne bride la liberté de création de l’autrice.
Pour les photographes, souvenons-nous des commandes de la régie Renault qui ont fourni à Robert Doisneau ses mythiques clichés ou plus récemment les commandes de la DATAR qui ont permis à Raymond Depardon de nous livrer un portrait sensible d’une France rurale en mutation, aux antipodes des « clichés » sur les ouvriers et les paysans. La liberté de création est même une garantie renouvelée avec force de loi en 2016. Seules les modalités de la « commande » peuvent affaiblir le surgissement créateur de ces récits à peine nés.
A méditer grâce au lien qui m’inspira cette divagation estivale spontanée : https://www.culture.gouv.fr/Actualites/Parlement-de-la-photographie-le-monde-de-la-photographie-sur-tous-les-fronts
Soyons, comme les photographes du Parlement de la photographie, « sur tous les fronts ».
Sylvie Le Clech, juillet 2022
Un article du Pen Club Français relayé par Cécile Oumhani sur la situation de Pınar Selek, sociologue et écrivaine turque, en danger :
Suite aux décisions de la Cour Suprême américaine, la chaîne de télévision, Claudine Monteil est intervenue sur BFMTV ce samedi soir 25 juin pendant vingt minutes sur les droits des femmes aux États-Unis, en France et en Europe ainsi que sur ses engagements avec Simone de Beauvoir pour faire progresser les droits des femmes en France.
Vidéo de l’intervention sur BFMTV ce samedi 25 juin 2022 :
Claudine Monteil
Ce roman écrit comme un conte commence avec une naissance: “Je nais. Je perce les entrailles d’un couvent.” Le bébé a vingt-quatre mères, nonnes dans un couvent au nord du Canada. Pas n’importe quelles nonnes. Les femmes qui ont créé ce couvent se sont réfugiées là pour fuir la violence, échapper à l’abus, survivre. Le bébé grandit dans la nature avec ses vingt-quatre mères, libre et sauvage, dans le respect des arbres et des animaux, en parlant la langue d’Ina Maka, la terre mère.
Un des premiers sons que le bébé articule est “Daaaa” et c’est le nom dont ses mères la baptisent, car c’est le nom qu’elle a choisi pour elle-même: Daâ. L’absolu respect de l’autre commence avec ce choix du nom.
À cinq ans Daâ voit un jeune homme blanc, très blanc, cueillir des herbes à l’usage médicinal. Elle est frappée par sa blancheur (il est albinos sans que cela soit dit) mais elle pleure en le voyant mal arracher les herbes, comme si elle était elle-même la plante abîmée par l’ignorance et la maladresse du garçon : “D’un coup je sens les cisailles sur mes doigts, mes bras, mes jambes. Ookpik me tronçonne en même temps qu’il taille le lédon; il ne s’en rend même pas compte.” C’est le premier moment où on l’entend parler dans le roman: “Non! Qu’est-ce que tu fais!” Il lui dit son nom, Laure Hékiel, et lui demande: “Es-tu la petite fille adoptée par les religieuses?” Pour la première fois on sort de la voix intérieure de Daâ et on la voit par le regard de la société.
Le récit de Laure Hékiel, le jeune homme blanc, est à la troisième personne. Son histoire est celle des mines, des pauvres gens arrachés à la ville par la promesse d’une maison, d’un bon salaire, et emmenés par un train sans retour, le Sort Tog, dans le nord, dans ces mines où ils meurent à vingt-cinq ans en vieillard. Sa mère adolescente est morte en couches et son père, tout jeune homme, se jure, à la naissance de son enfant tout blanc, qu’il ne mourra pas là lui aussi. Il veut faire de lui un médecin. L’albinos devient l’assistant du médecin puis est envoyé à la Cité en formation avec la promesse de revenir et de donner dix ans de sa vie à la mine.
Ce roman est une grande histoire d’amour, celle de Laure Hékiel — que Daâ nomme Ookpik — et de la sauvageonne qui devient sa femme et met au monde leurs trois enfants, Lelio, Boïana, et la troisième sans nom, bébé sauvage comme sa mère. C’est aussi une grande histoire sociale qui tient à la fois de Germinal de Zola et de Madame Bovary de Flaubert. La jeune romancière québécoise y exprime une puissante empathie avec les miséreux exploités par la Kohle Co qui partent vivre et mourir dans les mines, et une distance critique de la petite ville où Laure Hékiel, pour fuir la mine, s’installe comme médecin avec sa femme sauvage : leur différence détonne parmi les notables et les autres villageois qui n’ont de cesse d’exclure le différent, l’anormal. Et c’est une grande histoire contemporaine de respect de la nature, incarné par Dâa. Elle met au monde ses enfants seule dans les bois; elle parle à la nature plus qu’aux hommes; sans autre éducation que celle des nonnes, elle sait soigner aussi, avec des plantes médicinales qu’elle cueille et fait sécher, et devient le médecin des femmes.
Ce roman à la fin tragique est écrit dans une langue superbe, audacieuse, inventive, langue mythologique où l’auteure mêle des mots d’inuit, d’inuktitut, d’abénaquis, d’innuaimun, de wendat, de gallois, d’irlandais, de danois, dont elle donne le lexique à la fin. La langue est un personnage à part entière de ce roman où les protagonistes parlent peu et se comprennent dans le silence. C’est un roman où la mort, qui ne fait pas peur à Daâ, semble la seule solution pour fuir le système d’oppression sociale. Roman aux échos bibliques quand Daâ, à la fin, confie son bébé dans une corbeille aux flots de la rivière, la Nunak qui est sa vraie mère. Roman d’une grande romancière, qu’il faut lire pour le plaisir de l’histoire et la beauté de la langue.
Catherine Cusset
Dans cette magnifique lettre écrite pendant le confinement, Sophie Bessis s’adresse à Hannah Arendt “d’une autre rive”, de cette Tunisie dont elle est originaire et qui constitue son identité. Cette lettre qui porte sur les Juifs, l’Europe, Israël et les Arabes, est un hommage à la philosophe allemande morte en 1975, icône de la critique du totalitarisme : Hannah Arendt n’a pas assisté aux dérives du nationalisme juif, “fondé sur une prémisse fausse légitimée par l’absolu du crime des autres,” mais elle les a pressenties, telle une Cassandre, en se méfiant des nationalismes.
L’historienne et journaliste tunisienne ne se contente pas d’un simple hommage. Elle adresse à Hannah Arendt une critique passionnée. Convaincue qu’aucune pensée n’est possible sans expérience personnelle, Bessis parle en tant que “Juivarabe” à l’européenne Arendt. Elle lui reproche d’avoir affirmé la supériorité de l’Europe et d’avoir décrit les Juifs comme un peuple européen : pourquoi, alors, leur retour sur une terre non européenne? Elle la critique de considérer le bassin méditerranéen comme européen et propose, elle qui est née au rivage sud de cette mer, de renverser la proposition: non que la Méditerranée appartienne à l’Europe, mais l’Europe, à la Méditerranée. Elle s’en prend au sentiment de supériorité des Européens, qui se croient le seul peuple civilisé. “Vous êtes une Européenne incurable,” écrit-elle à Hannah Arendt. Cet européanisme serait en quelque sorte le point d’aveuglement de la philosophe allemande qui n’a pas pris en compte suffisamment l’orient et qui a ignoré les Juifs du Maghreb, passés au DTT à leur arrivée en Palestine parce qu’en tant qu’orientaux, ils étaient sales et incultes. C’est ce rejet, suggère Sophie Bessis, qui pousse vers le nationalisme et le populisme.
Elle s’élève à la fois contre l’idée d’une pureté raciale juive, qui peut seulement faire horreur étant donnée l’histoire du peuple juif, et contre l’amalgame qui est fait entre antisémitisme et antisionisme : toute critique d’Israël est transformée en volonté de l’anéantir, et Israël revendique un ancrage exclusivement occidental, comme si les Arabes étaient les ennemis, les nazis d’aujourd’hui — alors que ce ne sont pas eux qui ont gazé les Juifs mais justement, les Européens. Quand on voit Israël s’allier aujourd’hui avec des régimes d’extrême-droite antisémites, on a l’impression de marcher sur la tête, s’indigne Sophie Bessis.
“En qui consiste l’ethnie juive, de l’Allemande que vous êtes à la Tunisienne que je suis ?” demande-t-elle.
Sa conviction, c’est que le mal ne vient pas juste des Arabes, mais plutôt du nationalisme brut et de l’exclusion de l’autre, où qu’elle se produise. Elle renvoie dos à dos les deux nationalismes. Ce livre est un plaidoyer en faveur ni de l’Occident, ni de l’Orient, mais de la pluralité, de la reconnaissance de l’Autre en chacun de nous : “Nous avons mal à l’Autre. L’autre n’est pas juste à côté ou en face, il est en nous.” Les Juifs ont perdu leur orient, et les Arabes doivent retrouver leur occident. Il m’a semblé — si je peux me permettre la comparaison, en espérant que l’auteure sera d’accord — que son plaidoyer fervent faisait écho à l’exposition organisée l’an dernier par l’Institut du Monde arabe sur les Juifs d’orient, où l’on pouvait constater que pendant treize siècles, jusqu’à la création de l’État d’Israël, Juifs et Arabes avaient vécu en bonne entente (hormis au temps du prophète Mohammed, qui voulait détruire les tribus juives), dans l’acceptation les uns des autres. “La seule tribu dont je me revendique est celle dont les membres écoutent les histoires des autres,” conclut l’historienne. Et: “Je pense avec vous que tout nationalisme doit être combattu.” Car ce sont les nationalismes qui tuent la diversité. À la fin, Sophie Bessis pose cette question douce-amère: “L’espoir est-il une chimère ou un mode d’action?”
Catherine Cusset
Toute chose en nous a son angle noir, même la joie. Pour Denise Desautels, l’écriture est une quête à mener dans les strates les plus sombres et les plus profondes de notre être, vers ce ça qui nous hante, ça qui nous déchire, entre cri et murmure. C’est ainsi, nous dit-elle dans le liminaire de L’angle noir de la joie, que l’on peut « désencombrer le monde, la mémoire et les mots » afin de rejoindre la trame de l’essentiel.
Écriture puisée jusqu’à l’extrême, d’une voix rauque et âpre, montée de la gorge, elle se défait de tout accessoire. Car pour rejoindre l’humain aux limites de sa chair, il faut laisser les mots se débarrasser d’eux-mêmes, les reprendre à leur source, alors qu’ils ne sont que bruits. BLA BLA BLA BLA BLA BLA, AHAN, ZIM BOUMBOUM, BING BANG, COUAK (COUAC). Car “ça tourbillonne / le timbre, la grammaire, le sens”. L’humain commence et finit dans l’informe, dans l’innommé, ça qui hurle, ça qui brûle, ça qui fait mal. Et le reste n’est que fioritures pour masquer le secret, qui ne se dit pas et ose à peine se penser. Denise Desautels entreprend de démêler, de dégager ce qu’emprisonne la gangue du quotidien, là où s’engouffre une lave en feu, là où viennent cogner des « objets tranchants qui volent ». Ses mots sont nus comme l’os. En noir, jaune, ocre, blanc ou rouge, leurs couleurs cinglent la page avec la force de ce qui est taillé et libre. Elle pose les touches d’une peinture abstraite qu’elle va chercher en plein cœur du vivant. Son regard s’attache à l’intime en soi, ainsi qu’aux autres, à l’humain. « et nous voilà, nombreuses » écrit-elle. Puis « avançant / parmi nos questions parallèles / l’empilement des espoirs / chaque détail, Rumeur/ on dirait, nous fait signe / du vrai / du vivant hybride ». Le cri se fait rumeur, possibilité d’un écho, d’un signe qui retentirait dans l’obscurité.
Suivent les « Inventaires » réunis dans D’où surgit parfois un bras d’horizon, entre le journal de février et puis celui d’octobre. Le rythme des poèmes en prose fait résonner ici une deuxième fois l’intense acuité de L’angle noir de la joie, par un effet d’écho rétrospectif. Ces poèmes en prose donnent sur des étendues où « À perte de vue le poème pleure. » Ce sont des contrées à part entière qui s’ouvrent, « Quand les silhouettes des grands troncs deviennent le territoire même. » Un fleuve y charrie nos deuils en même temps que le mystère de la « petite nageuse fumeuse ». « À chacune sa petite morte rebelle » ; elle est portée et transfigurée à nos yeux, au gré de l’eau et de ses reflets. Quête de celles qu’on aurait pu être ou voulu être, sa figure nous hante, « nous comme avant nos voix nocturnes. / Doigts ou bruits appuyés sur drap de chevet / de côté – à qui / celle qui est là tâtonne quête » La silhouette s’éloigne, s’amenuise, impitoyablement emportée par le fleuve. C’est un rappel à l’impuissance et à la solitude : « Chargée de frontières. Sans ce pouvoir d’abattre les ombres le bois l’ébène qui nous atteignent ». Car l’humanité ne sauve pas et porte trop de « petits meurtres en secret ». Il faut écouter sans reculer « La voix venin face à une autre de temps en temps la même qui darde jusque morte et tient captive ». Débarrasser le monde, c’est aussi affronter l’épaisseur de l’obscur, regarder droit devant sans fléchir : « Des miroirs où nous sommes loups face à face effrayés offusqués par la roue des deuils. » Débarrasser le monde, c’est laisser la bouche s’arrondir et former le Cri de Munch. C’est accepter l’absence de beauté : « Un lit de violets sombres où viennent / se blottir des proies intimes. Elle les veille. / Elle aimerait dire beauté – quelle beauté. »
Le chemin où l’on renonce aux leurres et aux faux-semblants jusqu’à dévisager le Minotaure est rude, exigeant, parfois terrifant. Mais il est aussi le lieu où « Penser haut et libre. » Une belle préface de Louise Dupré, une notice bio-bibliographique très détaillée accompagnent les superbes poèmes de Denise Desautels.
Cécile Oumhani
Denise Desautels, L’angle noir de la joie suivi de D’où surgit parfois un bras d’horizon, Éditions Gallimard, Paris, 2022, 291 pages
Communiqué écrit par Cécile Oumhani au nom du Comité de défense des auteurs en danger du PEN Club français
L’écrivaine Aslı Erdoğan est actuellement hospitalisée à Berlin après une hémorragie cérébrale, survenue cette semaine.
Très choquée par la condamnation à la perpétuité prononcée contre Osman Kavala le 26 avril 2022, elle s’était beaucoup engagée en sa faveur et celle de ses sept co-accusés. Elle a pris position à la télévision allemande en faveur d’un homme qu’elle connaît depuis plus de vingt ans et avec qui elle a œuvré dans le centre culturel Anadolu Kultur où il faisait connaître les cultures arméniennes et kurdes. À la suite de ce verdict, elle a aussi organisé des manifestations en sa défense et celle des co-accusés.
Aslı Erdoğan est l’une des figures majeures de la littérature turque contemporaine. Elle est exilée en Allemagne, après avoir été emprisonnée en 2016 pour des chroniques qu’elle a publiées dans le journal Özgür Gündem.* Libérée au bout de quelques mois, elle s’est réfugiée en Allemagne, où le PEN allemand lui a tout de suite accordé sa protection. Depuis plusieurs années, elle vit au rythme des rebondissements et de l’incertitude imposées par la justice turque. Acquittée en février 2020, la décision du tribunal était annulée en juin 2020. Son procès s’est rouvert en octobre 2021. Un deuxième acquittement était prononcé le 10 février 2022.
Le PEN Club français exprime tout son soutien à Aslı Erdoğan, confrontée à de graves problèmes de santé, alors que d’interminables démêlés continuent de l’accabler directement et indirectement jusque dans son exil.
Pour le PEN Club français,
Cécile Oumhani
Le 22 mai 2022
Crédit photo : Cécile OUMHANI